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10 mars 2010.

Quête d’eau dans les Collines béninoises

Dans le département béninois des Collines, la sécheresse dure sept (...)

Dans le département béninois des Collines, la sécheresse dure sept longs mois pendant lesquels puits et robinets n’offrent de l’eau que de façon discontinue. Ce qui oblige la population à veiller autour des points d’eau dans l’attente qu’elle jaillisse. À la périphérie des villes et loin des centres urbains, cette quête de l’eau ressemble plutôt à de la débrouille autour des zones humides, étangs, mares et sources pérennes.

“C’est en saison sèche que l’on reconnaît
les grands cours d’eau”
(proverbe mossi).

Dans la Commune de Savalou, la source d’eau douce ‘Dékanmè’ à Gobada et la mare aux crocodiles (inoffensifs) ‘Tojiché’ à Ouessé, toutes deux pérennes, peuvent être considérées comme de véritables cours d’eau. En saison sèche, elles font en effet plus que ‘dépanner’ les hommes, les bêtes et les plantes.

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‘Tojiche’, et ce qu’il en reste. Cette mare pérenne abritant des crocodiles inoffensifs ne tarit jamais. Sous la menace de la pression foncière, elle se réduit comme une peau de chagrin.

Une végétation exubérante et une riche biodiversité font d’elles des écosystèmes dynamiques et vivants. C’est donc à juste titre qu’elles font l’objet de culte et d’une grande vénération de la part de la population. De plus, elles sont préservées des pollutions et dégradations d’origine humaine par des interdits religieux rigoureusement observés. C’est ainsi que dans ces deux villages, l’élevage du porc est proscrit. Il est également interdit de se rendre à la source pendant la nuit, de nuire ou de tenter de nuire aux animaux - crocodiles, tortues, poissons - qui en ont fait leur habitat.

“Chaque goutte d’eau compte”

De par ces temps particulièrement durs, la gestion de l’eau dans les ménages est aussi remarquable : l’économie de l’eau est la consigne la mieux partagée dans les foyers. Aucun gaspillage n’est toléré, la consommation d’eau est contrôlée.

L’eau, une fois rapportée à la maison, reçoit un traitement physique sommaire avant d’être conservée dans une batterie de jarres faites de terre cuite disposées le long des cases. Les eaux usées de cuisine sont données aux animaux domestiques (volaille, chèvres, etc.) tandis que celles de la lessive servent à entretenir la bananeraie familiale ou le petit jardin de case.

La qualité de l’eau, de son captage à son stockage, laisse cependant à désirer : il s’agit le plus souvent d’une eau turbide et argileuse. Le mode de traitement aux gouttes de pétrole ou d’eau de Javel est aléatoire, voire même dangereux, car ces substances liquides, à concentration élevée, sont toxiques et gravement dommageables pour la santé.

Dans ce domaine, tout le monde semble bien conscient des risques encourus, mais face à la pénurie d’eau ambiante, l’argument populaire : “on n’a pas le choix, la qualité de l’eau dans ces conditions est quelque chose de secondaire, et Dieu n’est-il pas là pour les pauvres ?” D’aucuns même ironisent, prétextant une immunisation contre toutes les pathologies liées à la qualité de l’eau. Grosse illusion, bien évidemment.

La responsabilité des autorités communales

Au Bénin, la loi sur la décentralisation oblige les autorités communales à fournir aux populations de l’eau de consommation de bonne qualité et en quantité suffisante. En tout temps et plus particulièrement en période de sécheresse. Il leur faut donc être attentives à ce qui se passe du côté de ces sources pérennes.

Ces ‘solutions de proximité’, autrement dit ces opportunités à portée de main que constituent ces zones humides et qui sont aussi des foyers de biodiversité animale et végétale, doivent être exploitées à bon escient pour répondre à la demande d’eau potable des populations.

Il importe alors de recenser et répertorier tous les points d’approvisionnement en eau de la commune, de les faire aménager, mesurer leur débit et évaluer leur qualité par des spécialistes avant l’avènement de la saison de pénurie. Il faut aussi les entretenir et ne pas les laisser à l’abandon lorsque les pluies sont de retour.

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Scène classique autour d’une pompe à motricité humaine :
elle fonctionne 24 heures sur 24 et fournit plus de 200 m3 d’eau par jour (Photos B.Capo-Chichi)

De louables efforts ont été faits dans l’aménagement de forages et de pompes à motricité humaine. Mais, en milieu rural, nombre de villages n’ont toujours pas accès à une eau propre et souffrent de maladies dues à la consommation d’eau douteuse. La prise en compte puis le traitement adéquat de ces eaux pérennes améliorerait très certainement cet accès.

On rétorquera que ce n’est qu’une goutte d’eau sur la pierre chaude de la problématique de l’accès à l’eau potable. Certes. Mais une goutte d’eau dans le bon sens de la justice et de la dignité humaine. Si les sources sont proprement aménagées, il devient possible de transporter de l’eau potable par camion-citerne, sinon par moto, jusque dans les localités les plus reculées. Cette approche de solution au problème du manque d’accès à l’eau potable est réaliste et à faible coût : la ressource existe, il faut la mobiliser, la traiter, la distribuer. Il vaut la peine d’essayer. Et c’est chose possible.

Bernard Capo-Chichi




Infos complémentaires

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Au Bénin, le département des Collines, d’une superficie d’un peu plus de 13’500 km2 pour quelque 600’000 habitants, jouit d’un climat de transition entre le climat subéquatorial de la côte et le climat tropical humide soudano-guinéen du Nord-Bénin.

Ce climat est caractérisé schématiquement par quatre saisons (deux pluvieuses et deux sèches). Ce rythme permet d’enregistrer une pluviométrie annuelle variant entre 900 et 1’200 mm d’eau. Les pluies de l’année entière tombent en l’espace de trois mois (juin, juillet, septembre).

Les ressources hydrauliques sont réparties dans les aquifères du socle cristallin où les nappes sont difficiles à exploiter. Les puits sont peu propices aux forages et ils atteignent le plus souvent des profondeurs supérieures à 40 mètres. La plupart tarissent en saison sèche. Le manque d’eau, on l’aura compris, est ce qui, mieux que toute autre chose, caractérise ce département des Collines.

- Voir les autres Lettres du Bénin de Bernard Capo-Chichi

Mots-clés

Mot d’eau

  • Eurêka !

    Comment mieux exprimer l’ivresse dont la raison, heureuse, fait flotter dans l’eau et l’intuition, bienheureuse, léviter dans l’air ? Archimède sentit le mouvement et se leva de l’émotion de ces deux éléments, comme s’il entendait le murmure des ondes et la vibration du vent. Et j’entends eurêka comme ce triple écho et du corps et de l’air et de l’eau. (Michel Serres [décédé le 1er juin 2019], "Biogée", 2010)

Glossaire

  • Karst

    Ce mot, dérivé du nom d’un haut-plateau des Balkans, s’applique à un relief ou à un massif dont les roches calcaires ont été fortement érodées par l’eau, en surface (dolines, emposieux, lapiaz, etc.) et en profondeur (cavernes, grottes, gouffres, etc.), ce qui se traduit aussi au fil des infiltrations en sous-sol par des structures très complexes de circulation d’eau et de résurgences. Ces formes géologiques portent ici et là différents noms, telles les "causses" dans le Massif central français.


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