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10 janvier 2013.

Pourquoi la peau de nos doigts se fripe-t-elle dans l’eau ?

On en fait tous régulièrement l’expérience : si nos mains restent (...)

On en fait tous régulièrement l’expérience : si nos mains restent longtemps dans l’eau, la peau des doigts se fripe. Si, jusqu’à présent, on savait que ce phénomène était dû à une réaction du système nerveux, on en ignorait le pourquoi. Des chercheurs de l’Université de Newcastle, en Angleterre, avancent aujourd’hui une hypothèse assez convaincante : les rides des doigts permettent à l’homme d’avoir une meilleure prise sur des objets humides ou immergés.

On pensait généralement que le bout des doigts (et des orteils) absorbait l’eau et que le plissement de sa peau résultait d’un gonflement de sa couche superficielle. Plus récemment, il a été démontré qu’il s’agissait en fait d’une contraction, contrôlée par le système nerveux central, des vaisseaux sanguins et du volume de la pulpe charnue située sous la face interne des doigts, provoquant ces sillons cutanés.

Mais la question restait posée : à quelle fonction cette réaction peut-elle bien servir ? Trois chercheurs à l’Institut des neurosciences de l’Université de Newcastle - Kyriacos Kareklas, Daniel Nettle and Tom V. Smulders - publient le résultat de leur étude dans la dernière livraison de la revue scientifique Biology Letters. (1)

Chacun sait qu’une peau hydratée glisse plus facilement qu’une peau sèche. Par contre, dans des conditions de forte humidité ou d’immersion, la formation des rides sur la peau fait redescendre très bas ce taux de friction et améliore nettement la manipulation des objets.

Pour s’en convaincre, les chercheurs ont soumis 20 volontaires à des tests lors desquels ils devaient, à l’aveugle et alternativement avec des mains sèches ou après les avoir longuement trempées dans de l’eau tiède, saisir des billes immergées et de tailles différentes. Résultat : il leur a été nettement plus facile de s’en emparer avec des doigts ridés. Mais il n’a été constaté aucune différence notable lors de la saisie d’objets secs.

Cité par le quotidien The Guardian (2), Tom Smulders avance une comparaison avec le relief des pneus de voiture qui leur assure une meilleure adhérence sur des routes humides. C’est d’ailleurs cette comparaison, faite par un chercheur américain de l’Idaho, Mark Changizi, qui lui a inspiré cette expérimentation.

Tous deux, dans le même journal, s’interrogent d’ailleurs sur le moment et le pourquoi de l’apparition de ces plissements dans l’espèce humaine. Peut-être ont-ils aidé nos très lointains ancêtres pour rechercher de la nourriture en milieu humide, pour capturer du poisson, pour manier des outils ou des armes par temps de pluie, pour ne pas glisser sur des sols détrempés, etc.

L’étude des chercheurs britanniques laisse cependant d’autres questions ouvertes : il n’est pas démontré par exemple comment les rides améliorent la manipulation d’objets humides. Par un phénomène physique lors du contact entre le doigt et l’objet, ou par une modification des propriétés de l’eau ?

On n’a pas encore non plus d’explication satisfaisante sur le fait que la peau des doigts ne reste pas constamment fripée. Différentes hypothèses, dont celle d’une éventuelle perte de sensibilité, restent à vérifier. (Sources : Biology Letters, The Guardian)


(1) K.Kareklas, D.Nettle and T.V. Smulders, Water-induced finger wrinkles improve handling of wet objects, in Biology Letters, 23 April 2013 vol. 9 no. 2, article publié en ligne le 8 janvier 2013. > Voir
(2) M. Botcharova, A gripping tale : scientists claim to have discovered why skin wrinkles in water, The Guardian, 10 January 2013. > Voir




Mots-clés

Mot d’eau

  • Contempler l’eau

    “Je ne connais pas d’occupation plus totale de soi que de contempler l’eau, surtout l’eau mi-morte. À la fois plaisir et souffrance, divertissement de chaque minute et ennui compact des heures, plénitude et vide ; on vit avec une profonde et sourde intensité en même temps qu’on se détache et s’oublie, on se pétrit et on se délite dans une contradiction dont on ne cherche pas la clé, et il y en a certainement une, mais inutile. À quoi bon comprendre ?” (Alexandre Arnoux, “Rhône, mon fleuve”, 1967)

Glossaire

  • Porosité, perméabilité

    Les deux mots ne doivent pas être confondus car une roche poreuse (un grès par exemple) peut être perméable ou imperméable. On parle de la porosité d’un milieu, d’un sol ou d’une roche lorsqu’ils comportent des pores, c’est-à-dire des vides et des interstices de petite taille parfois microscopique. Le calcul de la porosité permet d’évaluer la capacité de stockage d’un milieu. On parle de perméabilité d’un milieu lorsqu’il est apte non seulement à se laisser pénétrer par un fluide, mais également à être complètement traversé par lui.


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