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8 janvier 2010.

Pour une politique audacieuse et efficace de l’eau en Afrique

En Afrique, l’année 2010 marque le cinquantenaire de l’accession à (...)

En Afrique, l’année 2010 marque le cinquantenaire de l’accession à la souveraineté internationale (pudiquement à l’indépendance) de la plupart des pays situés au sud du Sahara. L’évènement sera célébré comme il se doit. Les festivités sont déjà ouvertes et vont couvrir toute l’année. Mais que va-t-on commémorer ?

Dans un spectacle de sons et lumières, les discours feront le bilan de 50 ans de gestion « par les Africains eux-mêmes de leurs propres affaires ». De tous les inventaires, celui de l’accès à l’eau potable et à un assainissement adéquat mérite intérêt. Et pour cause, puisque « l’eau potable, c’est la vie ». En dépit de quelques efforts menés ça et là, le bilan se révèle peu reluisant.

La satisfaction des besoins en eau potable des populations urbaines et rurales ne représente qu’ « une goutte d’eau sur la pierre chaude ». La majorité des hommes et des femmes d’Afrique n’a pas encore accès à l’eau potable et continue d’avoir recours à des eaux de qualité douteuse pour leur approvisionnement en eau de consommation. C’est à la fois un échec et une injustice.

Pour les temps à venir, la poussée démographique toujours galopante et le changement climatique constituent sur le continent africain deux menaces avérées pour la qualité et la quantité des ressources en eau. L’approvisionnement en eau ne va donc pas s’améliorer : à la demande sans cesse grandissante d’une eau dont les réserves sont à la baisse correspondra une production tout aussi croissante de déchets et d’eaux usées de toutes natures. Que dire de la déferlante des eaux pluviales, sources de crues et d’inondations catastrophiques périodiques ? Elles demeurent indomptables, charriant tout sur leur passage.

Les quelques fragiles infrastructures d’assainissement réalisées ça et là restent insignifiantes et sans grands effets, une opération qui se résume en quelque sorte à « verser de l’eau sur le dos d’un canard ». On devine aisément la tendance qui se dessine dans le secteur de l’eau pour les prochaines années : la disponibilité de la ressource par tête d’habitant va diminuer et le traitement de l’eau potable reviendra plus cher. En clair, l’eau potable (celle du robinet) n’en sera que davantage inaccessible aux populations. Et les conséquences d’une telle situation sont d’ores et déjà connues de tout le monde.

Il est grand temps pour les dirigeants des pays africains d’arrêter leur fuite en avant en dotant leurs pays (si ce n’est déjà fait) d’une véritable politique de l’eau potable et de l’assainissement. Une politique qui ne se limitera plus à l’accès à l’eau potable d’une frange de citoyens privilégiés comme c’est le cas un peu partout sur le continent. Une politique qui prendra en compte la connaissance des ressources en eau, l’exploitation, la gestion intégrée, de même que tous les instruments réglementaires et juridiques de la gestion.

Le manque et la pénurie d’eau sont générateurs de désordres et de troubles sociaux. L’adage fon, langue du Sud-Bénin, le traduit bien en guise d’avertissement « Sans eau, le pays sera détruit ». Que les gouvernements africains, dans les cinquante prochaines années, renoncent donc au saupoudrage ! Qu’ils optent pour une politique audacieuse de l’eau et de l’assainissement !

Bernard Capo-Chichi




Infos complémentaires

Bernard Capo-Chichi enseigne la physico-chimie de l’eau à l’Institut de mathématiques et de sciences physiques de Porto-Novo (Bénin) où il est également conseiller pédagogique de formation.

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- Les Lettres du Bénin
de Bernard Capo-Chichi


:: QUELQUES DONNÉES SUR L’EAU EN AFRIQUE

- Trois Africains sur quatre vivent dans des régions arides ou semi-arides et un sur cinq dans des régions où, d’une année sur l’autre, la variabilité climatique est élevée.
- En Afrique sub-saharienne, 83% de la population urbaine et 46% de la population rurale ont accès à un système d’approvisionnement en eau.
- En Afrique, on estime à quelque 28 milliards de dollars par an les pertes économiques dues au manque d’accès à l’eau et à des installations sanitaires de base.
- Un habitant sur deux souffre d’une maladie hydrique et le paludisme est la première cause de mortalité des enfants de moins de cinq ans
- Environ 85% des prélèvements d’eau sont utilisés pour l’agriculture, mais ce chiffre varie considérablement d’une région à l’autre : ils sont élevés dans les régions arides où l’irrigation joue un rôle prépondérant, et moins importants dans les régions humides comme le Golfe de Guinée et l’Afrique centrale.

(Source : Rapports mondiaux sur la mise en valeur des ressources en eau)

Mots-clés

Mot d’eau

  • Nous n’avons pas de fleuves

    "Nous n’avons pas de fleuves, nous n’avons pas de puits, nous n’avons pas de sources ; seules quelques citernes, vides elles aussi, résonnent, et nous les adorons." (Georges Séféris, "Mythologies", 1935)

Glossaire

  • Piézomètre

    En hydrologie, un piézomètre est un dispositif qui permet, à partir du sol, d’avoir un accès direct à une nappe d’eau souterraine. Il s’agit d’un tube de forage par lequel on peut non seulement déterminer le niveau d’eau de la nappe et la réserve disponible, mais aussi prélever de l’eau pour analyser ses qualités physiques, chimique et biologiques. Ces différentes mesures, nécessaires pour exploiter un aquifère de manière durable, sont faites manuellement ou à l’aide de sondes automatiques.


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