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septembre 2002.

Perspectives mondiales de l’eau pour 2025 : il faut à tout prix prévenir une crise imminente

Si l’on continue de gérer l’eau comme on le fait maintenant ou si (...)

Si l’on continue de gérer l’eau comme on le fait maintenant ou si l’on fait pire encore, la planète sera rapidement confrontée à de graves problèmes généralisés d’approvisionnement et d’insécurité alimentaire. C’est la principale conclusion d’un rapport publié conjointement en septembre 2002 par l’Institut international de recherche sur l’alimentation (IFPRI) de Washington et l’Institut international de gestion de l’eau de Colombo (Sri Lanka). Ce rapport avance trois scénarios possibles d’ici 2025.

Si l’on continue de se servir de l’or bleu n’importe comment, la terre court à la pénurie d’eau ou de nourriture ou les deux à la fois.

Compte tenu de la rapide augmentation de population et d’urbanisation dans les pays en développement, la consommation d’eau pour les besoins domestiques, pour l’industrie et l’agriculture va augmenter d’au moins 50 pour cent d’ici l’année 2025.

A quoi s’ajouteront d’importants dommages causés à l’environnement et des risques de détérioration de la santé de centaines de millions de personnes en raison précisément de leur manque d’accès à l’eau potable.

La concurrence pour la conquête de l’eau limitera alors sévèrement sa disponibilité pour l’irrigation et ses répercussions sur la production agricole seront très sérieuses.

Des simulations par ordinateurs amènent à penser que la pénurie d’eau causera des pertes de l’ordre de 350 millions de tonnes de production agricole, c’est-à-dire un peu plus que l’actuelle production céréalière des États-Unis.

Scénario 1 : on ne change rien aux pratiques actuelles

Il faut alors s’attendre à ce que la consommation d’eau des ménages augmente de 71% dans les pays en voie de développement. La hausse de production agricole entraînera également une utilisation accrue de l’eau pour l’irrigation et l’élevage. Par contre les nouvelles technologies devraient limiter la demande industrielle.

Pour économiser l’eau, certains pays seront alors tentés à accroître les importations de produits agricoles et cela non sans risques pour l’équilibre de leurs économies. Et si l’agriculture des pays en développement n’est pas modernisée, il en résultera une baisse des rendements et des revenus et donc une aggravation de la pauvreté.

Scénario 2 : on fait encore moins bien qu’aujourd’hui

Cela débouche sur une véritable situation de crise : la mauvaise gestion de la distribution et la dégradation des infrastructures aggravent encore les problèmes d’approvisionnement en eau des populations les plus pauvres et font que les prix de l’eau grimpent irrémédiablement.

Les atteintes à l’environnement se multiplient avec la disparition notamment de nombreuses nappes phréatiques et zones humides. La productivité céréalière chute de plus belle. Selon ce deuxième scénario, cela équivaudrait à la perte d’une année de récolte céréalière en Inde.

Résultat : une montée en flèche des prix des aliments de base et une aggravation des problèmes de malnutrition puisque les populations les plus pauvres devront consacrer plus de la moitié de leurs revenus à l’achat de nourriture.

Scénario 3 : on gère l’eau de manière durable

Des changements fondamentaux des politiques de l’eau et des priorités d’investissement pourraient dégager de substantiels avantages et une utilisation durable de l’eau.

Cela aurait alors pour conséquences une hausse spectaculaire des réserves d’eau et permettrait également de raccorder tous les ménages urbains au réseau d’eau courante et maintiendrait la production alimentaire à des niveaux acceptables.

Si les gens paient l’eau pour refléter son prix et sa valeur, cela les encouragera à l’économiser et dégagera des ressources financières pour fournir de l’eau potable et saine aux plus pauvres.

Pour compenser cette hausse des prix de l’eau dans les pays développements, les plus démunis devraient bénéficier de subventions qui pour le moment ne profitent généralement qu’aux populations aisées.

Les industriels devraient être incités à investir dans des systèmes perfectionnés de recyclage. Les agriculteurs pourraient aussi bénéficier d’avantages fiscaux lorsqu’ils économisent l’eau des nappes phréatiques.

Il faut également recourir à des technologies d’irrigation simples, peu coûteuses et adaptées à la gestion communautaire, comme les pompes à pédale qui font que les petits paysans irriguent leurs champs avec moins d’eau.

Grâce à une gestion durable et équitable de l’eau qui tienne compte des besoins de tous et grâce aux nouvelles technologies appropriées, on pourrait sauvegarder chaque année pour l’environnement "l’équivalent de cinq fois le débit annuel du Mississipi".

Triple stratégie d’avenir

Dans ses conclusions, le rapport avance trois grandes stratégies pour l’avenir :

  1. investir dans des infrastructures modernes afin d’améliorer l’approvisionnement en eau des agriculteurs, des ménages et des industries
  2. mettre en place de nouvelles politiques de gestion en vue de constituer des réserves d’eau et d’en promouvoir une utilisation plus efficace
  3. améliorer le rendement agricole par unité de surface de terre et d’eau par la recherche et l’infoduction de nouvelles méthodes de culture et d’élevage.

La crise n’est pas inévitable, mais c’est maintenant qu’il faut agir. Les stratégies d’urgence ne réclament pas seulement de l’argent et de la volonté politique, mais aussi une prise en compte du facteur temps. Il y a urgence. (bw)


Références :

Global Water Outlook to 2025 : Averting an Impending Crisis
- International Food Policy Research Institute, Washington
- International Water Management Institute, Colombo, Sri Lanka
Septembre 2002

- Rapport de l’IFPRI (document pdf, en anglais, 495 Ko, sur le site de l’organisation)




Glossaire

  • Bief

    À l’origine, ce mot désignait un canal de dérivation amenant les eaux d’un cours d’eau vers une installation hydraulique (roue à aubes de moulin, turbine hydroélectrique, etc.) ou vers des ate-liers utilisant l’énergie hydraulique (usines de tissage, scieries, etc.). Par bief, on entend aussi aujourd’hui une section de cours d’eau entre deux chutes ou d’un canal de navigation entre deux écluses.

Mot d’eau

  • Eaux usées

    "Dans un monde où la demande en eau douce augmente sans cesse, et où les ressources en eau limitées subissent de plus en plus des contraintes du fait de la surexploitation, de la pollution et des changements climatiques, il est tout simplement impensable de négliger les opportunités qu’offre l’amélioration de la gestion des eaux usées." (Irina Bokova, Directrice générale de l’UNESCO, Rapport mondial sur la mise en valeur des ressources en eau 2017)


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