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5 novembre 2010.

Pénurie d’eau dans les pays arabes à l’horizon 2015 ?

On ne peut plus alarmiste. Le dernier rapport annuel du Forum (...)

On ne peut plus alarmiste. Le dernier rapport annuel du Forum arabe pour l’environnement et le développement (Afed) prévient que si des mesures rapides et efficaces ne sont pas prises, les pays arabes risquent de devoir faire face, dès 2015, à de graves pénuries. La part moyenne annuelle par habitant, déjà inférieure aujourd’hui à 1’000 mètres cubes, pourrait descendre en dessous de la barre des 500 m3, ce qui entraînerait alors de graves conséquences pour la santé, la production alimentaire et le développement économique. Dans 8 pays arabes, les habitants doivent déjà vivre aujourd’hui avec moins de 200 m3 par an et par personne (la moyenne mondiale se situe au-dessus de 6’000 m3).

L’essentiel du message de ce rapport, publié à l’occasion de la conférence annuelle du Forum qui se tenait début novembre à Beyrouth, tient en trois phrases :
- le monde arabe vit déjà une crise de l’eau qui ne fera que s’aggraver si l’on n’agit pas de manière rapide et efficace
- il est possible de répondre à cette crise de l’eau par des réformes politiques et institutionnelles ainsi que par l’éducation et des campagnes de sensibilisation du public
- une crise de l’eau ne sera évitée dans les pays arabes que si leurs chefs d’État et leurs gouvernements prennent des décisions politiques stratégiques pour mettre en œuvre les réformes qui s’imposent.

Les principaux facteurs qui menacent les ressources en eau d’ores et déjà insuffisantes dans les pays arabes ont pour nom croissance démographique, changement climatique et pollution : selon les experts, d’ici à 2050 le monde arabe devrait passer de 360 à 600 millions d’habitants, d’ici la fin du siècle il pourrait subir une baisse de 25% des précipitations et une hausse de 25% des taux d’évaporation, pas loin de la moitié des eaux usées de la région sont rejetées sans aucun traitement et la surexploitation des eaux souterraines le long des zones côtières provoque l’intrusion d’eau salée.

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Système d’irrigation au Maroc
© B.Chavin - Fotolia.com

On devine les menaces qui pèsent sur le devenir de l’agriculture qui ponctionne quelque 85% des ressources en eau mais dont on déplore le manque d’efficience des modes d’irrigation. La productivité agricole, lit-on dans le rapport, est encore mesurée en tonnes par hectare de terres alors qu’elle devrait l’être mesurée en tonnes par mètre cube d’eau prélevée de manière à ce que les coûts de production prennent en compte la consommation de la ressource.

L’Afed pointe également le doigt sur le recours excessif au dessalement d’eau de mer. Les pays arabes représentent 5 % de la population mais ne disposent que de 1 % des ressources en eau douce ; par contre, ils disposent de plus de la moitié des capacités mondiales de dessalement alors que cette technologie est onéreuse, intégralement importée et polluante. Une partie de cette eau dessalée est utilisée à l’irrigation de cultures de faible valeur, voire à l’arrosage de terrains de golf. Si l’on veut continuer de recourir à cette technologie, il importe alors de la rendre plus abordable, plus rentable et plus respectueuse de l’environnement en même temps qu’il faut renforcer les capacités locales de sa mise en œuvre.

Quant au gaspillage quasi généralisé de l’eau, il est dû en grande partie à son prix jugé artificiellement bas et aux subventions dont bénéficient largement les services d’approvisionnement et de distribution. Le prix moyen de l’eau dans les pays arabes ne couvre que 35 % de ses coûts de production. Pourtant préconisée depuis fort longtemps, la tarification de l’eau n’est que trop rarement adoptée. Mais un meilleur financement ni aucune innovation technologique ne suffiront à relever tous les défis si, parallèlement, rien n’est entrepris pour une réforme politique, institutionnelle et juridique de la gestion de l’eau. Il y a urgence, insiste le rapport : "les pays arabes ne peuvent plus se permettre de gaspiller la moindre goutte d’eau". (bw)

-  Water : Sustainable Management of a Scarce Resource : rapport disponible (en anglais) sur le site du Forum arabe pour l’environnement et le développement (Afed)




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Glossaire

  • Correction de cours d’eau

    Se protéger contre les crues est un souci de tout riverain. Depuis le 18e s., de vastes travaux ont été menés pour "corriger" certains grands cours d’eau (Kander, Linth, Aar, Rhône, etc.) et gagner des terres cultivables. Changement d’approche dès 1991 avec la loi sur l’aménagement des cours d’eau qui stipule que "leur tracé naturel doit être autant que possible respecté ou, à défaut, reconstitué". Il s’agit non plus de les corriger mais de les "renaturer" ou, quand la restauration n’est que partielle, de les "revitaliser".

Mot d’eau

  • “Enfant, j’ai connu
    le Rhône sauvage ...”

    “ ... À leur tour, les enfants d’aujourd’hui se souviendront de leur Rhône. L’essentiel n’est-il pas de garder vivace le lien qui nous unit à la nature ? Elle est notre véritable identité. L’écouter, c’est apprendre à se connaître.” (Pierrette Micheloud)


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