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1er mai 2009.

Patrimoines

EDITO MAI 2009 Une expo, un livre. Le Musée du Léman, une année (...)

EDITO MAI 2009

Une expo, un livre. Le Musée du Léman, une année durant à Nyon, va offrir au regard de ses visiteurs des objets, certes passés de mode pour la plupart d’entre eux, mais qui ont toutefois la capacité de refléter l’état d’esprit assez particulier des riverains du Lac. En même temps, l’un des derniers-nés de la collection ’Le savoir suisse’ se donne pour ambition d’initier le grand public, c’est-à-dire les usagers autant que les citoyens, aux arcanes et aux mécanismes de la gestion des eaux urbaines. Rien apparemment ne relie ces deux démarches, sinon leur coïncidence purement fortuite. Pourtant, à y regarder de plus près, elles attestent d’une même attention aux patrimoines de l’eau, celui de la nature et celui du savoir-faire, celui des choses tangibles et celui des représentations mentales.

Avec l’exposition qu’elle présente sous le label LémanManiac, Carinne Bertola, conservatrice au Musée du Léman, veut faire découvrir une culture immatérielle qui transparaît dans le filigrane des objets de la vie lémanique au quotidien, des plus dérisoires aux plus spectaculaires. Du petit verre à vin blanc vaudois au bateau amiral des vapeurs Belle Époque. Géologiquement parlant, le Léman est encore un peu jeune. Par contre, peu de lacs au monde ont une si longue histoire humaine. Ceux qui l’ont fréquenté jadis comme ceux qui le pratiquent aujourd’hui, des moines défricheurs du Lavaux aux régatiers du Bol d’Or, des manufactures de perles aux sociétés de sauvetage, tous ont accumulé un trésor incommensurable de connaissances et de compétences.

Dans L’eau des villes, Géraldine Pflieger, professeur à l’Université de Lausanne, tente un bilan à froid de la gestion urbaine de l’eau et n’hésite pas, au fil de ses analyses, à parler d’un véritable modèle suisse, de son originalité et de ses spécificités qui tiennent avant tout à l’attachement quasi viscéral des habitants de ce pays à la gestion publique et locale des services d’adduction ainsi qu’à leurs performances techniques et financières au profit de la collectivité. Sans aucun doute possible, ce modèle est tributaire d’un système de valeurs qui fait partie intégrante du patrimoine helvétique et se distingue des pratiques des pays voisins, en particulier de la France.

Le lac Léman, dit encore Carinne Bertola, ne serait pas un paradis perdu, mais bien plutôt un paradis à inventer. Ce qui fait l’identité de ses riverains doit évoluer pour rester vivace. Il en va de même dans le domaine de la gestion de l’eau, explique Géraldine Pflieger : les services publics vont devoir réviser leurs stratégies pour faire face aux nouveaux défis techniques, institutionnels ou financiers. Un patrimoine sans créativité ni inventivité est un héritage condamné à disparaître.

Il n’échappe à personne que l’eau (celle qui remplit les lacs comme celle qui coule dans les tuyaux) et le patrimoine sont deux mots de plus en plus fréquemment juxtaposés, avec plus ou moins de bonheur et de pertinence. Toutefois, même assortie des qualificatifs ‘mondial’ et ‘de l’humanité’, la notion de patrimoine reste extrêmement complexe comme en témoigne la revue Mondes en développement qui consacre son premier numéro de l’année à La mise en patrimoine de l’eau. Complexe dans sa définition et dans sa mise en œuvre.

Sans entrer dans le débat, on notera cependant la conclusion de l’une des contributions de la revue après une étude de terrain : la perception que chaque individu a de la ressource et de sa disponibilité est très variable et s’ancre dans les histoires individuelles et collectives, selon le rapport qu’il établit à l’eau, l’usage qu’il en fait, et selon sa facilité d’accès à l’eau potable. En d’autres mots, qu’on le déplore ou non, la perception du bien commun, et donc aussi du patrimoine transmissible à valoriser sans cesse, passe bien souvent après la satisfaction des besoins, des envies et des plaisirs. À méditer avant toute envolée lyrique sur l’eau, patrimoine de l’humanité.

Bernard Weissbrodt




Infos complémentaires

Le Lavaux, sur la rive suisse du Lac Léman, est inscrit depuis 2007 sur la
Liste du patrimoine
mondial de l’Unesco
(photo © aqueduc.info)


:: À propos de
la Lettre de mai 2009

Pour passer le cap de sa cinquantième Lettre, aqueduc.info a invité une poignée d’amis à partager leurs réflexions sur un thème d’eau de leur choix. Bienvenue donc à Sylvie Paquerot, du Québec, Philippe Roch et Olivier Graefe, en Suisse, et Bernard Capo-Chichi, au Bénin. Leurs points de vue, non concertés, offrent une diversité d’approches : enjeux politiques et défis sociaux, responsabilités personnelles et collectives.

Deux entretiens les accompagnent, l’un avec Carinne Bertola, conservatrice au Musée du Léman à Nyon, l’autre avec Géraldine Pflieger auteure d’un livre sur L’eau des villes. C’est à leurs témoignages que fait référence l’éditorial ci-contre.

- Lire la Lettre
de mai 2009


:: Notes et liens
relatifs à cet édito

- Sur l’exposition LémanManiac :
Un autre regard sur le microcosme lémanique

Commentaires de
Carinne Bertola :
Le Léman, patrimoine en perpétuelle réinvention

- Sur L’eau des villes :
présentation du livre
et interview
de Géraldine Pflieger

- Mondes en développement
Revue trimestrielle franco-belge, 2009/1 - numéro 145 : La mise en patrimoine de l’eau.

Référence de l’article cité : De la chose commune au patrimoine commun. Regards croisés sur les valeurs sociales de l’accès à l’eau, par Nadia Belaidi et Agathe Euzen.


:: À l’agenda

"Le patrimoine
culturel immatériel,
une dimension originale
de valorisation
du patrimoine fluvial"

Rencontres
du Réseau Rhône
Givors (France)
6 et 7 juillet 2009

- Pour toute information sur ce colloque, voir le site de la Maison du Fleuve Rhône

Mots-clés

Glossaire

  • Eau potable

    La législation suisse sur les denrées alimentaires définit l’eau potable comme une "eau naturelle ou traitée qui convient à la consommation, à la cuisson d’aliments, à la préparation de mets et au nettoyage d’objets entrant en contact avec les denrées alimentaires". Cette eau doit être "salubre sur les plans microbiologique, chimique et physique". La loi définit de manière précise les exigences de qualité auxquelles elle doit satisfaire en tout temps et les concentrations maximales admissibles de diverses substances.

Mot d’eau

  • Eaux de source

    "Rosette témoigna, pour apaiser sa soif, le désir de boire aussi de cette eau, et me pria de lui en apporter quelques gouttes, n’osant pas, disait-elle, se pencher autant qu’il le fallait pour y atteindre. Je plongeai mes deux mains aussi exactement jointes que possible dans la claire fontaine, ensuite je les haussai comme une coupe jusqu’aux lèvres de Rosette, et je les tins ainsi jusqu’à ce qu’elle eût tari l’eau qu’elles renfermaient, ce qui ne fut pas long, car il y en avait fort peu, et ce peu dégouttait à travers mes doigts, si serrés que je les tinsse." (Théophile Gauthier, "Mademoiselle de Maupin", (...)

Mot d’eau

  • « Le fleuve me hantait »

    "La proximité de sa grandeur réveillait en moi une antique terreur des eaux qui, en présence des rivières et des fleuves, même vus du rivage, me tourmente l’âme. La fluidité des eaux fluviales, lentes ou rapides, me trouble, où je décèle un monde à demi visible de formes fugitives qui tentent et parfois fascinent l’âme inattentive. Ce sont des êtres sinueux et insinuants que les fleuves et les rivières, même farouches." (Henri Bosco, "Malicroix", 1948)


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