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15 janvier 2009.

Partage des eaux

EDITO JANVIER-FÉVRIER 2009 Les organisateurs de la Journée (...)

EDITO JANVIER-FÉVRIER 2009

Les organisateurs de la Journée mondiale des zones humides du 2 février ont choisi cette année de mettre l’accent sur la gestion des bassins versants. Son thème tient dans une expression bien connue : "d’amont en aval". Et dans un constat qui concerne tout un chacun puisque nous vivons tous à l’intérieur de l’un ou l’autre de ces espaces hydrographiques : ce que les uns font en amont n’est pas sans conséquences sur ceux qui vivent en aval.

On peut définir un bassin versant comme la totalité d’un territoire dont les eaux sont drainées par une rivière (ou un fleuve) et ses affluents. Il est en principe délimité par des lignes naturelles de séparation des eaux, lesquelles ne sautent pas toujours aux yeux. Parfois ces lignes paraissent hésiter, comme en ce lieu baptisé par les Vaudois ‘Milieu du Monde’, entre nord et sud, Rhin et Rhône. Elles sont plus évidentes sur les crêtes jurassiennes ou sur les arêtes des massifs alpins bernois et valaisans. Plus émouvantes au Col Lunghin, en Engadine, où se rejoignent les bassins du Danube, du Rhin et du Pô. Plus fascinantes encore, dans un ordre de grandeur sans comparaison, des deux côtés de la Crête Congo-Nil qui sépare une bonne part des eaux d’Afrique.

Le bassin hydrographique, réalité au demeurant fort complexe, c’est non seulement l’unité spatiale de base de l’hydrologie. Mais c’est aussi, surtout depuis le Sommet de la Terre à Rio en 1992, la référence fondamentale en matière de gestion des ressources en eau. Cette « gestion intégrée par bassin versant » est en train de s’imposer un peu partout dans le monde comme un modèle prioritaire dès lors qu’il s’agit de mettre ces ressources durablement en valeur et de le faire avec la participation de tous les acteurs, gestionnaires et utilisateurs, d’un même espace hydrographique.

Le moteur et la finalité de la gestion intégrée des eaux peuvent se résumer par ce que d’aucuns appellent l’hydrosolidarité (*), c’est-à-dire la mise en commun et la conciliation des intérêts des populations de l’amont et de l’aval, sans oublier la préservation et la mise en valeur du patrimoine naturel et matériel. Le temps est révolu où chacun pouvait « exploiter » l’eau selon ses envies et revendications parfois légitimes sans tenir compte ni de la pérennité de la ressource en qualité et en quantité ni des impérieuses nécessités des autres utilisateurs. Arrive celui où chacun doit comprendre qu’il importe de « gérer » l’eau non plus ponctuellement mais en considérant l’ensemble d’un réseau hydrologique, en concertation avec tous ceux qui en vivent d’une manière ou d’une autre.

L’objectif principal de cette journée du 2 février 2009 est précisément de favoriser une meilleure compréhension du fonctionnement de ces bassins hydrographiques et une plus grande attention aux conséquences des divers usages de l’eau. Car, quelles que soient les activités humaines – professionnelles, domestiques, récréatives ou autres – elles ont toutes des répercussions sur le bassin où elles se développent.

En Suisse, la nouvelle législation du canton du Jura dans le domaine des ressources en eau (elle sera soumise à votation populaire le 8 février prochain) prévoit une gestion par bassins versants (Birse, Doubs et Allaine) ; ce même canton et quatre autres (Berne, Soleure et les deux Bâle) sont impliqués dans un plan régional d’évacuation des eaux de la Birse ; le Valais, dans son projet de 3e correction du Rhône, vise par une approche globale à concilier trois grands objectifs : utiliser l’eau, la protéger, s’en protéger ; à Genève, le canton est associé à cinq contrats de rivières franco-suisses.

Il n’est pas non plus interdit de rêver. Ni d’imaginer, en pure utopie, qu’un jour ou l’autre soient effacées les frontières politiques et administratives qui sont les nôtres aujourd’hui. Souvent, ce sont les fleuves et les rivières qui ont servi et servent encore de démarcations. Ne dit-on pas outre-Sarine, outre-Rhin ? Mais si l’on est convaincu que le cours d’eau est ce qui unit les populations et non ce qui les divise, pourquoi ne ferait-on pas des bassins versants non seulement l’unité de base de la gestion de l’eau dont tout le monde a besoin mais aussi le lieu par excellence de vie commune ? Ce qui dès lors servirait de carte d’identité ne se référerait plus au classique territoire national, mais à l’espace vital compris entre les lignes de partage des eaux, au-delà desquelles on naît différent.

Bernard Weissbrodt


(*) Voir notamment : François Anctil, “L’eau et ses enjeux”, De Boeck, 2008.

Pour en savoir plus sur la Journée mondiale des zones humides 2009




Mots-clés

Mot d’eau

  • L’eau de Lao-Tseu

    Parmi toutes les choses du monde, il n’en est point de plus molle et de plus faible que l’eau, et cependant, pour briser ce qui est dur et fort, rien ne peut l’emporter sur elle. Pour cela rien ne peut remplacer l’eau. Ce qui est faible triomphe de ce qui est fort ; ce qui est mou triomphe de ce qui est dur. Dans le monde il n’y a personne qui ne connaisse [cette vérité], mais personne ne peut la mettre en pratique. (Lao-Tseu, "Tao Te King", LXXVIII.)

Glossaire

  • Source « améliorée »

    Cette notion est utilisée par l’OMS pour désigner une installation d’approvisionnement en eau qui, de par la nature de sa construction, protège l’eau de façon satisfaisante de toute contamination extérieure, en particulier des matières fécales. Les sources améliorées incluent : l’eau courante sous canalisation alimentant le domicile, les forages ou puits tubulaires, les puits creusés protégés, les sources protégées et les citernes d’eau de pluie. L’eau en bouteille ne figure pas dans cette liste car la quantité d’eau ainsi fournie est limitée.


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