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14 décembre 2007.

P’tits coins pour tous

EDITO DÉCEMBRE 2007 (...)

EDITO DÉCEMBRE 2007

2008, année internationale de l’assainissement. Ainsi en a décidé l’ONU, qui dans la foulée a également baptisé ce millésime : année des langues, année de la planète Terre et année de la pomme de terre ! Pourquoi pas l’année du n’importe quoi, pour continuer à détourner notre regard d’une réalité que l’on refuse obstinément de voir en face ? Comme si on pouvait ainsi niveler tous les problèmes sans égard aux enjeux humains et aux vraies urgences. Alors qu’il n’y a pas si longtemps, l’ONU elle-même clamait à qui mieux mieux que « l’eau c’est la vie, l’assainissement c’est la dignité ». Vous avez dit patate ?

L’assainissement sent l’euphémisme. Pourquoi ne pas dire la chose avec les mots de tous les jours : cabinet, W.C., toilettes et autres vocables sans doute moins pudiques ? Ce n’est pas dans le vocabulaire qu’il s’agit de mettre enfin un minimum de dignité, mais dans la vie de plus de deux milliards et demi de gens à qui fait défaut la plus rudimentaire des installations sanitaires. En particulier dans la vie des filles et des femmes qui là aussi paient cher les inégalités sociales.

« Le manque d’accès à l’assainissement est une façon polie de dire que les gens puisent dans les rivières, les lacs, les fossés et les canaux de drainage souillés par des excréments humains et animaux l’eau dont ils ont besoin pour boire, cuisiner et se laver » a-t-on pu lire dans un Rapport mondial sur le développement humain.

Chacun sait intimement qu’être privé de toilettes saines dans sa maison ou à immédiate proximité représente un outrage permanent à la dignité humaine et à un élémentaire bien-être. Mais les arguments les plus probants, fussent-ils affublés du label « Millénaire pour le développement », ne suffisent visiblement pas à convaincre autorités et décideurs de l’urgence des actions à mener. A-t-on jamais vu politicien faire campagne à coup de slogans du genre « Des latrines ! Pour tout le monde ! » C’est en tout cas moins porteur que de s’afficher sur une scène de téléthon.

Le monde industrialisé a oublié qu’au 19e siècle les maladies infectieuses propagées par l’eau faisaient d’immenses ravages. « L’égout est la conscience de la ville », écrivait alors Victor Hugo. Mais le jour où l’on a compris que le drainage des eaux usées réclamait autant d’efforts et d’investissements que l’approvisionnement en eau potable et que l’on a vraiment commencé à s’attaquer au problème, les progrès ont été fulgurants. En Grande-Bretagne par exemple, l’espérance de vie augmenta de quinze ans en quatre décennies.

On nous dit que la Suisse veut « tirer la chasse de l’indifférence », briser les tabous et faire connaître à l’opinion publique de ce pays les situations inadmissibles auxquelles un tiers des habitants de la planète sont chaque jour confrontés. Très bonne nouvelle. La solidarité internationale implique que l’on se préoccupe autant d’aménager des latrines que de construire des citernes.

On a, tout un temps, pensé qu’il suffisait de livrer des solutions clefs de WC en mains. Y compris des chasses d’eau alors qu’il n’y avait même aucune conduite à proximité. Ensuite de quoi les donateurs s’étonnaient que les populations bénéficiaires se montraient fort peu concernées par l’entretien d’un matériel inadéquat.

Rien ne sert de construire des latrines chez soi si le voisin ne le fait pas. Un rien suffit à empoisonner la vie de tous. C’est dire que la bataille pour l’assainissement passe d’abord par des solidarités locales et par la prise de responsabilité individuelle pour l’amélioration du bien-être collectif. Ce n’est pourtant pas seulement à la multiplication des installations que l’on verra les vrais progrès. Mais aux changements de comportements et aux pratiques nouvelles en matière sanitaire. Et ça, ça prend du temps. Beaucoup de temps. Et ce n’est pas qu’une question d’argent.

Bernard Weissbrodt

- Lire aussi : La Suisse veut faire mieux connaître les enjeux mondiaux autour de l’hygiène




Mot d’eau

  • Contempler l’eau

    “Je ne connais pas d’occupation plus totale de soi que de contempler l’eau, surtout l’eau mi-morte. À la fois plaisir et souffrance, divertissement de chaque minute et ennui compact des heures, plénitude et vide ; on vit avec une profonde et sourde intensité en même temps qu’on se détache et s’oublie, on se pétrit et on se délite dans une contradiction dont on ne cherche pas la clé, et il y en a certainement une, mais inutile. À quoi bon comprendre ?” (Alexandre Arnoux, “Rhône, mon fleuve”, 1967)

Glossaire

  • Porosité, perméabilité

    Les deux mots ne doivent pas être confondus car une roche poreuse (un grès par exemple) peut être perméable ou imperméable. On parle de la porosité d’un milieu, d’un sol ou d’une roche lorsqu’ils comportent des pores, c’est-à-dire des vides et des interstices de petite taille parfois microscopique. Le calcul de la porosité permet d’évaluer la capacité de stockage d’un milieu. On parle de perméabilité d’un milieu lorsqu’il est apte non seulement à se laisser pénétrer par un fluide, mais également à être complètement traversé par lui.


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