AccueilLa LettreLettres du Bénin

4 juillet 2007.

« On ne joue pas avec l’eau »

« Dji’kotcheayaomo ». Littéralement : on ne joue pas avec l’eau. Dans (...)

« Dji’kotcheayaomo ». Littéralement : on ne joue pas avec l’eau. Dans une troisième lettre envoyée du Bénin, Bernard Capo-Chichi aborde le thème des noms liés à l’eau et portés par les Djissi de Savalou. Autrement dit : quand la culture vole au secours de l’environnement.

La République du Bénin, en Afrique de l’Ouest, est la Terre du Vodou, religion traditionnelle et naturelle. La ville de Savalou, à quelque 250 kilomètres au nord-ouest de la capitale économique Cotonou, en est l’un des principaux berceaux.

Parmi les couvents, sortes de séminaires - monastères disséminés aux quatre coins de la ville, c’est d’abord celui de Sato qui retient l’attention. Il regroupe dans un même territoire les divinités qui, mises ensemble, forment le cycle hydrologique de l’eau. Elles s’appellent Hebiosso, Xwla, Avlekete, et Dji. Respectivement le ciel, les océans, les eaux de surface et les pluies.

Les adeptes de la divinité Dji sont appelées Djissi. Elles portent des appellations, sortes de titres qui précisent les fonctions vitales de l’eau, exhortent à la protection de la ressource ou louent ses bienfaits inépuisables pour les êtres. Voici quelques exemples de titres ainsi que leurs traductions littérales :

« Dji’kotcheayaomo » : on ne joue pas avec l’eau. « Dji’wafoun’omo » : l’eau fait prospérer l’enfant. « Dji’wa laye » : l’eau c’est la vie. « Dji’aye’hin » : l’eau est le moteur de la vie. « Tognon » : l’eau est bienfaisante.

Culture rime avec nature

Le répertoire des titres se révèle fort riche et il est passionnant d’y constater que chez les Djissi culture rime bien avec nature. Chaque fois que l’on désigne une divinité Djissi par son titre, c’est un message clair que l’on diffuse autour de soi et partout ailleurs pour inciter à une conduite exemplaire vis-à-vis de la ressource eau.

Dans cet espace géographique, fait de précarité et de pénurie de l’eau, dans ce qui est aussi un espace de tradition orale, voilà une manière on ne peut plus originale de faire passer le bon message à la fois à ses contemporains et à la postérité !

Ainsi à Savalou, si les deux prénoms Bernard et Tognon désignent la même personne, Tognon en dit davantage puisqu’il attire l’attention sur les bienfaits de l’eau. De nos jours, on parlerait de principe de précaution et de sensibilisation par ICE (information, communication, éducation). Les Djissi pourraient donc, d’une certaine manière, se considérer comme les précurseurs ou les pionnières du développement durable. Qui dit mieux ?

Voici en tout cas une belle illustration du lien entre la nature et le sacré (un pacte), puis de la responsabilité - à faire connaître - de l’homme envers la nature. Ainsi donc, chez les Djissi de Savalou, la préservation de la vie passe par la protection de l’environnement (l’eau en l’occurrence). Et la protection de l’environnement passe par la sauvegarde et le respect de la culture.

Bernard Capo-Chichi


Précédentes Lettres du Bénin

1. Hetin-Sota, village lacustre sans eau potable
2. Ainsi passe le temps à Miniki...




Infos complémentaires

Rite de l’eau en pays vodou (peintre béninois)

Mots-clés

Glossaire

  • Eau potable

    La législation suisse sur les denrées alimentaires définit l’eau potable comme une "eau naturelle ou traitée qui convient à la consommation, à la cuisson d’aliments, à la préparation de mets et au nettoyage d’objets entrant en contact avec les denrées alimentaires". Cette eau doit être "salubre sur les plans microbiologique, chimique et physique". La loi définit de manière précise les exigences de qualité auxquelles elle doit satisfaire en tout temps et les concentrations maximales admissibles de diverses substances.

Mot d’eau

  • Eaux de source

    "Rosette témoigna, pour apaiser sa soif, le désir de boire aussi de cette eau, et me pria de lui en apporter quelques gouttes, n’osant pas, disait-elle, se pencher autant qu’il le fallait pour y atteindre. Je plongeai mes deux mains aussi exactement jointes que possible dans la claire fontaine, ensuite je les haussai comme une coupe jusqu’aux lèvres de Rosette, et je les tins ainsi jusqu’à ce qu’elle eût tari l’eau qu’elles renfermaient, ce qui ne fut pas long, car il y en avait fort peu, et ce peu dégouttait à travers mes doigts, si serrés que je les tinsse." (Théophile Gauthier, "Mademoiselle de Maupin", (...)

Mot d’eau

  • « Le fleuve me hantait »

    "La proximité de sa grandeur réveillait en moi une antique terreur des eaux qui, en présence des rivières et des fleuves, même vus du rivage, me tourmente l’âme. La fluidité des eaux fluviales, lentes ou rapides, me trouble, où je décèle un monde à demi visible de formes fugitives qui tentent et parfois fascinent l’âme inattentive. Ce sont des êtres sinueux et insinuants que les fleuves et les rivières, même farouches." (Henri Bosco, "Malicroix", 1948)


Contact Lettre d'information