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août 2004.

Objectif « de l’eau pour tous » : bonnes et mauvaises nouvelles

À mi-chemin entre 1990 (année de référence) et 2015 (prochain (...)

À mi-chemin entre 1990 (année de référence) et 2015 (prochain objectif des Nations Unies), l’OMS et l’UNICEF publient un rapport d’évaluation intermédiaire. Diagnostic : plus de 2,6 milliards de personnes - c’est-à-dire plus de 40 % de la population de la planète - n’ont toujours pas accès à l’assainissement de base et plus d’un milliard utilisent encore des sources d’eau insalubre.

Le constat conjoint de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et du Fonds des Nations Unies pour l’Enfance (UNICEF) ne surprendra personne : le cercle vicieux de la maladie et de la pauvreté, cause et conséquence des manques d’accès à l’eau potable et d’installations sanitaires suffisantes, sape les efforts de développement. Les enfants en sont les premières victimes.

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Jeune éthiopienne portant une jarre d’eau (OMS/Virot)

Le rapport conjoint des deux organisations, rendu public le 26 août - Meeting the Millenium Development Goals (MDG) drinking water and sanitation target - A mid-term assessment of progress – se présente comme un bilan des actions menées depuis 1990.

Il en tire deux prévisions contradictoires quant à la réalisation des objectifs fixés en 2000 par l’ONU lors du Sommet du Millénaire (réduire de moitié, d’ici 2015, la part de la population mondiale qui n’a pas accès à une source d’approvisionnement en eau de boisson salubre et à des moyens d’assainissement adéquats).

Eau potable : objectif réaliste

Bonne nouvelle : l’objectif concernant l’approvisionnement en eau salubre de 800 millions de personnes d’ici 2015 pourrait être atteint. Selon l’OMS et l’UNICEF, le taux de couverture mondiale en eau potable au cours des 12 dernières années aurait en effet passé de 77 % en 1990 à 83 %. Plus d’un milliard de personnes en bénéficieraient.

Les progrès les plus importants ont été réalisés en Asie du Sud, en Inde et en Chine. Mais il faut tout de même rappeler que c’est en Asie que vivent les deux tiers des gens dont l’eau de boisson provient encore de sources insalubres.

Les succès sont moins probants en Afrique subsaharienne, même si certains pays affichent des bilans positifs, comme l’Angola, le Malawi, la République centrafricaine, la Tanzanie et le Tchad. Seuls 58% des populations d’Afrique noire s’approvisionnent en eau potable.

De manière globale, on peut dire que près de la moitié de la population mondiale est aujourd’hui approvisionnée en eau potable à domicile. L’OMS et l’UNICEF mettent en évidence les avantages économiques de ces raccordements : non seulement ils contribuent à une amélioration de la santé des familles, mais ils libèrent les femmes et les fillettes de la corvée d’eau, et leur laissent davantage de temps pour s’occuper de leur travail, de la famille ou de leurs études.

Assainissement : échec programmé

La mauvaise nouvelle du rapport, c’est que dans une décennie, 500 millions de personnes - vivant pour la plupart en milieu rural en Afrique et en Asie - seront encore et toujours privées d’installations sanitaires minimales.

Ce qui revient à dire que la non élimination des déchets favorisera la propagation de maladies à l’origine de millions de décès d’enfants alors que des millions d’autres survivront à peine.

Selon le rapport, le bilan humain et économique très lourd de cet échec quasi prévisible concernant l’assainissement pourrait être évité à condition de réduire le fossé entre populations urbaines et populations rurales : « la tendance mondiale à l’urbanisation marginalise les populations rurales défavorisées et surcharge les services de base dans les villes ».

Le monde industrialisé n’est pas à l’abri

Si, de toute évidence, les régions en développement sont les plus exposées au manque d’accès à l’eau et à l’assainissement, certaines tendances constatées dans le monde industrialisé inquiètent aussi les experts de l’OMS et de l’UNICEF.

Entre 1990 et 2002, la couverture des services d’eau y aurait diminué de 2 %. Elle ne concernerait par exemple que 83% des populations de l’ex-Union soviétique. Une proportion qui pourrait encore reculer au vu de la pression économique et démographique grandissante.

« Quelque chose pour tous »

Si l’on veut inverser cette tendance, de gros moyens financiers sont absolument nécessaires et urgents. Mais ils ne suffiront pas. Selon les auteurs du rapport, la clé de l’amélioration dans de nombreux pays a été l’adoption d’une politique nationale fondée sur le principe"quelque chose pour tous"plutôt que"tout pour quelques-uns".

Ce qui, au niveau local, implique une réorientation des ressources, pour ne pas laisser de côté les communautés les plus pauvres. Ce que l’OMS et l’UNICEF traduisent par une meilleure coopération entre autorités locales et secteur privé. (bw)


Source : Communiqué de presse OMS-UNICEF, 26 août 2004, Genève/New York
Le rapport sur le site de l’UNICEF

Liens :
- Organisation mondiale de la Santé (OMS)
- Fonds des Nations Unies pour l’Enfance (UNICEF)




Infos complémentaires

Verbatim

"Des millions d’enfants naissent dans une situation d’urgence méconnue où les besoins élémentaires ne sont pas satisfaits. L’écart grandissant entre ceux qui ont et ceux qui n’ont pas accès aux services de base provoque quelque 4000 décès d’enfants par jour et constitue une cause sous-jacente d’une bonne partie des 10 millions de décès annuels d’enfants. Il faut agir maintenant pour combler le fossé si l’on veut éviter un bilan encore plus lourd."
Carol Bellamy, Directeur général de l’UNICEF

"Pour atteindre les cibles fixées pour 2015, les pays doivent apporter la volonté politique et les ressources permettant de desservir 1 milliard de nouveaux citadins et de réduire de près d’un milliard le nombre des ruraux qui n’ont pas accès à des moyens d’assainissement adéquats. Sinon, nous risquons d’être confrontés à des millions, voire des milliards, d’exclus du développement".
Lee Jong-wook, Directeur général de l’OMS

"L’amélioration de l’approvisionnement en eau de boisson passe notamment par le raccordement des ménages au réseau de distribution, l’installation de bornes-fontaines, de puits forés ou de puits creusés protégés, l’aménagement de sources protégées et la collecte des eaux de pluie. Selon le rapport demandé par l’OMS à l’Institut tropical suisse en 2004 sur l’évaluation des coûts et des avantages de l’amélioration de l’approvisionnement en eau et de l’assainissement, chaque dollar investi en faveur de l’amélioration dans ces domaines produit 3 à 4 dollars - selon le type de réseau d’approvisionnement et la région concernée."
Note du communiqué de presse OMS-UNICEF

Mots-clés

Mot d’eau

  • Entre la ressource et la source, comment dire l’eau avec justesse ?

    " Entre l’expérimentation du chimiste qui dit clairement la composition de l’eau mais en oublie l’usage, et l’expérience des usagers qui en vivent les troubles, les dangers et les surprises, y a-t-il une place pour une épreuve de soi et du monde qui dise l’eau au lieu de ne faire qu’en parler ? " (Jean-Philippe Pierron, "La Poétique de l’eau")

Glossaire

  • Pompage-turbinage

    C’est un type de centrale hydroélectrique qui permet de stocker de l’énergie électrique potentielle par le biais de deux bassins d’accumulation situés à des altitudes différentes. L’eau du réservoir supérieur, qui sert à produire de l’électricité par turbinage, se déverse dans le réservoir inférieur. Et lorsque la demande d’énergie électrique est faible, cette eau est pompée vers le bassin du haut pour y être stockée et plus tard turbinée à nouveau. Il est ainsi possible d’établir un équilibre entre l’offre et la demande sur le marché de l’électricité.


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