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29 mai 2012.

“Notre conception d’un étang idyllique ne répond pas aux besoins des espèces menacées”

Les zones marécageuses, on le sait, sont les habitats naturels qui (...)

Les zones marécageuses, on le sait, sont les habitats naturels qui en Suisse ont le plus pâti du développement économique des deux derniers siècles. Des centaines de milliers de petits plans d’eau ont disparu par suite de l’endiguement des zones alluviales et du drainage intensif des terres agricoles. Depuis une dizaine d’années, étangs et marais sont sous haute surveillance et l’on a même aménagé un peu partout de nombreux et nouveaux plans d’eau. Ce que l’on sait moins, c’est que certains batraciens ont aussi besoin, pour survivre, de mares temporaires qui s’assèchent de temps à autre. C’est ce qui a poussé le Centre de coordination pour la protection des amphibiens et des reptiles de Suisse (1) à lancer un projet - "1001 étangs" - visant à la création en dix ans d’un millier de plans d’eau temporaires.

"Nous avons encore trop peu d’étangs et de mares dans notre paysage, écrit Hansjakob Baumgartner, dans le dernier numéro du magazine ’environnement’ (1) de l’Office fédéral de l’environnement (OFEV). Et parmi ceux qui ont été aménagés récemment, beaucoup ne répondent pas aux besoins des espèces menacées. La Suisse manque notamment de plans d’eau qui s’assèchent épisodiquement. Les mares et les étangs temporaires étaient jadis la norme. Ils se formaient dans les zones alluviales le long des grands fleuves ou sur les rives des lacs, au moment de la fonte des neiges et des glaciers, pour se tarir ensuite. Ou dans les cuvettes, quand les précipitations automnales et hivernales faisaient monter le niveau de la nappe phréatique ; là, elles subsistaient jusqu’à la fin de l’été. Un constat qui peut se résumer en une phrase : notre conception d’un étang idyllique ne répond pas aux besoins des espèces menacées. Ce qui revient à dire aussi que la majorité des batraciens ne profite guère de la multiplication des plans d’eau aménagés dans les jardins privés et les espaces publics.

Les biologistes expliquent que les petits plans d’eau temporaires - parmi lesquels on trouve aussi bien des mares que des flaques ou gouilles de gravières - conviennent généralement bien au cycle de vie de la plupart des amphibiens, qui comptent plusieurs milliers d’espèces et qui sont moins dépendants de l’eau que leurs prédateurs aquatiques, poissons ou insectes. C’est qu’une fois passés du stade de larve à celui de batracien adulte, la plupart d’entre eux quittent les zones humides pour gagner des habitats terrestres. Si leurs plans d’eau s’assèchent trop tôt, ils risquent de voir quantité de larves anéanties. Mais leurs prédateurs n’y survivront pas non plus ! Et tout compte fait, ceci importe plus que cela. Le bilan tourne à l’avantage des amphibiens et l’aménagement de plans d’eau temporaires leur est au final tout bénéfice.

"Si la Suisse veut sérieusement sauvegarder et promouvoir sa biodiversité, lit-on dans ’Hotspot’, le bulletin d’information du Forum Biodiversité Suisse (3), elle ne pourra pas s’abstenir de créer et de rétablir des plans d’eau temporaires". La solution idéale serait de les aménager "là où une dynamique hydrologique suffisamment naturelle permet leur assèchement sans l’intervention de l’homme". C’est-à-dire de creuser de petites dépressions dans des zones où la nappe phréatique affleure presque à la surface du sol, lequel se détrempe et s’assèche au fil des saisons et des aléas du climat. Ou alors d’inonder de petites prairies grâce à un système de ruissellement temporaire ou de créer des étangs traditionnels dont on évacue l’eau régulièrement.

Parmi les succès déjà enregistrés, l’exemple de la vallée de la Sarine (dans les cantons de Berne et de Fribourg) est souvent cité : une bonne dizaine de plans d’eau temporaires, de quelques dizaines ou centaines de mètres carrés, y ont été aménagés entre 2001 et 2007. Certains d’entre eux, approvisionnés par les eaux de pluie du printemps, sont équipés d’un dispositif de vidange qui permet leur assèchement en automne. L’objectif était de relier entre elles deux populations isolées de rainettes vertes. Résultat : les plans d’eau se sont rapidement repeuplés et on y observe désormais chaque année quelque 100 à 200 rainettes. (bw)


(1) Centre de coordination pour la protection des amphibiens et des reptiles de Suisse (karch)
(2) Hansjakob Baumgartner, "Mille et un nouveaux étangs", magazine ’environnement´, OFEV, 2/2012
(3) Adrian Borgula, Benedikt Schmidt et Silvia Zumbach, "Protection des amphibiens - De nouveaux étangs s’imposent", Hotspot , bulletin d’information du Forum Biodiversité Suisse, Projets pilotes, n°22/2010, pp.14-15




Infos complémentaires

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Le Plaun Schumpeder, dans le Val Müstair (Grisons), inscrit dans la liste suisse de la protection des sites d’importance nationale pour la reproduction de batraciens (photo aqueduc.info).

:: L’inventaire suisse des sites de reproduction de batraciens

- Afin de protéger sur son territoire les espèces menacées de batraciens, la Suisse a créé en 2001 un inventaire des sites de reproduction de batraciens d’importance nationale, afin de préserver durablement leurs effectifs et favoriser leur croissance. Cet inventaire recense actuellement 897 sites, pour une superficie totale de près de 14’000 hectares. Ce sont les cantons qui ont la charge de leur protection et de leur entretien.

- Différents types de plans d’eau et de zones humides y sont pris en compte : mares, étangs, prairies humides, zones humides étendues dans des bas-marais ou des zones alluviales, gravières. La majorité des sites se concentrent sur le Plateau suisse et son climat tempéré, et à une altitude inférieure à 600 mètres.

- On compte en Suisse 20 espèces indigènes d’amphibiens, dont 14 (70%) figurent sur la liste rouge des espèces menacées. Seules 3 espèces ne sont pas menacées : la salamandre noire, le triton alpestre et la grenouille rousse. Les espèces les plus menacées sont celles qui vivent dans des plans d’eau s’asséchant occasionnellement. A l’exception de la salamandre noire, toutes les espèces présentes en Suisse dépendent de plans d’eau pour leur reproduction.

- En savoir plus sur les pages ad hoc du site de l’OFEV

(Sources des informations : OFEV, karch, Forum Biodiversité Suisse)

Mots-clés

Mot d’eau

  • Entre la ressource et la source, comment dire l’eau avec justesse ?

    " Entre l’expérimentation du chimiste qui dit clairement la composition de l’eau mais en oublie l’usage, et l’expérience des usagers qui en vivent les troubles, les dangers et les surprises, y a-t-il une place pour une épreuve de soi et du monde qui dise l’eau au lieu de ne faire qu’en parler ? " (Jean-Philippe Pierron, "La Poétique de l’eau")

Glossaire

  • Pompage-turbinage

    C’est un type de centrale hydroélectrique qui permet de stocker de l’énergie électrique potentielle par le biais de deux bassins d’accumulation situés à des altitudes différentes. L’eau du réservoir supérieur, qui sert à produire de l’électricité par turbinage, se déverse dans le réservoir inférieur. Et lorsque la demande d’énergie électrique est faible, cette eau est pompée vers le bassin du haut pour y être stockée et plus tard turbinée à nouveau. Il est ainsi possible d’établir un équilibre entre l’offre et la demande sur le marché de l’électricité.


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