AccueilInfosAnnées précédentesAnnée 2005

3 novembre 2005.

Méditerranée : 108 millions de « pauvres en eau »

En Méditerranée l’eau est une ressource rare, fragile et inégalement (...)

En Méditerranée l’eau est une ressource rare, fragile et inégalement répartie. Les demandes en eau sont en augmentation et dans de nombreux pays riverains, les prélèvements en eau approchent le niveau limite des ressources disponibles. Pour faire face à cette vulnérabilité croissante, il importe désormais d’agir sur la demande en eau et pas uniquement sur l’offre. C’est l’une des conclusions de l’étude menée par le Plan Bleu, organe des Nations Unies pour la Méditerranée.

Ce rapport, commandité par les pays riverains de la Méditerranée et rédigé avec la collaboration de quelque 300 experts des deux rives nord et sud de la Grande Bleue, propose une analyse prospective du devenir du bassin méditerranéen et ses 430 millions d’habitants pour lesquels il n’écarte pas le risque d’une fracture sociale, économique et environnementale à l’horizon 2025. Il consacre bien évidemment l’un de ses chapitres à l’approvisionnement en eau.

Le constat : les approvisionnements en eau sont fragilisés

En Méditerranée l’eau est une ressource rare, fragile et inégalement répartie. Les demandes en eau sont en augmentation et dans de nombreux pays du bassin méditerranéen, les prélèvements approchent le niveau limite des ressources disponibles. Le rapport du Plan Bleu met le doigt sur des pénuries d’eau, conjoncturelles ou structurelles.

En l’an 2000, la population pauvre en eau, c’est-à-dire celle des pays qui disposent de moins de 1000 m3 par habitant par an, s’élevait à 108 millions. 45 millions d’entre eux se trouvaient même en situation de pénurie, disposant de moins de 500 m3 par habitant par an.

Les approvisionnements en eau sont fragilisés à la fois par la surexploitation d’une partie des eaux souterraines renouvelables (générant des intrusions salines qui rendent l’eau inutilisable) et par l’exploitation de ressources non renouvelables (dont les eaux fossiles). A quoi s’ajoutent des dégradations et pollutions d’origine humaine qui en modifient le régime ou la qualité, ce qui limite encore les possibilités d’usage. Au bout du compte, il en résulte :

- une vulnérabilité des approvisionnements du fait de la hausse des coûts (car il faut traiter l’eau),
- des risques pour la santé (la qualité des eaux distribuées est une préoccupation croissante),
- des conflits d’usage (entre utilisateurs, grands secteurs, régions ou pays).

Le futur annoncé : l’épuisement des ressources en eau

Le rapport prédit une augmentation sensible des pressions sur les ressources en eau au Sud et à l’Est du bassin méditerranéen. Ils seront alors 63 millions de Méditerranéens à se retrouver en situation de pénurie. Du fait de la croissance de la demande d’eau agricole et urbaine et de la rareté des ressources, un pays méditerranéen sur trois prélèvera plus de 50 % du volume annuel de ses ressources naturelles renouvelables.

C’est surtout dans les pays les moins pourvus, que les croissances de la demande seront les plus fortes, ces pays étant alors les plus touchés par des pénuries structurelles. Dans ces conditions, il faut s’attendre à un épuisement rapide de certaines ressources fossiles et une poursuite de la destruction d’aquifères côtiers par intrusion d’eau de mer.

Du fait de leur envasement, nombre de barrages sont en train de perdre une part importante de leurs capacités initiales et verront leur durée de vie limitée. La croissance des rejets industriels et urbains et la réduction des écoulements dus à l’augmentation des prélèvements affecteront la qualité des eaux et des systèmes aquatiques. (Source : dossier de presse)


* "Méditerranée : Les perspectives du Plan Bleu sur l’environnement et le développement"
Éditions de l’Aube (France), 2005, 432 pp.




Infos complémentaires

:: Les alternatives

Agir sur la demande en eau et pas uniquement sur l’offre

Pour les auteurs du rapport, il apparaît très clairement que l’accroissement de l’offre, qui a constitué la réponse traditionnelle des politiques de l’eau en Méditerranée, atteint aujourd’hui ses limites. C’est donc dans le domaine de la gestion de la demande en eau qu’il faut intervenir pour réduire les pertes et les gaspillages et améliorer l’efficacité de l’utilisation de la ressource.

Dans un tel scénario alternatif qui privilégie la gestion de la demande, les experts estiment que près de 54 km3, soit 24 % de la demande totale en 2025, pourraient être économisés. Ce qui permettrait de stabiliser la demande en eau à son niveau de l’an 2000.

On sait que l’agriculture est le premier secteur consommateur d’eau et qu’il absorbe en moyenne 65 % de la demande totale dans le bassin méditerranéen. Le secteur de l’agriculture irriguée représente aussi le plus gros potentiel d’économies en volume (65 % environ du potentiel total d’économies d’eau identifié en Méditerranée).

Ces objectifs, comparés aux approches classiques par l’offre, sont jugés “gagnants-gagnants” car ils limitent à la fois les impacts environnementaux, les risques de conflits, le coût d’accès à l’eau et dégagent un potentiel de croissance économique et de stabilité pour la région.

:: LE PLAN BLEU

Observatoire méditerranéen de l’environnement et du développement durable, le Plan Bleu est un Centre d’activités régionales du Programme des Nations Unies pour l’Environnement / Plan d’action pour la Méditerranée (PNUE / PAM) créé, financé et piloté par les 21 pays riverains de la Méditerranée et par la Commission européenne. Son objectif, a été défini par la conférence intergouvernementale tenue à Split en 1977. Le Plan Bleu est le principal centre support de la Commission méditerranéenne de développement durable (CMDD) créée en 1996 suite à la Conférence de Rio.

Le site du Plan Bleu

Glossaire

  • Eau potable

    La législation suisse sur les denrées alimentaires définit l’eau potable comme une "eau naturelle ou traitée qui convient à la consommation, à la cuisson d’aliments, à la préparation de mets et au nettoyage d’objets entrant en contact avec les denrées alimentaires". Cette eau doit être "salubre sur les plans microbiologique, chimique et physique". La loi définit de manière précise les exigences de qualité auxquelles elle doit satisfaire en tout temps et les concentrations maximales admissibles de diverses substances.

Mot d’eau

  • Eaux de source

    "Rosette témoigna, pour apaiser sa soif, le désir de boire aussi de cette eau, et me pria de lui en apporter quelques gouttes, n’osant pas, disait-elle, se pencher autant qu’il le fallait pour y atteindre. Je plongeai mes deux mains aussi exactement jointes que possible dans la claire fontaine, ensuite je les haussai comme une coupe jusqu’aux lèvres de Rosette, et je les tins ainsi jusqu’à ce qu’elle eût tari l’eau qu’elles renfermaient, ce qui ne fut pas long, car il y en avait fort peu, et ce peu dégouttait à travers mes doigts, si serrés que je les tinsse." (Théophile Gauthier, "Mademoiselle de Maupin", (...)

Mot d’eau

  • « Le fleuve me hantait »

    "La proximité de sa grandeur réveillait en moi une antique terreur des eaux qui, en présence des rivières et des fleuves, même vus du rivage, me tourmente l’âme. La fluidité des eaux fluviales, lentes ou rapides, me trouble, où je décèle un monde à demi visible de formes fugitives qui tentent et parfois fascinent l’âme inattentive. Ce sont des êtres sinueux et insinuants que les fleuves et les rivières, même farouches." (Henri Bosco, "Malicroix", 1948)


Contact Lettre d'information