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26 février 2008.

London on tap, Lugano dalla bottiglia

EDITO FÉVRIER-MARS 2008 « Ne vous gênez pas de demander de l’eau du (...)

EDITO FÉVRIER-MARS 2008

« Ne vous gênez pas de demander de l’eau du robinet quand vous mangez hors de chez vous. Vous économiserez de l’argent et vous contribuerez à sauver la planète. » Le maire de Londres distille ses convictions au démarrage de son ambitieuse campagne "London On Tap" (Londres au robinet). On ne parle pas la même langue à Lugano, en Suisse, une ville qui s’imagine capitale mondiale des normes de qualité de l’eau minérale en bouteilles. La mini bulle y frise le ridicule.

Pour comprendre les enjeux de l’eau en Grande-Bretagne, il convient de ne pas oublier que c’est l’un des rares pays où les services de l’eau ont été privatisés. En 1989 déjà. Que le maire de la capitale, Ken Livingstone, ait trouvé un terrain d’entente avec la plus grande société de services d’eau du Royaume-Uni, Thames Water, pour valoriser l’eau potable qu’elle distribue à plus de 9 millions de Londoniens est en soi une bonne nouvelle. Même s’il va de soi que les actionnaires y trouveront aussi quelque motif de satisfaction.

Aider les consommateurs à mieux apprécier la qualité de l’eau du robinet et mesurer l’impact négatif des bouteilles sur l’environnement, encourager les clients des bars et des restaurants à se faire servir de cette eau-là plutôt que des eaux minérales plus chères et inciter les tenanciers à proposer ce choix : voilà un exemple de campagne qui, en Suisse aussi, pourrait largement inspirer les communes, premières responsables de la distribution d’eau potable.

Certaines le font déjà. L’an dernier, par exemple, le Service des eaux de la Ville de Lausanne a distribué à tous ménages une étiquette de bouteille vantant, tel un vigneron son nectar, les mérites de « l’eau de qualité contrôlée du Domaine du Grand Lausanne ». De telles initiatives, fort bienvenues, restent toutefois fragmentaires et ponctuelles. Sans grand effet sur l’opinion.

Est-ce vraiment nécessaire, direz-vous, vu que les trois quarts des Helvètes font confiance à leurs services de distribution et apprécient non sans raison la bonne eau de leurs robinets ? Une chose est sûre : la vente et la consommation d’eaux minérales ne cessent de croître en Suisse. 29 litres par habitant et par an en 1990, 97 litres en 2000, 120 litres en 2006. Ceux qui font leur publicité sont récompensés. Qui le leur reprochera ?

Mais que penser du Tessin quand il se fend d’un communiqué de trois pages pour saluer la tenue sur ses terres d’une session d’experts du « Codex alimentarius » sur les eaux minérales naturelles ? Cette réunion, promue au rang d’événement, pourrait – nous dit-on - servir de billet d’entrée de la Ville de Lugano « dans un prestigieux circuit international ».

Convenir de normes internationales de qualité dans le domaine des denrées alimentaires, et donc aussi en matière d’eaux minérales embouteillées, est chose tout à fait louable, voire nécessaire à plusieurs points de vue. Mais cette initiative lancée jadis par la FAO et l’OMS est devenue un outil du commerce transnational. Il sera en effet plus facile aux grandes sociétés d’exporter leurs marchandises vers les pays qui adoptent les mêmes normes que les pays producteurs. S’il fallait s’en convaincre, il suffirait de rappeler les trois produits dont la Suisse s’est déjà occupée dans le cadre de ces travaux d’experts : chocolat, soupes et eaux minérales. Suivez mon regard.

Dans ce pays qui ne cache jamais sa fierté de servir de château d’eau à l’Europe et d’offrir grâce à son service public une eau potable de haute qualité, on comprend mal pourquoi des autorités cantonales et municipales se passionnent soudain pour un produit - l’eau minérale - qui n’a pas plus de vertus sanitaires (parfois moins) que l’eau du robinet et dont l’empreinte écologique est si manifestement négative. Heureusement, plusieurs associations tessinoises ne se sont pas privées de dénoncer un "événement" qui n’a pour ultime finalité que le business. Comme elles, on aurait préféré que Lugano se présente comme un haut lieu de l’eau du robinet.

Que dire aussi du délégué du gouvernement fédéral pour l’organisation de l’Euro 2008 de football quand il donne sa bénédiction à une eau minérale officielle ? La « fameuse Valser » est certes captée et mise en bouteille dans les Grisons. Mais chacun sait aussi qu’elle appartient désormais à l’américain Coca Cola, l’un des gros sponsors du tournoi. Ceci expliquant cela. En jargon sportif, ça s’appelle un autogoal.

Bernard Weissbrodt


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Glossaire

  • Eau potable

    La législation suisse sur les denrées alimentaires définit l’eau potable comme une "eau naturelle ou traitée qui convient à la consommation, à la cuisson d’aliments, à la préparation de mets et au nettoyage d’objets entrant en contact avec les denrées alimentaires". Cette eau doit être "salubre sur les plans microbiologique, chimique et physique". La loi définit de manière précise les exigences de qualité auxquelles elle doit satisfaire en tout temps et les concentrations maximales admissibles de diverses substances.

Mot d’eau

  • Eaux de source

    "Rosette témoigna, pour apaiser sa soif, le désir de boire aussi de cette eau, et me pria de lui en apporter quelques gouttes, n’osant pas, disait-elle, se pencher autant qu’il le fallait pour y atteindre. Je plongeai mes deux mains aussi exactement jointes que possible dans la claire fontaine, ensuite je les haussai comme une coupe jusqu’aux lèvres de Rosette, et je les tins ainsi jusqu’à ce qu’elle eût tari l’eau qu’elles renfermaient, ce qui ne fut pas long, car il y en avait fort peu, et ce peu dégouttait à travers mes doigts, si serrés que je les tinsse." (Théophile Gauthier, "Mademoiselle de Maupin", (...)

Mot d’eau

  • « Le fleuve me hantait »

    "La proximité de sa grandeur réveillait en moi une antique terreur des eaux qui, en présence des rivières et des fleuves, même vus du rivage, me tourmente l’âme. La fluidité des eaux fluviales, lentes ou rapides, me trouble, où je décèle un monde à demi visible de formes fugitives qui tentent et parfois fascinent l’âme inattentive. Ce sont des êtres sinueux et insinuants que les fleuves et les rivières, même farouches." (Henri Bosco, "Malicroix", 1948)


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