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1er février 2011.

Les "tovudu" de Savalou, divinités des eaux

Les divinités des eaux ou tovudu (en langue fon) appartiennent au (...)

Les divinités des eaux ou tovudu (en langue fon) appartiennent au panthéon de Savalou, ville du département béninois des Collines, considérée comme l’un des berceaux du culte vaudou en Afrique de l’Ouest. Azaka, dan, tohosu, ninsuhwe, pour ne citer qu’elles, sont les divinités des eaux. Elles ont leurs milieux de prédilection dans les eaux douces où elles sont supposées vivre. Leurs adeptes, les Ninsi, célèbrent leur culte au couvent Togbaji, dans le quartier Ahinnou.

Les divinités des eaux sont les gardiennes des zones humides et de leurs riches diversités biologiques. Azaka, patron tutélaire du couvent, est vénéré comme le chef suprême - baba hunlèton - de toutes les divinités du panthéon vaudou de Savalou. Sans doute parce que l’eau potable est source de vie, et que cette eau potable vient des eaux de surface.

Le crapaud, respectueusement appelé tohè (oiseau d’eau) sert d’emblème à leurs fidèles. Animal sacré, il symbolise la fécondité, l’abondance et la présence permanente de l’eau. Il ne doit faire l’objet d’aucune maltraitance, surtout pas en présence des adeptes des tovudu auprès de qui, le cas échéant, le contrevenant doit alors s’acquitter d’une forte amende.

Pour les écologistes des temps modernes, le crapaud est le bio-indicateur par excellence d’un environnement propre, diversifié et biologiquement équilibré. Il montre une grande capacité d’adaptation à son milieu. Les tovudusi, adeptes de ce culte, font dès lors figure d’écocitoyens avant l’heure, affichant pour principe, entre autres, le strict respect de toute vie, animale, végétale ou humaine. Pour eux, offrir gratuitement de l’eau de boisson à quiconque en demande est un geste sacré et il n’est permis sous aucun prétexte de souiller les eaux destinées à la boisson.

Ces principes, jadis bien observés par tous et grâce auxquels rivières, lacs et retenues d’eau sont maintenus propres, sont aujourd’hui bafoués : pression démographique, défrichement des terres et urbanisation anarchique entraînent le déboisement massif des flancs de collines et nombre de pollutions dues aux pratiques agricoles et urbaines perturbent l’environnement. Les impacts socio-économiques et culturels ne se sont pas faits attendre : le crapaud indicateur de qualité se sent de plus en plus mal dans sa peau et se fait rare dans le paysage ambiant, tandis qu’un peu partout s’installe progressivement la précarité, voire la pénurie de l’eau.

L’accès à l’eau potable, reconnu depuis peu comme un droit humain - ce qui va bien dans le sens et la volonté des divinités des eaux et de leurs adeptes pour lesquels cette ressource n’est pas une denrée à vendre - devient de plus en plus problématique.

Une autre contribution des divinités des eaux et de leurs adeptes à la préservation et à la sauvegarde des eaux de surface et de leur qualité est plutôt d’ordre culturel et identitaire. Les descendants des adeptes des divinités des eaux, qu’ils soient de sexe masculin ou féminin, reçoivent en effet à leur naissance des prénoms qui sont de véritables condensés de messages pour la protection et la sauvegarde des eaux de surface en particulier. Exemple : Tognon signifie littéralement que les eaux de surface sont utiles et vitales.

Il faudrait décrypter tous les prénoms - tohoué, tosa, tosu, etc. - et on y trouverait sans doute des messages plus forts à faire passer dans l’opinion lors des journées mondiales de l’eau. Peut-être que les eaux de surface s’en porteraient mieux et, par ricochet, les hommes aussi !

Texte et photos :
Bernard Capo-Chichi,
Porto-Novo (Bénin)

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Infos complémentaires

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Avlékété, l’une des divinités des eaux (la mer), est munie d’une pagaie

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Azaka, le patron des divinités des eaux est aussi le chef du panthéon vaudou de Savalou.

(© Bernard Capo-Chichi)

Mots-clés

Glossaire

  • Pénurie

    Les pénuries surviennent lorsqu’il n’y a pas assez d’eau pour satisfaire à la fois les demandes humaines et les besoins de la nature, soit parce que cette eau fait physiquement défaut, soit parce que la demande est excessive ou que la ressource a été surexploitée, soit parce que le manque d’infrastructures, de moyens financiers ou de compétences techniques ne permet pas à une population de s’approvisionner en eau de quantité et de qualité suffisantes, soit aussi parce que des groupes humains sont empêchés par d’autres d’y avoir accès.

Mot d’eau

  • Un grand fleuve

    C’est le destin de tous les grands fleuves que d’être unique au monde, et chacun pour lui sans jamais pouvoir en toucher d’autres autrement que pour l’absorber (...) Le Fleuve, même si proche, ignore tous ses congénères. Il ne se sépare de l’immense nappe souterraine que pour couler aussitôt une âpre vie singulière, isolée par des barrières que jamais son Génie ne surmontera, et delà, on sait vers quel néant marin il se dissout ... (Victor Segalen, 1878-1919)


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