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6 septembre 2010.

Les paysans pauvres de plus en plus menacés par l’irrégularité des pluies

« La diminution et l’irrégularité des pluies posent une menace pour (...)

« La diminution et l’irrégularité des pluies posent une menace pour des millions d’agriculteurs dans les communautés qui vivent de l’agriculture pluviale. Ces gens seront durement touchés par le changement climatique et il faut donc investir massivement et rapidement dans des mesures d’adaptation » : directeur de l’Institut international de gestion des ressources en eau (IWMI), Colin Chartres tire la sonnette d’alarme. Les grands barrages ne sont pas la panacée, il faut diversifier les moyens de stockage de l’eau.

Un rapport, rédigé par le IWMI, basé au Sri Lanka, financé par le Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale (CGIAR), et publié à l’occasion de la Semaine mondiale de l’eau de Stockholm, met en garde contre le recours excessif à des solutions unilatérales et appelle à entreprendre des démarches intégrées associant des moyens de stockage à plus ou moins grande échelle, en utilisant par exemple l’eau des zones humides naturelles, l’eau emmagasinée dans le sol, les eaux souterraines et l’eau recueillie dans des étangs, citernes et réservoirs.

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L’eau de pluie des rizières
recharge aussi
les nappes souterraines
(V.Schmakhtin/IWMI))

Le raisonnement suivi par ses auteurs prend exemple sur les avoirs financiers : chacun sait aujourd’hui qu’il faut diversifier les placements pour réduire les risques. Il en va de même pour les petits agriculteurs qui devraient disposer d’une liste de ‘comptes de ressources en eau‘ : si une source tarit, ils ont alors d’autres options possibles. Selon l’IWMI et ses partenaires de recherche, pas moins de 499 millions de personnes, en Afrique et en Inde, tireraient profit d’une meilleure gestion de l’eau utilisée à des fins agricoles.

En Asie, l’agriculture pluviale demeure extensive et représente 66 % de la superficie totale cultivée ; en Afrique subsaharienne, ce type d’agriculture est encore plus répandu (94 % des terres cultivées). Or ces régions sont précisément celles où l’infrastructure de stockage de l’eau est la moins développée.

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Point d’eau alimenté par drainage en Éthiopie
(Photo ORDA)

Diversifier les moyens de stockage à petite échelle

Au cours de la dernière décennie, nombre de pays en développement ont massivement investi dans la construction de grands barrages dont une grande partie sert à l’irrigation. Cela a sans aucun doute des effets positifs en termes de protection contre les inondations et d’amélioration de la productivité agricole, mais on en connaît aussi les impacts sociaux et écologiques. Sous l’angle d’un développement durable, une solution serait d’accorder davantage d’importance à une diversification des moyens de stockage à petite échelle, qui peuvent contribuer à la fois à la sécurité alimentaire et à la croissance économique des régions concernées.

De petits bassins de plantation ont ainsi permis d’accroître les rendements de maïs au Zimbabwe, indépendamment du régime des pluies, et de multiplier par 3 ou 4 les rendements de mil au Niger. Dans le Rajasthan (Inde), la construction de 10’000 ouvrages de collecte de l’eau, principalement pour reconstituer les nappes souterraines, a entraîné l’irrigation de 14’000 hectares de terres bénéficiant à quelque 70’000 personnes. Alors qu’ils avaient à peine assez d’eau pour cultiver des céréales, les agriculteurs peuvent désormais cultiver aussi des légumes et autres cultures marchandes. Mais, dans certains pays, en Éthiopie notamment, des projets de stockage de l’eau ont échoué du fait de problèmes techniques, de situations mal évaluées ou du manque d’engagement des populations pour l’entretien des retenues.

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Puits artésien traditionnel en Éthiopie (M.McCartney/IWMI)

Selon l’IWMI, toute méthode de stockage de l’eau est elle-même vulnérable aux effets du changement climatique : l’évaporation est parfois si forte et rapide que les petits barrages de plantation perdent leur efficacité. Les méthodes de stockage peuvent aussi favoriser la prolifération des moustiques et donc accroître les méfaits du paludisme...

Même si on ne sait pas exactement quels seront à long terme les effets du changement climatique, explique Colin Chartres, une chose est certaine : "les variations du régime pluviométrique sont de moins en moins prévisibles, et le stockage de l’eau, sous quelque forme que ce soit, est un meilleur moyen de gérer le risque face à l’’imprévisibilité croissante du climat". (Informations IWMI et CGIAR)


Sites web
- www.iwmi.org
- www.cgiar.org




Mots-clés

Glossaire

  • Aquaponie

    Mode de production alimentaire qui conjugue la culture de plantes (hors-sol) et celle d’animaux aquatiques (aquaculture) dans un système de recirculation. Cette méthode, économe en eau, utilise les déchets de poissons comme solution nutritive organique pour cultiver des légumes. L’aquaponie permet de produire des aliments riches en protéines. Elle peut être pratiquée dans de petites unités domestiques comme dans de grandes surfaces à but commercial, en eaux douces comme en eaux saumâtres (Source : FAO).

Mot d’eau

  • Entre la ressource et la source, comment dire l’eau avec justesse ?

    " Entre l’expérimentation du chimiste qui dit clairement la composition de l’eau mais en oublie l’usage, et l’expérience des usagers qui en vivent les troubles, les dangers et les surprises, y a-t-il une place pour une épreuve de soi et du monde qui dise l’eau au lieu de ne faire qu’en parler ? " (Jean-Philippe Pierron, "La Poétique de l’eau")


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