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6 janvier 2016.

Les passes à poissons favorisent le brassage génétique de leurs populations

Ces installations méritent d’être améliorées

Centrales hydroélectriques, barrages et chutes d’eau sont autant d’obstacles infranchissables pour de nombreux poissons et cela peut nuire à la structure génétique de leurs populations quand elles sont ainsi séparées. Des chercheurs de l’Eawag viennent toutefois de démontrer que les passes à poissons, même si elles ne suppriment pas totalement les impacts négatifs de ces barrières artificielles, peuvent favoriser le brassage génétique. En tout cas chez certaines espèces, notamment chez les chevaines.

Le chevaine, poisson blanc d’une petite cinquantaine de centimètres, figure parmi les espèces de poissons les plus fréquentes dans les eaux suisses mais il est pratiquement inconnu du grand public. Peut-être faut-il en chercher la raison dans le fait que sa chair contient beaucoup d’arêtes et qu’il ne se prête guère aux préparations culinaires.

Pour les scientifiques, cette espèce est au contraire digne d’intérêt. Comme il n’y a eu jusqu’à présent que fort peu de lâchers de chevaines dans les cours d’eau, la structure génétique de sa population n’a pas été altérée, contrairement par exemple à celle de la truite.

Mais si des chercheurs de l’Institut suisse de recherches sur l’eau (Eawag) l’ont choisi comme témoin de leur étude, c’est aussi parce que le chevaine a un comportement migratoire assez particulier en période de frai et parce que c’est aussi la seule espèce à utiliser les diverses passes à poissons de l’Aar, de la Limmat, de la Reuss et du Rhin, quel que soit leur degré de technicité parfois très élevé.

En 2009, un rapport de l’Office fédéral de l‘environnement (OFEV) avait révélé qu’en Suisse plus de 10’000 kilomètres de cours d’eau, encombrés par quelque 50’000 obstacles artificiels, devraient être revitalisés. La partie du bassin du Rhin étudiée par l’équipe d’Alexandre Gouskov, doctorant à l’Eawag, comptait en plus des chutes du Rhin 37 centrales hydroélectriques et deux barrages, six de ces obstacles artificiels n’étant pas encore équipés d’aide à la remontée des poissons.

On savait déjà, à partir de précédentes études, que des obstacles infranchissables nuisent fortement à la structure génétique des populations de poissons et que, dans le pire des cas, la séparation des individus peut même entraîner la disparition d’une population toute entière.

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A.Gouskov, responsable de l’étude Eawag sur les passes à poissons, et sa collègue M.Reyes, à la recherche de chevaines près de la centrale hydroélectrique de Dietikon (ZH), sur la Limmat. (Photo Eawag)

Avec les recherches de l’Eawag et sur la base d’analyses génétiques de poissons prélevés dans pas moins de 47 sites différents (soit une cinquantaine d’individus par site), il a pu être certifié que les passes améliorent incontestablement la connectivité et le brassage des populations de poissons isolées et qu’elles ont effectivement un impact positif sur leur diversité génétique.

De ce point de vue, disent les chercheurs, une barrière artificielle sans passe à poissons équivaut à une distance approximative de 100 kilomètres dans un fleuve non aménagé. Dans le cas contraire, elle correspond à une douzaine de kilomètres.

"Nos résultats, explique Alexandre Gouskov, montrent qu’il est tout à fait judicieux de poursuivre les mesures de revitalisation engagées ces dernières années, qu’il faut davantage d’aides à la remontée des poissons, mais aussi de meilleure qualité, afin de mieux protéger les espèces". À ce propos, on souligne à l’Eawag que les chenaux de contournement sont souvent plus efficaces que les classiques escaliers en béton et qu’il existe donc en la matière "un énorme potentiel d’amélioration". (Source : Eawag)


- L’article original de Alexandre Gouskov & all., "Fish population genetic structure shaped by hydroelectric power plants in the upper Rhine catchment", publié par la revue scientifique "Evolutionary Applications", est disponible sur Wiley Online Library
- Site web de l’Eawag




Mots-clés

Glossaire

  • Débit résiduel

    Volume d’écoulement qui subsiste après un prélèvement dans un cours d’eau (par exemple pour des besoins d’irrigation ou de production d’énergie). Maintenir un minimum de débit et de profondeur d’eau en aval d’une installation est absolument indispensable pour préserver la qualité de l’eau, assurer la recharge des nappes souterraines, protéger la faune et la flore et offrir des possibilités de loisirs. En Suisse, le débit résiduel minimal à garantir dans les cours d’eau à débit permanents est défini par la législation fédérale.

Mot d’eau

  • « Le fleuve me hantait »

    "La proximité de sa grandeur réveillait en moi une antique terreur des eaux qui, en présence des rivières et des fleuves, même vus du rivage, me tourmente l’âme. La fluidité des eaux fluviales, lentes ou rapides, me trouble, où je décèle un monde à demi visible de formes fugitives qui tentent et parfois fascinent l’âme inattentive. Ce sont des êtres sinueux et insinuants que les fleuves et les rivières, même farouches." (Henri Bosco, "Malicroix", 1948)


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