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24 janvier 2011.

Les forêts du Bénin : des richesses naturelles qu’on ne saurait échanger

Le Bénin, jadis, était couvert de forêts dont aujourd’hui il ne (...)

Le Bénin, jadis, était couvert de forêts dont aujourd’hui il ne subsiste au mieux que des fragments et reliques, au pire que le souvenir de leur nom. Ainsi Lissezoun, un quartier de la ville de Bohicon, était autrefois une forêt d’akées (‘Blighia sapida’, lissè en langue locale). Ce qui confirme la célèbre petite phrase de Chateaubriand affirmant que « la forêt précède les peuples, le désert les suit ».

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Forêt sacrée de Oro (société secrète) à Zimon près de Sakété

On compte sur le territoire béninois une quarantaine de massifs forestiers uniformément répartis et constitués de forêts privées, de forêts protégées en réserves ou parcs animaliers. Les forêts protégées sont à leur tour subdivisées en forêts classées, comme les Monts Kouffé, Eari Maro et Agoua, et forêts non classées et en réserves. Les parcs nationaux de la Pendjari et du W sont ouverts officiellement à la chasse et au tourisme d’octobre à mai.

Les forêts du Bénin sont reconnues, dans l’Ouest africain, pour la richesse de leur diversité biologique grâce à la présence en toute saison d’eau de bonne qualité. Cette interrelation fait pour ainsi dire des eaux et des forêts des sœurs siamoises. Qui préserve les forêts préserve aussi les eaux.

Quelques arbres de gros calibre s’imposent dans le paysage et alimentent les contes, les berceuses et les proverbes. Iroko, baobab, khaya, néré, karité et fromager : autant de seigneurs de la forêt que fréquentent lions, éléphants, buffles, crocodiles, singes, coqs de Buffon et de multiples colonies d’oiseaux. Les forêts du Bénin sont des richesses naturelles qu’on ne saurait échanger ni contre l’or ni contre le pétrole.

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Au pied de l’Iroko sacré à Zimon, des conservateurs
de la forêt, à la fois
botanistes et thérapeutes

Aux sources du vaudou

Les forêts sacrées sont propriétés des religions endogènes. Elles sont les plus représentatives et les mieux protégées de toutes les forêts au Bénin, berceau du vaudou. Qui oserait en effet cueillir quoi que ce soit dans une forêt sacrée ? Ces forêts sacrées se distinguent les unes des autres par des fonctions particulières : elles accueillent qui des fétiches, qui des sociétés secrètes, abritent des génies ou protègent des cimetières. Toutes les communes ont leurs forêts sacrées, mais certaines, comme Savalou, Ouidah ou Sakété retiennent l’attention de savants en tous genres : herboristes, botanistes, thérapeutes, pédiatres ou gynécologues.

Sacrées, protégées, classées ou non classées, les forêts du Bénin sont en danger. Les principales menaces viennent de l’urbanisation, de l’agriculture sauvage, du chômage, de l’ignorance et de la permissivité des lois et décrets qui font la part belle à la corruption.

Le recul forestier consécutif à la pression démographique galopante et ses corollaires est une préoccupation réelle. En effet, plus de 80% de la population du Bénin dépendent du bois de feu et du charbon de bois pour faire la cuisine. Le karité est ainsi victime de sa célébrité : outre le beurre exploité par les industries du chocolat et celles des cosmétiques, son bois est omniprésent dans tous les ménages sous la forme de pilons et de mortiers utilisés pour la préparation de l’igname pilée (un plat très sollicité) et sous forme aussi de bois de chauffage.

Celui qui met le feu à la forêt…

La pression que l’homme exerce sur les forêts revient littéralement à scier la branche … On connaît la formule qui, en langue goun, se traduit par : « celui qui met le feu à la forêt, met aussi le feu à sa pitance et à son ventre ». L’heure est grave ! L’État fait certes des efforts d’aménagement des massifs forestiers et de reboisement annuel, il encourage l’utilisation de foyers améliorés très économes en énergie. Mais tout cela n’est que « goutte d’eau sur la pierre chaude ». Il faudrait réprimer la fraude, les coupes illégales et les prélèvements abusifs ; rendre plus sévères les règlements et les procédures judiciaires ; promouvoir d’autres sources d’énergie domestique ; favoriser dans les écoles l’éducation au développement durable.

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Aux abords de la source
sacrée de Zèkpon

Les forêts, tout comme l’eau et l’air, constituent un patrimoine commun à préserver. De véritables trésors y sont cachés. Et toute une année internationale ne sera pas de trop pour revisiter les forêts. Pour mieux les connaître dans toutes leurs diversités et leurs fonctions vitales.

Texte et photos :
Bernard Capo-Chichi
Porto Novo (Bénin)

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Infos complémentaires

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Jaquier en fruits dans le Jardin des Plantes et de la Nature de Porto-Novo. "Celui qui a planté un arbre avant de mourir n’a pas vécu inutilement" (proverbe indien)

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Cercopithèques à ventre blanc, attraction du Jardin des Plantes et de la Nature, relique de la forêt sacrée des rois de Porto-Novo


:: Quand chacun veut devenir forestier...

L’appétit vorace et inassouvi des villes profite aux exploitants forestiers qui, c’est le cas de le dire, font feu de tout bois avec la complicité des gardes forestiers et au mépris de l’écologie. Il s’en suit un intense trafic de produits forestiers et de production de charbon de bois, activité particulièrement polluante et dévoreuse de forêts.

Voulez-vous savoir pourquoi tout le monde au Bénin veut devenir forestier ? Petit calcul en guise de réponse : une camionnette de soixante sacs de charbon de bois en partance vers Cotonou ne paie au poste forestier que 500 francs CFA en moyenne (moins d’un euro) par sac de vingt-cinq kilos. Et à son arrivée en ville le sac est vendu 2 à 3’ 000 francs (3-5 euros). Et comme l’exploitant fait au moins dix transports par mois, l’affaire est on ne peut plus lucrative. Tout le monde, y compris le consommateur, y trouve son compte. Sauf les forêts qui partent en fumée.

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Camionnette bourrée de sacs de charbon de bois en route vers Cotonou. Plus de 2’000 de ces transporteurs écument quotidiennement les routes du Bénin.

Mots-clés

Glossaire

  • Pénurie

    Les pénuries surviennent lorsqu’il n’y a pas assez d’eau pour satisfaire à la fois les demandes humaines et les besoins de la nature, soit parce que cette eau fait physiquement défaut, soit parce que la demande est excessive ou que la ressource a été surexploitée, soit parce que le manque d’infrastructures, de moyens financiers ou de compétences techniques ne permet pas à une population de s’approvisionner en eau de quantité et de qualité suffisantes, soit aussi parce que des groupes humains sont empêchés par d’autres d’y avoir accès.

Mot d’eau

  • Un grand fleuve

    C’est le destin de tous les grands fleuves que d’être unique au monde, et chacun pour lui sans jamais pouvoir en toucher d’autres autrement que pour l’absorber (...) Le Fleuve, même si proche, ignore tous ses congénères. Il ne se sépare de l’immense nappe souterraine que pour couler aussitôt une âpre vie singulière, isolée par des barrières que jamais son Génie ne surmontera, et delà, on sait vers quel néant marin il se dissout ... (Victor Segalen, 1878-1919)


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