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juillet 2009.

Les fleuves drainent-ils avec leurs eaux une culture originale ?

EDITO JUILLET-AOÛT 2009 Deux jours durant, en juillet, la Maison (...)

EDITO JUILLET-AOÛT 2009

Deux jours durant, en juillet, la Maison du fleuve Rhône, à Givors, au sud de Lyon, a accueilli les ‘Rencontres du Réseau Rhône’, consacrées cette année à la dimension dite ’immatérielle’ du patrimoine fluvial : « quelle place réserve-t-on à cet héritage singulier, comment est-il appréhendé pour répondre à des situations originales, comment le valoriser ? »

Les fleuves, c’est évident, ont leur vie à eux. En tout cas, pendant des siècles et des millénaires, ils ont eu tout loisir de suivre leurs cours selon leurs propres humeurs, permanentes ou passagères, furieuses ou paresseuses. Jusqu’au jour où les hommes se sont mis en tête de les domestiquer, de corriger leurs méandres et de modifier leurs débits, avec plus ou moins de réussites, de mauvaises surprises et parfois de désillusions.

Voyez le Rhône en France. Depuis sa naissance, il y a quelques millions d’années, son bassin a traversé toutes sortes d’épisodes géologiques, tantôt recouvert de glaces ou d’eau de mer. Dès la préhistoire, l’homme s’installe sur ses rives, en fait un axe de communication et de transport. Mais le fleuve reste égal à lui-même, avec ses crues et ses étiages. Arrive un jour où l’État se décide à l’aménager pour produire de l’électricité, faciliter la navigation et irriguer les terres. Le Rhône commence alors à perdre peu à peu de son attrait social. « On nous a volé notre fleuve », disent encore aujourd’hui certains de ses riverains. Vient le moment de se le réapproprier.

Que reste-t-il du temps jadis ? À vrai dire, trop peu de choses. Ici et là quelques forêts alluviales, roselières, lônes et autres richesses d’un patrimoine écologique assailli de toutes sortes de menaces. Des vestiges archéologiques, de vieilles embarcations, des croix de mariniers, des outils de pêche et autres objets de musée dont on a totalement perdu l’usage. Mais qu’en est-il de son patrimoine immatériel, c’est-à-dire – pour reprendre la terminologie de l’UNESCO – de ces pratiques, représentations, expressions, connaissances et autres savoir-faire que les sociétés et les individus reconnaissent comme faisant partie de leur héritage culturel ?

Faire l’inventaire d’un tel patrimoine et, le cas échéant, tenter de le revaloriser est une tâche éminemment ardue et complexe. Cela suppose que l’on accorde plus d’importance aux savoir-faire qu’aux objets eux-mêmes, et surtout que l’on fasse place aux praticiens qui incarnent ces connaissances – artisans et artistes, créateurs et poètes – davantage qu’à ceux qui les collectionnent ou les décrivent. Et, dans le cas concret des riverains d’un fleuve, comment faire revivre un tel patrimoine sans le figer dans des modes d’expression d’un autre âge ?

À Givors, on aura évoqué à plusieurs reprises les trois dimensions du fleuve : sa longueur (avec ce que l’aval implique en termes de découvertes), sa largeur (et ses rapports de rive à rive, conviviaux ou conflictuels) et sa profondeur (sa part invisible et tout ce qui en lui convie à l’imaginaire). Le défi qui se pose aux défenseurs du patrimoine, ne serait-ce pas précisément de « rendre visible l’eau qui n’a pas d’existence », dira l’un des intervenants. Entendez : revitaliser le cours naturel et humain du fleuve.

Peut-être devrait-on dans ce but chercher quelque médiateur entre l’homme et le fleuve. À l’exemple des Subalbés, ces pêcheurs peulhs du Sénégal dont la mystérieuse poésie, appelée ‘Pékhane’ chante tout à la fois les magies et les mythes des eaux profondes et les grandes épopées des plus valeureux d’entre eux.

À vérifier donc l’hypothèse de départ qui postule l’existence d’une culture commune aux fleuves et sans doute aussi d’une culture particulière à chacun d’eux. Certains esprits créatifs, au travers d’événements ponctuels de l’amont à l’aval du Rhône et d’autres cours d’eau, s’efforcent déjà de faire prendre conscience aux populations qui longent quotidiennement leurs rives du fabuleux potentiel culturel dont elles sont les héritières, souvent sans le savoir. Un moyen comme un autre de se convaincre que l’homme n’est pas propriétaire des fleuves, mais qu’il leur appartient. Pour le meilleur et pour le pire.

Bernard Weissbrodt


- Le programme de ces Rencontres 2009 peut être consulté sur le site de la Maison du fleuve Rhône
- Lire aussi dans aqueduc.info : Rhône et Lac Léman, patrimoine immatériel ?




Infos complémentaires

Givors pont

Pont suspendu sur le Rhône
à Givors (France)

:: Le Réseau Rhône

Ce réseau transfrontalier, créé en 1994 à l’initiative conjointe du Musée du Léman de Nyon et de la Maison du Rhône à Givors (près de Lyon), regroupe une cinquantaine de musées, associations, institutions, réserves naturelles et centres d’archives ou de documentation attelés d’une manière ou d’une autre à la sauvegarde et à la mise en valeur du patrimoine fluvial et lacustre. Du Valais suisse à la Camargue française, le Réseau Rhône veut favoriser une meilleure circulation des idées et des informations et encourager la coopération mutuelle de ses membres. Des rencontres et voyages d’études permettent chaque année d’apporter un éclairage particulier sur l’une ou l’autre des questions relatives à la mise en valeur patrimoniale du fleuve.


Givors maison Rhone

:: La Maison
du fleuve Rhône
(Givors, France)

Depuis 1989, la Maison du fleuve Rhône, constituée en association, cherche « à faire découvrir la valeur sociale et culturelle du Rhône, à favoriser la diversité de ses usages et accompagner le développement des territoires rhodaniens ». Elle propose ainsi des services et des actions de diffusion culturelle (conférences, ateliers, expositions, manifestations, etc.), gère un centre documentaire en provenance de fonds multiples (elle est également sur le point de lancer la constitution d’une banque de données sur le thème « fleuve-patrimoine », et mène des missions faisant appel aux sciences sociales et à l’ingénierie culturelle (accompagnement de projets de valorisation du fleuve, créations d’outils et d’événements propices à accroître la familiarité des rhodaniens avec leur fleuve, etc.).

- Voir le site maisondufleuverhone.org

(photos aqueduc.info)

Mots-clés

Mot d’eau

  • L’eau de Lao-Tseu

    Parmi toutes les choses du monde, il n’en est point de plus molle et de plus faible que l’eau, et cependant, pour briser ce qui est dur et fort, rien ne peut l’emporter sur elle. Pour cela rien ne peut remplacer l’eau. Ce qui est faible triomphe de ce qui est fort ; ce qui est mou triomphe de ce qui est dur. Dans le monde il n’y a personne qui ne connaisse [cette vérité], mais personne ne peut la mettre en pratique. (Lao-Tseu, "Tao Te King", LXXVIII.)

Glossaire

  • Source « améliorée »

    Cette notion est utilisée par l’OMS pour désigner une installation d’approvisionnement en eau qui, de par la nature de sa construction, protège l’eau de façon satisfaisante de toute contamination extérieure, en particulier des matières fécales. Les sources améliorées incluent : l’eau courante sous canalisation alimentant le domicile, les forages ou puits tubulaires, les puits creusés protégés, les sources protégées et les citernes d’eau de pluie. L’eau en bouteille ne figure pas dans cette liste car la quantité d’eau ainsi fournie est limitée.


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