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7 juin 2017.

Les fleuves déversent chaque année dans les océans de 1,1 à 2,4 millions de tonnes de plastiques

En 2050, il y aura dans les océans davantage de plastiques que de (...)

En 2050, il y aura dans les océans davantage de plastiques que de poissons, si du moins rien n’est fait entre temps pour contrecarrer ce type de pollution. Cet avertissement avait été émis en janvier 2016 par le Forum économique de Davos [1]. Le secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, l’a repris à son compte lors de la Conférence sur les océans qui s’est tenue à New York du 5 au 9 juin 2017. Le message est certes d’abord politique et doit être sans aucun doute pris au sérieux. Mais sur quelles bases scientifiques repose-t-il ?

En 2015, une équipe de chercheurs conduite par Jenna R. Jambeck, professeur à l’Université américaine de Géorgie [2], avait déjà tenté d’évaluer la masse de déchets plastiques déversés dans les océans en se basant sur des données mondiales de déchets solides, et en tenant compte des densités de population et de leur statut économique. Elle avait alors conclu qu’en 2010 pas moins de 275 millions de tonnes de déchets plastiques avaient été générées dans 192 pays côtiers, et que 4,8 à 12,7 millions de tonnes de ces déchets s’étaient finalement retrouvées dans les océans.

La fondation néerlandaise The Ocean Cleanup, qui développe des technologies de pointe pour débarrasser les océans de leurs "soupes" de plastiques, a à son tour cherché à savoir quelle quantité de ces déchets était plus particulièrement drainée vers les mers par les rivières côtières et les fleuves. Pour ce faire, une équipe dirigée par un chercheur français, Laurent Lebreton, a créé un modèle à partir de données mondiales combinant la densité de population, la gestion des déchets, la topographie, l’hydrographie et l’emplacement des barrages.

Il apparaît, au terme des recherches menées sur plus de 40’000 cours d’eau et dont les résultats viennent d’être publiés dans la revue scientifique "Nature" [3], que chaque année entre 1,15 et 2,41 millions de tonnes de plastique sont charriées par les fleuves vers les océans, dont les deux tiers par une vingtaine de fleuves majoritairement situés en Asie. Le Yangtsé, avec ses quelque 330’000 tonnes de plastique déversées dans la mer de Chine orientale, figure en tête de liste des bassins hydrographiques qui contribuent le plus à la pollution océanique mondiale.

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Carte de la pollution de matériaux plastiques drainés par les fleuves
Les surfaces grise/noire renvoient à la densité de production de déchets plastiques mal gérés,
les points bleus au volume de déchets apportés à la mer par les cours d’eau
(carte extraite de l’étude menée par les chercheurs de The Ocean Cleanup).

Le modèle mis au point par The Ocean Cleanup montre également que les dépôts de plastique par les rivières sont étroitement liés au drainage des débris des rives et des ruisseaux qui débouchent sur les voies d’eau principales, et que ces apports varient selon les saisons. Au niveau mondial, c’est principalement entre mai et octobre que les cours d’eau apportent le plus de déchets plastiques dans les mers. Commentaire de Boyan Slat, jeune fondateur et patron de The Ocean Cleanup : "Nous sommes ravis de voir que de nombreuses initiatives ont été prises au cours des dernières années pour sensibiliser [les opinions publiques] au problème de la pollution des océans. Mais si nous voulons que notre travail soit à long terme couronné de succès, il est crucial que les gouvernements et d’autres organisations accélèrent leurs efforts pour atténuer les sources du problème que nous cherchons à résoudre. Les résultats de cette dernière étude peuvent fournir une aide à ces efforts."

Sa Fondation a pour ambition de lutter contre ce type de pollution grâce à de longues barrières filtrantes munies de filets capables de piéger les débris de plastiques. Un premier prototype est en cours d’expérimentation depuis l’été 2016 dans la mer du Nord, à la suite de quoi un vaste projet comprenant plusieurs petits systèmes libres devrait être lancé dès 2018 dans le Pacifique. (Source : The Ocean Cleanup)




Notes

[1World Economic Forum, Ellen MacArthur Foundation and McKinsey Center for Business and Environment : The New Plastics Economy : Rethinking the Future of Plastics, 2016.

[2Jenna R. Jambeck et al., Plastic waste inputs from land into the ocean,
Science, 13 Feb 2015.

[3Laurent Lebreton et al., River plastic emissions to the world’s oceans,
Nature Communications 8, 07 June 2017.

Infos complémentaires

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Échantillons de microplastiques récoltés par Oceaneye
lors d’une opération en Méditerranée (2011).

Étudier, informer, agir

En Suisse, deux organisations sont engagées depuis quelques années dans la lutte contre la pollution des mers et des océans par les déchets plastiques :

- L’association Oceaneye, basée à Genève, s’est fixé deux buts principaux : d’une part, participer à la prise de conscience collective de la pollution des eaux par les plastiques, de ses causes et effets, et d’autre part contribuer à la recherche scientifique en menant des campagnes de collecte et d’analyse d’échantillons d’eau de surface des océans.

- La Fondation Race for Water, dédiée à la préservation de l’eau et basée à Lausanne, a pour objectifs d’identifier, de promouvoir et de soutenir la mise en œuvre de solutions de valorisation des déchets plastiques pour empêcher leur entrée dans le cycle de l’eau. S’inspirant des approches de l’entreprenariat social et de l’économie circulaire, elle s’efforce de créer également de nouvelles sources de revenus pour les populations les plus affectées par cette pollution.


Pollution de la chaîne alimentaire par le plastique :
mythe ou réalité ?

Pour son 4e colloque interdisciplinaire organisé le 21 mars 2017 à Genève, le groupe scientifique W4W – Workshop for Water Ethics – avait précisément choisi de s’intéresser de plus près à la problématique de la pollution des océans par des plastiques, à son impact sur l’environnement et sur la chaîne alimentaire, aux recherches menées entre autres par l’expédition Race for Water Odyssey et aux questions que cette pollution pose en termes de gouvernance.

La pollution des eaux de surface par les matériaux plastiques, en particulier au cœur des gigantesques tourbillons (gyres) qui caractérisent les océans, ne serait que la partie visible d’un problème qui met en péril les ressources maritimes. Les sédiments qui se déposent au fond des mers deviennent peu à peu, eux aussi, de véritables réservoirs de déchets plastiques.

Lors de ce colloque, Annie Balet, docteur en écophysiologie à la Faculté des sciences d’Orsay (Paris-Sud), a notamment mis en évidence les diverses contaminations engendrées par ces plastiques qui, sous l’action combinée de la lumière, des vents et des vagues, se fractionnent en une multitude d’infimes particules qui peu à peu se confondent avec les planctons. Ingérés par la quasi-totalité des animaux à tous les échelons de la chaîne alimentaire (oiseaux de mer, mammifères, poissons, crustacés, etc.), ces microplastiques entraînent leur mort par suffocation ou par obstruction de leurs voies digestives.

Ces ingestions ont également des effets toxiques à partir du moment où les plastiques, qui parfois concentrent non seulement des additifs chimiques de toutes sortes mais aussi des polluants organiques persistants, se retrouvent ensuite dans les tissus internes des organismes et provoquent, entre autres, des perturbations des systèmes endocriniens. Les experts ont aussi constaté que les déplacements de ces matériaux plastiques sur de longues distances océaniques font que certaines espèces sont transportées vers des sites où elles n’étaient pas présentes auparavant.

Voici donc les consommateurs de produits de la mer peut-être exposés à de nouvelles sources de contamination chimique. "À ce risque de santé publique, note Annie Balet, s’ajoute celui d’une fragilisation et d’un déséquilibre des chaînes alimentaires encore peu étudié (…) C’est un problème mondial apparu avec la généralisation des matières plastiques qui a des conséquences environnementales, sanitaires, économiques et politico-sociales quant à la gestion de ces déchets." (bw)

Mot d’eau

  • Eau de dents

    "À Suse, qui est une capitale perse, il est une toute petite source qui fait perdre les dents à ceux qui s’y sont abreuvés. On y a pareillement gravé une épigramme qui exprime l’idée suivante : cette eau est excellente pour se laver, mais de la boire ébranle les dents jusque dans leurs racines et les fait tomber." (Vitruve, architecte romain, 1er s. av. J.-C.).

Glossaire

  • Hydrolienne

    Turbine hydraulique mise en mouvement par un courant d’eau fluvial ou marin (marée) permettant de transformer son énergie cinétique en énergie mécanique puis électrique par le biais d’un alternateur. Installée sous la surface de l’eau ou posée dans le lit d’un cours d’eau ou sur un fonds marin, l’hydrolienne offre un potentiel énergétique supérieur à celui d’une éolienne.


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