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27 juin 2012.

Les écosystèmes aquatiques imposent leurs conditions

La traditionnelle journée annuelle d’information de l’Eawag - (...)

La traditionnelle journée annuelle d’information de l’Eawag - l’Institut suisse de recherche sur l’eau - avait cette année pour thème : "Le biotope aquatique – services rendus et besoins". Quelque 250 spécialistes - scientifiques, gestionnaires, responsables politiques et administratifs - ont participé à ce colloque qui a mis en évidence, entre autres, que si l’homme peut prélever de l’eau dans le milieu naturel, il doit simultanément en respecter les exigences, en veillant notamment à lui laisser une quantité d’eau suffisante, en le mettant à l’abri des pollutions et des excès de nutriments.

"Nous constatons tous au quotidien que l’eau est indispensable à notre vie", commente Janet Hering, directrice de l’Eawag. "En revanche, nous avons généralement une conscience beaucoup moins aiguë des bénéfices indirects que nous tirons des écosystèmes aquatiques (…) Toutefois, l’environnement aquatique ne peut rendre tous ces services que s’il est préservé et c’est généralement dans leur état le plus naturel que les écosystèmes sont les plus productifs. Mais à travers ses activités, l’homme impose de lourdes contraintes aux milieux aquatiques."

Ces propos peuvent être illustrés par trois exigences concrètes et des exemples extraits de la synthèse de ce colloque publiée dans le dernier bulletin d’information Eawag News (*) : garantir aux cours d’eau des débits réservés convenables, surveiller la contamination due aux perturbateurs endocriniens et poursuivre les efforts d’élimination des excédents de nutriments.

Gérer intelligemment les débits réservés

En Suisse, l’abandon programmé de l’énergie nucléaire devra être compensé en partie par une augmentation de la production d’hydroélectricité, laquelle, aujourd’hui, représente environ 55 % de l’électricité produite dans ce pays. Les propriétaires des installations et les sociétés qui les exploitent aimeraient de ce fait utiliser au maximum les ressources en eau et n’en laisser qu’une mince portion en aval.

Mais il leur faudra respecter les normes édictées lors de la récente révision de la loi sur la protection des eaux et qui obligent notamment à réduire l’effet des éclusées, redynamiser le transport de sédiments et rétablir les migrations de poissons. D’une étude menée par l’Eawag sur la rivière Spöl, qui dans les Grisons traverse le Parc national, il ressort qu’il est tout à fait possible d’assurer la protection écologique des cours d’eau à débit réservé sans entraver de manière exagérée la production électrique (voir ci-contre).

Détecter, évaluer, éliminer les perturbateurs endocriniens

Les innombrables et diverses substances chimiques persistantes qui sont répandues dans l’environnement posent un autre défi aux chercheurs qui, depuis quelques années, s’intéressent par exemple aux matières dont les effets se rapprochent de ceux des hormones : pilules contraceptives, produits ignifuges, protections anticorrosion, plastifiants et autres micropolluants. Leurs effets sur les organismes sont certes décelables, mais elles ont une puissance telle à des concentrations si infimes (sous le milliardième de gramme par litre) que même les méthodes analytiques modernes ne permettent pas de les identifier.

Le Centre d’écotoxicologie appliquée de l’Eawag et de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne est aujourd’hui à la recherche de biotests qui permettent d’une part de mesurer et d’évaluer la contamination des eaux par les micropolluants, et d’autre part d’améliorer l’efficacité des traitements pratiqués dans les stations d’épuration. Mais, en Suisse comme dans l’Union européenne, il n’existe pas encore de normes de qualité concernant la présence de ces perturbateurs endocriniens dans les eaux de surface.

Les nutriments déterminent la biodiversité

En Suisse, l’aménagement des stations d’épuration et l’interdiction des phosphates dans les lessives ont permis de réduire considérablement l’eutrophisation des cours d’eau et des lacs. Aujourd’hui, un certain nombre de pêcheurs demandent que l’on freine l’élimination du phosphore de manière à favoriser la production de poissons de plus grande taille.

Les spécialistes émettent cependant de fortes objections contre de telles expériences : l’apport de phosphore dans des lacs naturellement pauvres peut provoquer l’extinction ou l’hybridation de certaines espèces. La phase d’eutrophisation des décennies passées a ainsi favorisé l’installation d’espèces allogènes qui au fil du temps se sont croisées avec les espèces autochtones, et le processus paraît aujourd’hui quasiment irréversible.

D’où la mise en garde des biologistes pour qui une telle stratégie de gestion du phosphore n’a pas de raison d’être. L’un d’entre eux, Piet Spaak, explique que "fertiliser un lac naturel de manière artificielle équivaudrait à le considérer comme une simple pisciculture, ce qui serait absolument contraire à tout principe de gestion durable des ressources naturelles". (Source : Eawag)

(*) Le bulletin Eawag News (n°72) et son dossier
"Le biotope aquatique – services rendus et besoins"
peuvent être téléchargés sur le site de l’Eawag




Infos complémentaires

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Le Spöl en période d’étiage

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Le Spöl lors d’une crue artificielle (photos© Eawag)

:: L’exemple de
la rivière Spöl

Avant la construction du lac de retenue de Livigno (en 1970), le débit du Spöl s’élevait à 6-12 mètres cubes par seconde avec des pics pouvant atteindre 120 m3/s. Après la construction du barrage, la rivière a dû se contenter d’un débit de 0,55 m3/s en hiver et de 1,45 m3/s en été. Les conséquences de ce flux constamment bas ont été désastreuses : le lit de la rivière s’est densifié puisque les petits matériaux n’étaient plus évacués. A la place des espèces spécialistes des rivières de montagne, le Spöl a été colonisé par des organismes ordinaires que l’on trouve aussi bien en plaine que dans les eaux calmes. Depuis 2000 et dans le cadre de l’étude menée par l’Eawag, le débit réservé constant est désormais interrompu par des crues artificielles, provoquées une à trois fois par an et à chaque fois pendant quelques heures ou quelques jours. En contrepartie, la centrale électrique peut renoncer à l’augmentation, sans intérêt écologique, du débit réservé pendant la haute saison touristique. Ce nouveau régime du débit n’occasionne ainsi aucun coût supplémentaire. On constate, aujourd’hui, que le Spöl présente à nouveau, en aval du barrage de Livigno, des conditions de vie et une faune qui se rapprochent de celles d’une rivière alpine naturelle comparable.


:: Les trois axes de recherche de l’Eawag

Dans son plan stratégique 2012-2016, l’Eawag a défini trois axes de recherche prioritaires, à savoir :
- l’eau dans sa fonction d’habitat et de ressource (écosystèmes aquatiques),
- l’eau en zone urbaine (systèmes hydrauliques urbains)
- les pollutions de l’eau (produits chimiques et effets).

S’agissant de la viabilité des écosystèmes aquatiques, deux importants projets sont en train d’être lancés par l’Eawag :
- le programme "Cours d’eau suisses" est destiné à l’accompagnement scientifique de l’application de la loi révisée sur la protection des eaux entrée en vigueur en 2011
- le projet "Eco Impact" est dédié à l’étude des effets d’une élimination des micropolluants dans les stations d’épuration sur les fonctions des écosystèmes aquatiques.

- En savoir plus sur le site de l’Eawag

Mots-clés

Mot d’eau

  • Entre la ressource et la source, comment dire l’eau avec justesse ?

    " Entre l’expérimentation du chimiste qui dit clairement la composition de l’eau mais en oublie l’usage, et l’expérience des usagers qui en vivent les troubles, les dangers et les surprises, y a-t-il une place pour une épreuve de soi et du monde qui dise l’eau au lieu de ne faire qu’en parler ? " (Jean-Philippe Pierron, "La Poétique de l’eau")

Glossaire

  • Pompage-turbinage

    C’est un type de centrale hydroélectrique qui permet de stocker de l’énergie électrique potentielle par le biais de deux bassins d’accumulation situés à des altitudes différentes. L’eau du réservoir supérieur, qui sert à produire de l’électricité par turbinage, se déverse dans le réservoir inférieur. Et lorsque la demande d’énergie électrique est faible, cette eau est pompée vers le bassin du haut pour y être stockée et plus tard turbinée à nouveau. Il est ainsi possible d’établir un équilibre entre l’offre et la demande sur le marché de l’électricité.


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