AccueilInfosArrêts sur infos

15 décembre 2018.

Les Zurichois diront en février s’ils acceptent une nouvelle loi sur l’eau

Parallèlement aux votations fédérales du 10 février 2019, les (...)

Parallèlement aux votations fédérales du 10 février 2019, les citoyens zurichois sont appelés à se prononcer sur une nouvelle loi cantonale sur l’eau soumise au référendum suite à l’opposition des partis de gauche et des écologistes. Ceux-ci estiment que la gestion des services de l’eau doit absolument rester en mains publiques et contestent en particulier que ces services puissent ouvrir leur capital à des partenaires privés. Les partisans de la nouvelle loi soutiennent de leur côté que les entreprises industrielles, en mains publiques, auraient tout intérêt à créer des synergies avec des investisseurs privés pour leurs projets d’infrastructures notamment.


- Pour le suivi de cette information,
voir l’article aqueduc.info du 10 février 2019 :
Les Zurichois rejettent leur nouvelle loi sur l’eau

Dans le canton de Zurich, le droit de l’eau était régi jusqu’à présent par deux lois séparées, l’une sur la gestion de l’eau, l’autre sur la protection des eaux. Toutes deux sont jugées obsolètes et ne répondent plus aux normes et exigences techniques actuelles en matière par exemple d’approvisionnement en eau, d’assainissement urbain ou de protection contre les inondations. La nouvelle loi sur l’eau, adoptée par le Parlement cantonal le 9 juillet 2018 à une courte majorité (84 voix contre 77), regroupe toutes les dispositions juridiques remises à jour dans un seul et unique document qui s’applique à toutes les eaux publiques et privées. [1]

Bien public et intérêts privés

Dans la brochure officielle d’information sur les enjeux de la votation, le gouvernement zurichois, qui recommande le oui, rappelle que la nouvelle loi repose sur des principes incontestés, par exemple celui d’un partage rigoureux des responsabilités entre canton et communes ou celui qui veut que toutes les eaux du canton sont publiques hormis quelques droits historiques.

Dans le domaine de la protection contre les inondations, la loi stipule que les mesures prises par les pouvoirs publics dans les zones d’habitation doivent pouvoir résister à des crues centennales et des normes plus strictes encore seront appliquées dans des configurations spéciales comme les hôpitaux ou les zones industrielles à risques. Cela devrait aller de pair avec des améliorations environnementales. D’ailleurs, d’un point de vue écologique, la nouvelle législation prend en compte le principe de "promotion de la renaturation des eaux" inscrit dans la constitution cantonale.

Les opposants font quant à eux plusieurs griefs à la nouvelle loi : ils estiment en tout cas que "les intérêts particuliers sont systématiquement placés devant les intérêts du public", notamment en ce qui concerne l’accès au lac (en cas de litige, disent-ils, c’est l’État qui devrait prouver aux propriétaires fonciers qu’un plan d’eau est public et non l’inverse).

Selon les référendaires, la loi sous-estimerait les impératifs de la protection de l’environnement tels qu’énoncés par la législation fédérale et n’en proposerait que le strict minimum, freinant ainsi les projets de renaturation des cours d’eau et de réglementations efficaces contre les engrais et les pesticides. Elle ne tiendrait pas suffisamment compte non plus des nouvelles menaces et des risques prévisibles liés aux changements climatiques, négligeant par exemple de rechercher des solutions techniques durables pour couvrir les besoins agricoles d’irrigation.

L’article 107, pierre d’achoppement

Cet article stipule dans son deuxième paragraphe que "le transfert [des tâches d’alimentation en eau et d’assainissement urbain] à des personnes morales de droit privé n’est autorisé que si une municipalité ou un groupe de plusieurs municipalités ou un organisme municipal organisé de manière privée et contrôlé par des municipalités détient la majorité du capital et au moins les deux tiers des droits de vote".

Pour le comité référendaire, cette "réglementation dangereuse" représente purement et simplement "un premier pas vers la privatisation de l’approvisionnement en eau potable". Les opposants avancent comme argument, entre autres, les "très mauvaises expériences" faites à l’étranger, à Berlin par exemple, où le prix de l’eau a augmenté d’un tiers pendant que le secteur privé engrangeait des profits par millions. D’où le slogan des députés qui s’étaient opposés à l’adoption de la loi : "Hände weg von unserem Wasser !", "Ne touchez pas à notre eau !"

Sur ce point précis, le gouvernement zurichois se veut rassurant : "les craintes que la loi encourage la privatisation de l’approvisionnement en eau et finalement la commercialisation de l’eau potable ne sont pas fondées". Certes, explique-t-il, la nouvelle loi permet à des sociétés privées de prendre des participations minoritaires dans l’alimentation en eau, mais dans le cadre d’éventuelles sociétés anonymes, elle oblige les municipalités en toutes circonstances à détenir à la fois la majorité du capital-actions et au moins les deux tiers des droits de vote. De tels garde-fous excluent, selon les partisans de la nouvelle loi, toute dérive vers un éventuel commerce lucratif de l’eau potable. Bien au contraire, l’ouverture à des investisseurs privés devrait faciliter la fusion de services publics municipaux mixtes dans des entités plus grandes et plus efficaces. (bw)




Notes

[1Le texte de la nouvelle loi zurichoise sur l’eau soumise à référendum le 10 février 2019 est disponible, en allemand seulement (Wassergesetz), sur le site cantonal dédié aux votations.

Mots-clés

Mot d’eau

  • Eurêka !

    Comment mieux exprimer l’ivresse dont la raison, heureuse, fait flotter dans l’eau et l’intuition, bienheureuse, léviter dans l’air ? Archimède sentit le mouvement et se leva de l’émotion de ces deux éléments, comme s’il entendait le murmure des ondes et la vibration du vent. Et j’entends eurêka comme ce triple écho et du corps et de l’air et de l’eau. (Michel Serres [décédé le 1er juin 2019], "Biogée", 2010)

Glossaire

  • Karst

    Ce mot, dérivé du nom d’un haut-plateau des Balkans, s’applique à un relief ou à un massif dont les roches calcaires ont été fortement érodées par l’eau, en surface (dolines, emposieux, lapiaz, etc.) et en profondeur (cavernes, grottes, gouffres, etc.), ce qui se traduit aussi au fil des infiltrations en sous-sol par des structures très complexes de circulation d’eau et de résurgences. Ces formes géologiques portent ici et là différents noms, telles les "causses" dans le Massif central français.


Contact Lettre d'information