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20 avril 2004.

Les Australiens devront-ils bientôt boire l’eau de leur bain ?

En Australie, à la fin d’un été à nouveau très sec, la question de (...)

En Australie, à la fin d’un été à nouveau très sec, la question de l’eau potable et de sa raréfaction a généré d’audacieuses recherches en matière de récupération des eaux usées. Depuis un siècle, jamais les amplitudes climatiques n’avaient été aussi violentes que cette année. Une inquiétante pénurie d’eau a contraint les citadins de Melbourne (3,4 millions d’habitants) et de toute la côte sud à de sévères restrictions quotidiennes. De retour d’un séjour en Australie, Claude Chuard, rédacteur en chef adjoint du quotidien fribourgeois La Liberté, nous a fait parvenir quelques-unes de ses notes de voyage.

Cette pénurie, les Australiens la prennent très au sérieux. Chaque jour figure, dans la page météo des journaux, une rubrique qui indique le niveau des barrages, principale source d’eau potable pour une grande partie des villes les plus peuplées du Sud australien, d’Adélaïde à Melbourne et Sydney.

L’Australie, gigantesque territoire isolé sur la planète, constitué en grande partie de déserts, se bat depuis longtemps pour résoudre la douloureuse question de l’eau. Au nord, dans la zone tropicale, les pluies sont très abondantes mais la majorité des habitants du pays s’est installée, 3000 km plus bas, sur les côtes sud au climat tempéré.

Dans les années 50, en pleine euphorie nucléaire, quelques savants fous avaient imaginé de creuser à l’aide de bombes atomiques un canal du nord au sud pour y acheminer l’eau des tropiques. On préféra construire un vaste programme de barrages dans les seules montagnes du pays qui reçoivent un peu de neige en hiver.


Tous aux citernes !

Depuis deux siècles, les citernes destinées à recueillir l’eau de pluie des toits constituent souvent la seule source d’eau de l’Australie rurale. Mais en ville aussi, la promotion des citernes fait un tabac. Dans un cahier spécial très documenté, le principal quotidien de Melbourne, "The Age", notait récemment que dans cette ville assez pluvieuse en dehors de l’été, l’installation d’une citerne dans seulement un pour cent des logements permettrait de sauver chaque année 70 millions de litres d’eau.


Eau du bain pour le jardin

Aujourd’hui, l’Australie multiplie les mesures d’économie d’eau. Et les nouveautés fleurissent dans tous les domaines de la vie quotidienne, des appareils ménagers à la salle de bains, sans oublier le jardin. C’est même dans leurs carrés de verdure que les Australiens, privés du droit d’arroser, font preuve de l’inventivité la plus grande.

Plusieurs firmes de plomberie commercialisent déjà des types de citerne très design en plastique rigide ou souple, à glisser sous sa maison. Elles proposent des systèmes plus ou moins sophistiqués qui différencient les réseaux d’eau à l’intérieur de la maison.

D’autres vont plus loin encore qui n’hésitent pas à récupérer l’eau usée de la maison. C’est la notion "d’eau grise", d’une utilisation pas sans risque. Pas question de récupérer les eaux de lessive ou de la cuisine, en revanche l’eau usée du bain et de la douche, très utilisés dans un pays de canicule, peut être stockée provisoirement dans une citerne puis réutilisée pour les WC et l’arrosage exclusivement souterrain du jardin. Des systèmes électroniques simples gèrent ce stockage pour éviter que l’eau usée ne croupisse dans la citerne.

Baignoire design

A la salle de bains, la douche si sollicitée sous ces climats fait l’objet de très sérieuses recherches. Car l’Australien s’était habitué à une pomme de douche de belle taille. Des ingénieurs ont imaginé des modèles de douche moins gourmande en eau qui procurent la même sensation de bien-être. Idem pour de nouveaux modèles de baignoires confortables mais au volume d’eau restreint.

Cette pénurie a relancé la création de nombreux designers dans le domaine du sanitaire. Quant aux appareils ménagers (lave-vaisselle, etc.), leur faible consommation en eau devient le premier critère d’excellence, un argument publicitaire placardé dans toutes les rues des grandes villes.

Dans son approche du problème, l’Australie sait qu’elle ne pourra compter que sur elle-même. Contrairement à certains pays qui veulent imposer des mesures écologiques, au pays du kangourou, on préfère allier pragmatisme, esprit d’entreprise, sens de l’innovation et civisme.

Claude Chuard




Mots-clés

Mot d’eau

  • Entre la ressource et la source, comment dire l’eau avec justesse ?

    " Entre l’expérimentation du chimiste qui dit clairement la composition de l’eau mais en oublie l’usage, et l’expérience des usagers qui en vivent les troubles, les dangers et les surprises, y a-t-il une place pour une épreuve de soi et du monde qui dise l’eau au lieu de ne faire qu’en parler ? " (Jean-Philippe Pierron, "La Poétique de l’eau")

Glossaire

  • Pompage-turbinage

    C’est un type de centrale hydroélectrique qui permet de stocker de l’énergie électrique potentielle par le biais de deux bassins d’accumulation situés à des altitudes différentes. L’eau du réservoir supérieur, qui sert à produire de l’électricité par turbinage, se déverse dans le réservoir inférieur. Et lorsque la demande d’énergie électrique est faible, cette eau est pompée vers le bassin du haut pour y être stockée et plus tard turbinée à nouveau. Il est ainsi possible d’établir un équilibre entre l’offre et la demande sur le marché de l’électricité.


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