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6 mai 2003.

"Le thème de l’eau aide à comprendre ce qu’est le développement durable"

Bien visible au Salon du Livre à Genève, la Fondation Éducation et (...)

Bien visible au Salon du Livre à Genève, la Fondation Éducation et Développement propose aux enseignants et aux éducateurs de Suisse un service de ressources pédagogiques (dans les différentes langues nationales) "pour l’éducation dans une perspective globale". Comment dans ce cadre aborder les différentes thématiques de l’eau ? Entretien avec Charly Maurer, responsable à Lausanne du service régional romand de la Fondation.

Charly Maurer : "L’Année internationale de l’eau nous donne l’occasion de traiter un sujet sous l’angle du développement durable, c’est-à-dire de voir ce que cela signifie sur les plans humains, économiques et écologiques. L’eau se prête particulièrement bien à cette approche. De plus, c’est un thème qui a une dimension globale et nord-sud."

aqueduc.info : A priori, l’eau est un thème qui devrait intéresser les enfants, c’est quelque chose de tangible…

"Oui, mais quand on fait une campagne sur l’eau, on ne sait pas vraiment comment l’enfant voit l’eau. On crée du matériel pédagogique sans bien connaître les représentations que l’élève se fait de la réalité.

Notre première démarche consiste donc à rendre l’enfant attentif à l’eau ici, dans son corps, à la salle de bain, à la piscine, dans la nature, etc. et à l’aider à élargir ses représentations de l’eau qui sont sans doute assez restrictives.

Il faut aussi tenir compte du fait que l’enfant a un certain pouvoir sur l’eau : il peut décider de lui-même comment il l’utilise sans avoir à en référer à ses parents, par exemple s’il laisse ou non couler l’eau du robinet quand il se brosse les dents. On peut l’aider à comprendre qu’il a une certaine responsabilité dans sa façon de gérer l’eau."

Et l’intérêt des enseignants dans cette thématique ?

"Je ne suis pas certain que leur intérêt était très grand au départ. Mais le fait qu’on aborde l’eau d’une manière assez différente de leur approche habituelle a permis par la suite de capter un peu mieux leur attention.

Les documents pédagogiques qu’ils avaient à disposition il y a quelques années insistaient beaucoup sur le cycle de l’eau. Et ça s’arrêtait à cette perspective H2O, comme dans un cours de physique. On n’abordait pas les problèmes liés à la consommation des ménages ni à l’utilisation de l’eau dans l’agriculture ou dans l’industrie."

Comme appui pédagogique, vous proposez des affiches. Comment faut-il les regarder ?

"Nous voulons simplement élargir les représentations de l’eau aux dimensions de la planète, à d’autres milieux géographiques, à d’autres civilisations. Montrer que l’eau du robinet d’ici, c’est -ailleurs- l’eau que l’on porte sur la tête. Que le jet qui arrose nos gazons, c’est -ailleurs- le seau que l’on verse dans un champ."

Au Salon du Livre, on a bien remarqué les réactions des visiteurs à la vue de ces images venues d’ailleurs. Ils n’avaient pas pensé par exemple à l’eau en bouteilles, ni au porteur d’eau. Il y a donc une diversité de situations de l’eau qu’il faut exploiter en pédagogie.

Et le développement durable dans tout cela ?

"Pour la plupart des enfants, mais aussi des adultes, il y a suffisamment d’eau en Suisse. On ouvre le robinet et ça coule. Mais cette eau, d’où vient-elle ? où va-t-elle ? comment la pollue-t-on ou non ? voilà des questions qu’on ne se pose pas souvent.

On en arrive donc à une approche plus philosophique : comment se comporter avec les produits de la création et de la nature - l’eau, l’air, la terre, etc. - dont on a l’impression qu’ils sont disponibles sans aucune limite ? cela est pour moi une question d’éducation fondamentale.

Se demander d’où viennent les choses que nous consommons, c’est aussi les remettre dans une perspective globale. Prenez par exemple un kilo de tomates. Cela vaut plus que son prix dans une grande surface.

Combien d’eau a-t-il fallu pour le cultiver : 500, 600 litres ? Et s’il provient du Maroc, où est-on allé chercher cette eau ? Importer des tomates andalouses ou marocaines, c’est aussi importer en Suisse de l’eau d’un pays producteur où cette eau est peut-être difficile à trouver.

Il est donc urgent de comprendre la vraie valeur de ce que nous consommons. A mon avis, nous ratons notre travail d’éducation si nous ne faisons pas cette analyse globale."

Avec quels moyens ?

"Ce qui serait intéressant et qui me plairait beaucoup, c’est - sur un thème comme celui de l’eau - d’entrer en contact avec des enseignants qui rédigent des documents pédagogiques au Tchad, en Équateur ou n’importe où dans le monde et de faire ensemble des dossiers utilisables à la fois chez eux et chez nous.

Grâce à internet, je suis certain que l’on pourrait facilement monter des réseaux qui débouchent sur ce genre de documents, avec des chapitres rédigés et illustrés par des collègues de pays du Sud. C’est l’autre mondialisation, celle des échanges entre les cultures du monde. Mais ça, c’est encore un rêve."

Propos recueillis par Bernard Weissbrodt

Lire aussi le reportage "L’eau au Salon du Livre de Genève : les enfants d’abord ?


La Fondation Éducation et Développement
Son site spécial "eau" pour enseignants




Infos complémentaires

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Au Salon du Livre :
le stand de la Fondation
Education et Développement...
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...le cycle de l’eau (en circuit fermé)...
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...hélas non potable !
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et du matériel pédagogique...
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...qui demande arrêt sur images.
©aqueduc.info, 3 mai 2003

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Glossaire

  • Eau de Javel

    Appellation populaire, du nom d’un quartier parisien, d’une solution aqueuse d’hypochlorite de sodium, de couleur jaunâtre et à forte odeur de chlore, souvent employée, diluée dans l’eau, comme désinfectant, détachant ou décolorant. De nombreux produits ménagers de nettoyage, de lessive et de vaisselle en contiennent à des concentrations variables. Elle est également utilisée pour la potabilisation de l’eau, dans les piscines, dans les stations d’épuration et dans l’industrie, notamment dans les papeteries.

Mot d’eau

  • La communauté, nappe souterraine

    “La communauté est une nappe affective souterraine et chacun boit la même eau à cette source et à ce puits qu’il est lui-même – mais sans le savoir, sans se distinguer de lui-même, de l’autre ni du Fond.” (Michel Henry, "Phénoménologie matérielle", 1990)


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