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2 février 2019.

Le pouvoir des zones humides contre les changements climatiques

La Journée mondiale des zones humides, célébrée chaque année le 2 (...)

La Journée mondiale des zones humides, célébrée chaque année le 2 février, avait pour slogan 2019 : "Soyons énergiques face au changement climatique". Pour réduire les émissions mondiales de carbone de 45 pour cent avant 2030 et limiter le réchauffement climatique en dessous de 2°C comme le stipule l’Accord de Paris sur le climat, les zones humides offrent une solution naturelle susceptible de rendre plus vraisemblable la réponse à ce défi colossal.

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Les zones humides exceptionnelles de Kolkata, dans l’État indien du Bengale occidental,
sont entretenues par les agriculteurs et les pêcheurs locaux.
(Photo de Avijit Ghosh, vainqueur de la catégorie Jeunesse du concours photographique 2018 organisé
par la Convention de Ramsar sur le thème de "la beauté des zones humides"
- Cliquer sur l’image pour l’agrandir)

Le pouvoir des zones humides, véritables puits de carbone, dit la Convention de Ramsar [1], peut et doit donc être mieux exploité dans les efforts nationaux et mondiaux pour juguler les émissions de gaz à effet de serre. Entre autres bonnes raisons :
- Elles absorbent et stockent naturellement le carbone : les tourbières, les mangroves et les herbiers marins stockent de grandes quantités de carbone. Les tourbières couvrent environ 3 % des terres de la planète et retiennent près de 30 % de tout le carbone terrestre, soit deux fois plus que toutes les forêts du monde réunies. Les zones humides sont les puits de carbone les plus efficaces sur Terre.
- Elles réduisent les inondations et atténuent les sécheresses : les zones humides intérieures telles que les plaines d’inondation, les cours d’eau, les lacs et les marais fonctionnent comme des éponges, absorbant et stockant les précipitations en excès, et réduisant ainsi les inondations. Au cours de la saison sèche des climats arides, les zones humides libèrent l’eau stockée, retardant alors l’apparition des sécheresses et des pénuries d’eau.
- Elles protègent les côtes des conditions météorologiques extrêmes : les zones humides côtières telles que les marais salés, les mangroves, les herbiers marins et les récifs coralliens agissent comme des amortisseurs. Elles réduisent l’intensité des vagues, des ondes de tempête et des tsunamis, protégeant des inondations, des dégâts matériels et des pertes humaines les 60 % de l’humanité qui vivent et travaillent le long des côtes.

En conséquence, il importe de conserver et restaurer les zones humides. Les stratégies relatives au changement climatique doivent inclure leur utilisation rationnelle. Lorsqu’elles sont drainées ou brûlées pour l’agriculture (comme c’est souvent le cas), elles deviennent alors des sources de carbone, libérant dans l’atmosphère le gaz stocké pendant des siècles. Ces émissions indésirables de CO2 représentent 10 % de toutes les émissions annuelles de combustibles fossiles.

Les bons exemples ne manquent pas

- En Afrique de l’Ouest les restaurations de mangroves offrent de multiples avantages : le plus grand projet de reboisement de mangroves au monde est en cours en Casamance et dans le Sine Saloum, au Sénégal. Il a pour objectif la plantation de 79 millions de palétuviers sur plus de 10’000 hectares (45’000 hectares de mangroves ont été perdus depuis les années 1970). Avec la restauration de ces zones humides, les zones côtières seront protégées contre les tempêtes, les rizières pourront prospérer et 500’000 tonnes de dioxyde de carbone (CO2) seront stockées en 20 ans.
- Les tourbières nordiques et baltiques séquestrent le carbone : le Conseil nordique des ministres, qui regroupe le Danemark, la Finlande, l’Islande, la Norvège et la Suède, s’efforce de promouvoir la restauration intensive des 45 % de tourbières qui ont été drainées et qui sont à l’origine de près de 25 % des émissions annuelles totales de CO2 de la région. Une fois restaurées, elles redeviendront des puits de carbone, et non des sources d’émissions, contribuant ainsi à limiter les gaz à effet de serre dans l’atmosphère.
- Les récifs coralliens en Asie du Sud-Est atténuent les tsunamis : alors que les récifs coralliens meurent à cause de l’élévation de la température des océans, de l’augmentation de l’acidité de l’eau et des atteintes directes liées aux activités humaines, leur importance pour les communautés locales ne peut plus être ignorée. Lors du tsunami de 2004 dans l’Océan indien, les côtes du Sri Lanka protégées par les récifs coralliens situés au large ont été relativement épargnées, contrairement à celles où l’extraction du corail a dégradé les récifs. Une étude récente montre qu’un récif en bonne santé offre jusqu’à deux fois plus de protection contre les risques naturels tels que les tsunamis.
- Les zones humides côtières d’Amérique du Nord protègent les biens et les personnes : en 2012, l’ouragan Sandy qui a frappé la côte est des États-Unis aurait causé davantage de dégâts sans les zones humides côtières. L’intensité, la fréquence et la durée des ouragans dans l’Atlantique Nord ont augmenté depuis le début des années 1980. Cela rend impérative la protection des 50 % de zones humides américaines restantes.

(Informations extraites de la documentation publiée par la Convention de Ramsar
pour la Journée mondiale des zones humides 2019)




Notes

[1La Convention sur les zones humides, appelée Convention de Ramsar, est un traité intergouvernemental qui depuis 1975 sert de cadre à l’action nationale et à la coopération internationale pour la conservation et l’utilisation rationnelle des zones humides et de leurs ressources. Elle compte actuellement 170 États contractants et 2341 sites (dont 11 en Suisse) sont enregistrés sous le sigle "Site Ramsar".

Mots-clés

Glossaire

  • Pénurie

    Les pénuries surviennent lorsqu’il n’y a pas assez d’eau pour satisfaire à la fois les demandes humaines et les besoins de la nature, soit parce que cette eau fait physiquement défaut, soit parce que la demande est excessive ou que la ressource a été surexploitée, soit parce que le manque d’infrastructures, de moyens financiers ou de compétences techniques ne permet pas à une population de s’approvisionner en eau de quantité et de qualité suffisantes, soit aussi parce que des groupes humains sont empêchés par d’autres d’y avoir accès.

Mot d’eau

  • Un grand fleuve

    C’est le destin de tous les grands fleuves que d’être unique au monde, et chacun pour lui sans jamais pouvoir en toucher d’autres autrement que pour l’absorber (...) Le Fleuve, même si proche, ignore tous ses congénères. Il ne se sépare de l’immense nappe souterraine que pour couler aussitôt une âpre vie singulière, isolée par des barrières que jamais son Génie ne surmontera, et delà, on sait vers quel néant marin il se dissout ... (Victor Segalen, 1878-1919)


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