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4 novembre 2007.

Le micropolluant, danger public

EDITO NOVEMBRE 2007 Il ne se passe bientôt plus une conférence ni (...)

EDITO NOVEMBRE 2007

Il ne se passe bientôt plus une conférence ni un colloque sur l’eau sans qu’on ne parle de lui. Vu sous l’angle de la qualité de la ressource, maîtriser ce malfaisant serait, en tout cas dans les pays industrialisés, l’un des grands défis sanitaires de ces prochaines années. Hélas, on connaît fort mal cet intrus qui ne se laisse pas facilement cerner et dont on ne perçoit la présence que grâce aux traces qu’il laisse dans les résidus de produits d’usage quasi quotidien.

Portrait-robot, dites-vous ? Le micropolluant se laisse décrire couramment comme un produit, minéral ou organique, capable de développer une action toxique à partir de très faibles doses de concentration, de l’ordre du microgramme, voire du nanogramme par litre*. Signes distinctifs : dégradation plus ou moins bonne, effet à court ou long terme, dispersion dans l’environnement, accumulation dans les chaînes alimentaires.

En fait, il existe une bonne centaine de milliers de substances que les chimistes classent parmi les « organiques synthétiques ». Nombre d’entre elles (elles sont vraiment loin d’avoir toutes été analysées sérieusement) sont montrées du doigt comme de potentiels micropolluants.

Les experts en ont déjà localisé en de multiples endroits. En milieu agricole : herbicides, pesticides & Co. Dans les industries : pétrolières, chimiques et autres. Dans les matériaux de construction : surfaces en cuivre ou en zinc, peintures de façades, goudrons de toits plats, etc. Et, à portée de mains, dans les médicaments (antibiotiques, oestrogènes, etc.), les produits de soins corporels (crèmes solaires, parfums, etc.) ou encore les produits de nettoyage.

Le problème, avec cette litanie, c’est qu’on n’en sait guère plus. Une chose est en effet de dresser un inventaire, fort incomplet, de ces micropolluants au fur et à mesure qu’on les détecte. Une autre est d’en connaître l’impact réel sur la santé humaine et l’environnement. Et plus encore de savoir comment ces substances se comportent quand elles se dégradent et quand elles se mélangent à d’autres.

Les chercheurs vont donc accélérer leurs investigations. Au fil de leurs découvertes, il sera sans doute possible de prendre les mesures qui s’imposent, à l’instar de ce qui s’est fait dans un passé pas si lointain quand il a fallu par exemple combattre la pollution des lacs par le phosphore.

Certes il existe déjà certaines techniques d’élimination des micropolluants dans les eaux usées. Mais elles demandent à être encore affinées et appliquées sur une plus grande échelle. Un projet national – « Stratégie MicroPoll » a été lancé en Suisse**. L’Institut fédéral pour l’aménagement, l’épuration et la protection des eaux (EAWAG) et l’Office des déchets, de l’eau, de l’énergie et de l’air du Canton de Zurich vont ensemble réaliser un essai pilote à Regensdorf.

Cette expérimentation devrait servir à mettre au point une étape supplémentaire dans le traitement des eaux usées. L’objectif est en effet de déterminer dans quelle mesure il est possible et efficace d’appliquer à ces eaux usées la technique d’ozonation déjà utilisée avec succès dans le traitement de l’eau potable avant sa distribution dans les réseaux.

Tout le monde ou presque est d’accord sur le constat : les méthodes traditionnelles en matière de protection des eaux ont aujourd’hui atteint leurs limites. Mais il est paradoxal, et navrant, de devoir investir des centaines de millions de francs dans la recherche et dans des équipements censés protéger la santé et l’environnement alors qu’au même moment et sur le même territoire des montants encore plus conséquents sont dépensés dans des secteurs agricoles et industriels qui continuent à utiliser sinon à produire - en veux-tu en voilà ! - des centaines de substances potentiellement polluantes.

Bernard Weissbrodt

* Microgramme (µg) = millionième de gramme), nanogramme (ng) = milliardième de gramme). Un nanogramme par litre correspond grosso modo – dit-on - à la dilution d’un comprimé d’aspirine dans un bassin de natation de 25 mètres !

** Projet "Stratégie MicroPoll" : réduction des apports de micropolluants provenant de l’évacuation des eaux urbaines, sur le site de l’Office fédéral de l’environnement




Mots-clés

Mot d’eau

  • L’eau de Lao-Tseu

    Parmi toutes les choses du monde, il n’en est point de plus molle et de plus faible que l’eau, et cependant, pour briser ce qui est dur et fort, rien ne peut l’emporter sur elle. Pour cela rien ne peut remplacer l’eau. Ce qui est faible triomphe de ce qui est fort ; ce qui est mou triomphe de ce qui est dur. Dans le monde il n’y a personne qui ne connaisse [cette vérité], mais personne ne peut la mettre en pratique. (Lao-Tseu, "Tao Te King", LXXVIII.)

Glossaire

  • Source « améliorée »

    Cette notion est utilisée par l’OMS pour désigner une installation d’approvisionnement en eau qui, de par la nature de sa construction, protège l’eau de façon satisfaisante de toute contamination extérieure, en particulier des matières fécales. Les sources améliorées incluent : l’eau courante sous canalisation alimentant le domicile, les forages ou puits tubulaires, les puits creusés protégés, les sources protégées et les citernes d’eau de pluie. L’eau en bouteille ne figure pas dans cette liste car la quantité d’eau ainsi fournie est limitée.


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