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24 septembre 2003.

Le lac pour Stendhal : décor d’opéra et promesse de bonheur

"Rien d’aussi beau ne peut se voir au monde, du moins pour mon (...)

"Rien d’aussi beau ne peut se voir au monde,
du moins pour mon coeur.
A quoi bon aller si loin chercher le bonheur,
il est là sous mes yeux !"

("La Chartreuse de Parme")

Existe-t-il des paysages dont on puisse dire qu’ils sont "parfaits" ? c’est-à-dire qu’ils réalisent un absolu comblant du rêve, au point qu’ils ne laissent "rien à désirer" ? Pour Stendhal - c’est la réponse que donne Philippe Berthier, professeur à la Sorbonne Nouvelle, "les lacs italiens, et tout particulièrement le lac de Côme (photo), ont été cette utopie miraculeusement incarnée, un lieu improbable et pourtant vrai, où le regard et le cœur s’épanouissent dans un espace idéal, répondant à toutes les attentes de l’être."

Pourtant, explique le spécialiste, Stendhal ne dit que très peu de choses sur les lacs, il ne les décrit pas, car la description l’assomme, le glace : "il préfère suggérer, confier l’essentiel à des épithètes passe-partout (sublime, divin, délicieux). Il recherche volontairement le flou pour ne pas épuiser l’émotion."

Le professeur Berthier insiste également sur le fait que Stendhal ne se contente pas de la nature pure et qu’il a besoin de n’être pas éloigné des lieux de culture (Milan n’est pas loin du Lac de Côme). Il tente le mariage harmonieux "entre une certaine sauvagerie et la civilisation délicieuse des villes".

S’il accorde une grande place à la nature libre et désintéressée, à sa vigueur originelle intacte et littéralement pittoresque, Stendhal fait de même avec les clochers, les ermitages et surtout les villas lacustres : "y vivre est un acte esthétique, on peut y goûter le privilège de l’univers tel qu’il devrait être".

Mais il arrive aussi que le lac soit désenchanté car il n’existe pas par lui-même : c’est "une promesse de bonheur". Et il en va des lacs comme de tous les paysages de Stendhal : "ils ne sont séduisants que lorsqu’on est en état d’amour".


Photo : Lac de Côme (larioonline.it)




Infos complémentaires


"La comtesse se mit à revoir, avec Fabrice, tous ces lieux enchanteurs voisins de Grianta, et si célébrés par les voyageurs : la villa Melzi de l’autre côté du lac, vis-à-vis le château, et qui lui sert de point de vue, au-dessus le bois sacré des Sfondrata, et le hardi promontoire qui sépare les deux branches du lac, celle de Côme, si voluptueuse, et celle qui court vers Lecco, pleine de sévérité : aspects sublimes et gracieux, que le site le plus renommé du monde, la baie de Naples, égale, mais ne surpasse point. C’était avec ravissement que la comtesse retrouvait les souvenirs de sa première jeunesse et les comparait à ses sensations actuelles. Le lac de Côme, se disait-elle, n’est point environné, comme le lac de Genève, de grandes pièces de terre bien closes et cultivées selon les meilleures méthodes, choses qui rappellent l’argent et la spéculation. Ici de tous côtés je vois des collines d’inégales hauteurs couvertes de bouquets d’arbres plantés par le hasard, et que la main de l’homme n’a point encore gâtés et forcés à rendre du revenu. Au milieu de ces collines aux formes admirables et se précipitant vers le lac par des pentes si singulières, je puis garder toutes les illusions des descriptions du Tasse et de l’Arioste. Tout est noble et tendre, tout parle d’amour, rien ne rappelle les laideurs de la civilisation."

Stendhal
La Chartreuse de Parme
(Extrait)
1839

Agenda

Mot d’eau

  • Le Lac

    “Si près qu’ils approchent du lac, les hommes n’en deviennent pas pour ça grenouilles ou brochets. Ils bâtissent leurs villas tout autour, se mettent à l’eau constamment, deviennent nudistes… N’importe. L’eau traîtresse et irrespirable à l’homme, fidèle et nourrissante aux poissons, continue à traiter les hommes en hommes et les poissons en poissons. Et jusqu’à présent aucun sportif ne peut se vanter d’avoir été traité différemment”. (Henri Michaux, "La nuit remue", 1935)

Glossaire

  • Limnologie

    Père de la limnologie (du grec "limné", lac, étang), le savant suisse François-Alphonse Forel (1841-1912) parlait d’elle comme de "l’océanographie des lacs". Il la définissait comme la "science des eaux continentales, des eaux stagnantes réunies dans des bassins limités et profonds, qui ne sont ni des fleuves ou rivières, ni des marais ou étangs, ni des eaux souterraines". Aujourd’hui, cette discipline a pris le sens plus large d’étude de tous les aspects écosystémiques des lacs et des grands réservoirs naturels d’eau douce à ciel ouvert.


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