AccueilInfosPoints d’eau

3 juin 2009.

Le Brésil, eldorado de l’eau douce et des ‘fleuves volants’

CLAUDINÊ GONCALVES - On sait partout dans le monde que le Brésil (...)

CLAUDINÊ GONCALVES - On sait partout dans le monde que le Brésil est le pays du football et du carnaval, mais peu de Brésiliens savent que leur propre pays est un pays d’eau. Ce constat plutôt paradoxal, c’est Gérald Moss, pilote à la double nationalité suisse et brésilienne, qui le pose. Aujourd’hui associé à plusieurs projets scientifiques, il sait de quoi il parle puisqu’il comptabilise déjà plus de 2’500 heures de vol au-dessus de ce pays. Rencontre lors d’un de ses passages à l’École Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL).

JPEG - 43.4 ko
Margi et Gérard Moss à bord de leur hydravion ’Talha-mar’

Gérald Moss arrive au Brésil en 1982 pour affaires, monte sa propre société de transport maritime de soja, achète un avion ‘Broussard’ chez Embraer, la grande entreprise brésilienne spécialisée dans l’aéronautique civile, fait un premier tour du monde, puis un second à bord d’un planeur à moteur. En 2001, il joint l’utile à l’agréable et s’associe à des projets scientifiques. C’est le début d’une nouvelle aventure. Grâce à lui, le Brésil dispose aujourd’hui d’une carte nationale de la qualité de l’eau douce. Plus tard, il se met à suivre les grands « fleuves volants », ces flux d’air humide qui naissent en Amazonie et apportent les pluies jusqu’au Rio Grande Do Sul et au nord de l’Argentine. Voyages dans lesquels l’accompagne sa femme Margi Moss, photographe.

Le Brésil vu d’en haut

« Mes premiers projets de découverte des eaux du Brésil remontent aux années 90, principalement pour des livres et des documentaires, mais c’est en 2001 que le travail scientifique a vraiment commencé. C’était vraiment un grand privilège pour moi de pouvoir voler à basse altitude et de me rendre compte de l’impact des activités humaines sur l’environnement : les déserts qui avancent, les fleuves qui s’assèchent…

J’ai compris que cette manière de regarder plus attentivement ce pays par en-haut pouvait être d’une grande utilité pour les Brésiliens. J’ai alors monté le projet Brésil des Eaux sur lequel nous travaillons depuis sept ans. Nous étudions plusieurs aspects des eaux du Brésil, non seulement les eaux de surface, mais aussi les eaux atmosphériques, autrement dit les "fleuves volants".

Je suis ingénieur mécanicien de formation, ce qui est très utile pour installer les équipements techniques dans les avions. J’ai aussi une expérience du monde des affaires qui m’aide pour le montage financier des projets. Côté scientifique, on apprend chaque jour quelque chose. Et nous pouvons compter sur des spécialistes qui ont de grandes compétences et qui travaillent dans divers domaines dans des universités et des instituts de recherche. »

Le Brésil des Eaux

« Au départ, ce projet était quelque chose de tout à fait original. Nous utilisions un appareil amphibie que nous avions équipé d’une sonde et que nous avions transformé en laboratoire. Nous avons collecté des échantillons d’eau douce dans 1’160 endroits différents de tout le Brésil : nous faisions des vols à ras des surfaces de manière à recueillir de l’eau avec la sonde. Puis l’eau était analysée et nous enregistrions les données dans un ordinateur installé à bord.

Ces échantillons étaient ensuite envoyés aux différents laboratoires qui participaient au projet. Le résultat, c’est que nous disposons aujourd’hui d’une véritable carte panoramique des eaux douces du pays. Toutes les données ont été répertoriées par l’Agence Nationale des Eaux et sont accessibles à tous.

Un autre projet, Les Sept Fleuves, est né en 2006-2007 et constitue une suite logique au projet Brésil des Eaux. Nous parcourons les fleuves en bateau pour essayer d’impliquer les populations riveraines dans la protection de leurs cours d’eau. Nous projetons des films réalisés lors du projet précédent et nous cherchons aussi à repérer les principaux problèmes. En plus du Rio Araguaia qui découle d’un choix de notre équipe, six autres fleuves ont été sélectionnés lors d’un séminaire organisé à Brasilia en avril 2006 : Grande, Ribeira, Miranda, Ibicuí, Verde et Guaporé. »

Les Fleuves Volants

« À São Paulo, un millier de personnes ont un jour répondu à un questionnaire qui demandait d’où venaient les pluies. Plus de 80% des réponses disaient que les pluies venaient du sud. C’est vrai qu’au Brésil l’air froid vient du sud, mais il est sec et l’humidité vient d’ailleurs. C’est vrai aussi que toute l’humidité ne vient pas uniquement d’Amazonie, mais cette région offre un grand potentiel de pluies et c’est la seule qui soit actuellement vraiment menacée.

JPEG - 3.5 ko
Pluie sur le Rio Iguaçu

Ces "fleuves volants" sont en fait des courants d’air qui se chargent d’humidité dans le nord du Brésil et la transportent vers le sud où ils sont la cause d’une grande partie des pluies. Il faut savoir que l’humidité qui s’évapore chaque jour de la forêt amazonienne représente quelque 20 milliards de tonnes d’eau. Une part de cette humidité est transportée par des vents de basse altitude. Comme la Cordillère des Andes sert de barrière, cette humidité descend vers le sud. Le volume d’eau ainsi transportée est comparable à celui qui sort du fleuve Amazone. Pour mieux comprendre ces processus et les quantifier, nous avons fait 12 voyages en suivant ces masses d’air, ce qui nous a permis de recueillir un maximum de données aujourd’hui analysées par les scientifiques brésiliens.

L’expression "fleuves volants" peut paraître surprenante. Le premier à l’avoir utilisée, c’est le professeur José Marengo, de l’Institut National de Recherches Spatiales. Quant à moi, je pensais que les deux mots allaient bien ensemble. Deux ans plus tard, on constate que la formule est de plus en plus utilisée. Dans trois ou quatre ans, elle sera sans doute passée dans le langage courant. Et cela devrait nous aider beaucoup dans nos campagnes de sensibilisation aux problèmes environnementaux. »

Propos recueillis
par Claudinê Gonçalves


*Claudinê Gonçalves, journaliste brésilien, travaille à la rédaction en langue portugaise du site swissinfo




Infos complémentaires

Méandres du Rio Jurua
Toutes les photos de cette page sont signées
© Margi Moss


:: LE BASSIN DE L’AMAZONE
EN QUELQUES FAITS
ET CHIFFRES

- Le bassin de l’Amazone est le plus grand bassin de drainage de la planète. Il couvre un peu plus de 6 millions de kilomètres carrés et occupe plus d’un tiers du continent sud-américain. Huit pays partagent ce bassin : Brésil, Bolivie, Équateur, Colombie, Pérou, Venezuela, Surinam et Guyane.

- Le débit de l’Amazone est d’environ 220’800 mètres cubes par seconde, soit 15% du débit total de l’ensemble des cours d’eau de la planète.

- La longueur totale de l’Amazone est difficile à mesurer en raison de ses nombreux méandres et parce que la localisation exacte de sa source est inconnue. Les estimations varient entre 6’400 et 6’800 kilomètres.

- L’Amazone charrie environ 1,2 milliard de tonnes de sédiments par an : ce volume impressionnant est toutefois inférieur à ceux du Yangzi Jiang en Chine et du Gange-Brahmapoutre en Inde et au Bangladesh.
- Dans le bassin de l’Amazone, la densité de population est très faible. La plus grande partie de sa population est établie dans les centres urbains. Le bassin de l’Amazone compte cinq villes de plus d’un million d’habitants.

- Le bassin de l’Amazone comprend un système de végétation complexe, notamment la forêt tropicale humide la plus étendue du monde, mais aussi des savanes et des formations végétales ressemblant à des toundras.

(Source : Bulletin d’information du portail de l’Eau de l’UNESCO)

Le Talha-mar suivant le cours du Rio Xingu


:: LIENS UTILES

- Le site Brasil das Aguas

- Le site Rios Voadores

- L’intégralité de l’interview original en portugais sur le site swissinfo.

Mots-clés

Mot d’eau

  • Nous n’avons pas de fleuves

    "Nous n’avons pas de fleuves, nous n’avons pas de puits, nous n’avons pas de sources ; seules quelques citernes, vides elles aussi, résonnent, et nous les adorons." (Georges Séféris, "Mythologies", 1935)

Glossaire

  • Piézomètre

    En hydrologie, un piézomètre est un dispositif qui permet, à partir du sol, d’avoir un accès direct à une nappe d’eau souterraine. Il s’agit d’un tube de forage par lequel on peut non seulement déterminer le niveau d’eau de la nappe et la réserve disponible, mais aussi prélever de l’eau pour analyser ses qualités physiques, chimique et biologiques. Ces différentes mesures, nécessaires pour exploiter un aquifère de manière durable, sont faites manuellement ou à l’aide de sondes automatiques.


Contact Lettre d'information