AccueilLa LettreLettre du Bénin

12 décembre 2013.

La quête d’eau autour des forages en saison sèche

Tokuta, disent les Fongbé de Savalou, dans le département béninois (...)

Tokuta, disent les Fongbé de Savalou, dans le département béninois des Collines, en parlant de la saison sèche. Casse-tête pour les familles. L’approvisionnement en eau est problématique : les puits domestiques tarissent, les marais et les rivières s’assèchent. Les services officiels de distribution, déjà défaillants en temps normal, abandonnent la population à son sort. Des vendeurs proposent de l’eau de sources pérennes mais à la qualité douteuse. L’espoir vient de l’eau des forages aménagés çà et là, électoraux ou pas.

Peu importe la qualité de l’eau, pourvu qu’on en ait, même en petite quantité. C’est le leitmotiv de chaque saison sèche, d’octobre au mois de mai de l’année suivante, en milieu urbain aussi bien que rural. La SONEB, société nationale des eaux du Bénin, officiellement en charge de la distribution d’eau potable, se montre incapable de faire face à sa mission. Elle qui, en temps normal, voit ses prestations ponctuées de coupures et de pannes, manque d’eau dans ses retenues et dans le meilleur des cas ne dessert qu’une frange de population urbaine.

JPEG - 12.2 ko
Un don signé Kadhafi

La planche de salut, ce sont les forages, réalisés par l’État, et le plus souvent par de "généreux donateurs". Parmi lesquels un certain "Guide Mouammar Kadhafi, Roi des rois d’Afrique". À Savalou, on en compte une trentaine, disséminés sur le territoire de la commune. Équipés d’une pompe à motricité humaine, ils font monter l’eau des nappes phréatiques pour être ensuite distribuée sans aucun traitement. On les repère facilement dans le paysage, entourés qu’ils sont de bidons jaunes disposés en longues files d’attente.

Franck, comptable de son état, est depuis trois ans secrétaire du comité de gestion de l’un de ces précieux ouvrages situé en face de son domicile dans le quartier de Zongo-Cité. L’eau de son forage convient à l’alimentation : son pH est quasiment neutre, elle est douce (et fait bien mousser le savon !), et surtout elle est agréable à boire. Elle est donc réservée essentiellement à la consommation domestique et à la cuisson. Il n’existe cependant ni contrôles ni analyses qui, pourtant, ne coûteraient pas grand-chose si l’on disposait d’un petit kit scolaire. Plus de dix mille consommateurs d’eau ne sont pas à l’abri de risques sanitaires potentiels.

La distribution de l’eau débute le matin à 6 heures et se poursuit tout au long de la journée quasiment sans interruption jusqu’aux alentours de 22 heures, avec des records d’affluence de février à avril. Les enfants sont de corvée de l’eau, relayés par les femmes pendant les heures de classe. Le bidon jaune, désormais symbole de pénurie d’eau, a une capacité de 25 litres et coûte 15 francs CFA (quelque chose comme 2 centimes d’euro). La quantité d’eau vendue chaque jour varie entre 200 à 300 bidons.

JPEG - 26.2 ko
Forage au quartier Zongo-Cité de Savalou

Le premier problème des pompes, leur talon d’Achille, c’est leur gestion financière, leur bureaucratie, leur manque de rigueur. "Il faut avoir la chance pour tomber sur une vendeuse honnête et sur un comité fonctionnel", déplore Franck. C’est pour cela qu’il gère "son" forage "en solitaire" depuis bientôt un an, en attendant que soit renouvelé l’actuel comité défaillant. Et d’argumenter pour se défendre contre les critiques : "si l’eau est disponible, les querelles intestines ne doivent pas en empêcher la distribution à la population qui n’a pas d’autre alternative, les querelles peuvent attendre …".

Son comité de gestion à lui compte sept membres et les deux vendeuses d’eau, véritables chevilles ouvrières du puits, passent parfois toute leur journée à l’ouvrage et se relaient d’une semaine à l’autre. Elles bénéficient de 30 % des ventes, 20 % reviennent au comité de gestion et les 50 % restants sont réservés à l’entretien et à la maintenance de l’ouvrage. Lorsqu’il tombe en panne, il faut aller chercher les pièces de rechange et le technicien dans les grandes villes.

Aux bousculades des jours de grandes affluences en saison sèche succèdent, de juin à septembre, les jours de pluies et la quasi désertion du forage. Les vendeuses se retrouvent au chômage technique, les recettes sont nulles et le comité en profite pour faire entretenir l’ouvrage et le réviser.

JPEG - 20.7 ko
Les plantations de teck souffrent aussi
en saison sèche

Cet avènement des forages est une bénédiction. Ils suppléent aux carences du service public de la distribution, encore à l’état embryonnaire, et dans l’impossibilité de répondre seul à la demande. Il serait souhaitable de multiplier ce genre d’ouvrages mais aussi d’en optimaliser le rendement, par exemple en les plaçant en gérance libre, en agréant de petits laboratoires de contrôles et en améliorant la gestion des déchets.

Au forage, je vois des gens repartir avec leur bidon, et avec le sourire, heureux d’avoir obtenu le précieux liquide. Quelqu’un me dit : "l’eau de ce forage est plus sûre que l’eau de robinet, à la maison, c’est celle que nous buvons, celle du robinet, on la garde pour la lessive !" Comme pour me dire, enfin : "Que vivent les forages !"

Texte et photos Bernard Capo-Chichi
Porto-Novo, Bénin



- Lire les autres Lettres du Bénin



Mot d’eau

  • Eaux usées

    "Dans un monde où la demande en eau douce augmente sans cesse, et où les ressources en eau limitées subissent de plus en plus des contraintes du fait de la surexploitation, de la pollution et des changements climatiques, il est tout simplement impensable de négliger les opportunités qu’offre l’amélioration de la gestion des eaux usées." (Irina Bokova, Directrice générale de l’UNESCO, Rapport mondial sur la mise en valeur des ressources en eau 2017)


Contact Lettre d'information