AccueilInfosDossiersCorrection des eaux du Jura : pourquoi, comment ?

27 juillet 2017.

La première correction (1868-1891)

DOSSIER - CORRECTION DES EAUX DU JURA (3)

JPEG - 243.7 ko
1. Canal de Hagneck / 2. Canal de la Thielle
3. Canal de la Broye / 4. Canal de Nidau-Büren

Les travaux de la première correction des eaux du Jura, commencés en 1868 et achevés en 1891, furent exécutés selon les plans de l’ingénieur Richard La Nicca sur quatre grands chantiers.

Le canal de Hagneck

C’est l’ouvrage-clé de la première correction : pour dévier l’Aar dans le lac de Bienne, il fallait fournir à un cours d’eau un lit qui n’existait pas jusque-là et, depuis Aarberg, aménager de toutes pièces un canal de 8 kilomètres de long. L’excavation s’est faite uniquement à coup d’explosifs et à la pelle, sans machines. Le dernier tronçon du canal de Hagneck a dû être creusé, sur 900 mètres de long et une trentaine de profondeur, à travers une crête de molasse, cette roche sédimentaire caractéristique du Plateau suisse. Une partie des matériaux a été utilisée pour les remblais, l’autre (plus de deux millions de mètres cubes) a été emportée par les eaux de l’Aar vers le lac après l’ouverture du canal en août 1878.

JPEG - 240.4 ko
Le dernier tronçon du canal de Hagneck

Entre 2010 et 2015, le canal de Hagneck a été entièrement rajeuni. D’une part, les digues, devenues partiellement perméables, demandaient à être restaurées, renforcées et relevées ; d’autre part, le cours d’eau manquait singulièrement d’habitats naturels et montrait de sérieux déficits écologiques. Ainsi rénové, ce canal est désormais paré pour faire face à une crue centennale et offrir à ses riverains un supplément de protection contre d’éventuelles inondations.

À noter aussi qu’en 1899 l’embouchure du canal de Hagneck avait été dotée d’une centrale hydroélectrique, l’une des plus anciennes de Suisse. En 2015 elle a été remplacée par une nouvelle usine plus performante, conçue également pour protéger contre les crues et pour satisfaire à des impératifs écologiques comme la migration du poisson ou le développement d’une forêt alluviale [1].

Les canaux de la Broye et de la Thielle

JPEG - 276.5 ko
Canal de la Broye à l’exutoire
du lac de Morat à Sugiez

Deux rivières alimentent naturellement les trois lacs : la Broye, qui prend sa source dans les Préalpes fribourgeoises et traverse le lac de Morat pour se jeter ensuite dans celui de Neuchâtel, et la Thielle, venant de la plaine de l’Orbe, qui traverse les lacs de Neuchâtel et de Bienne avant de rejoindre l’Aar. Pour améliorer la connectivité entre les trois plans d’eau, mais aussi pour que ces rivières intermédiaires bénéficient d’une largeur et d’une profondeur propices à la navigation, des travaux furent entrepris pour supprimer leurs méandres, leur donner un tracé plus ou moins rectiligne et abaisser leurs lits. Au final, et grâce à ces deux canaux de la Broye et de la Thielle, respectivement longs de 9 et 8,5 kilomètres, le système de vases communicants pouvait commencer à jouer son rôle et servir de zone tampon capable en principe d’absorber les crues.

Le canal de Nidau-Büren

Jusqu’à la première correction des eaux du Jura, le seul exutoire du lac de Bienne, à Nidau, était la Thielle qui rejoignait l’Aar non loin de Büren, une dizaine de kilomètres en aval. Lorsque celle-ci a été détournée vers le lac, il était impératif d’augmenter en conséquence son débit de sortie. Il fut alors décidé d’ouvrir un nouvel émissaire parallèle à la rivière sur environ 2 kilomètres, de construire un large canal de 12 kilomètres entre Nidau et Büren et de court-circuiter les grands méandres de l’Aar. Comme cet aménagement avait rapidement entraîné l’abaissement du niveau du lac, un barrage de régulation fut installé provisoirement du côté de Nidau, remplacé en 1887 par un barrage à quatre passes. (bw)

JPEG - 164.4 ko
Canal de Nidau-Büren à l’exutoire du lac de Bienne



Notes

[1La rénovation de la centrale hydraulique de Hagneck a été récompensée en 2017 pour la qualité de ses aménagements paysagers. Voir l’article aqueduc.info qui lui a été consacré >

Infos complémentaires

Les autres articles de ce dossier
sur la correction des eaux du Jura

1. Les grandes lignes d’un projet réussi
2. Il était une fois … le lac de Soleure ?
4. La deuxième correction (1962-1973)
5. Pionniers d’hier, acteurs d’aujourd’hui

- Voir aussi l’album photos Le long des canaux des Trois-Lacs,
quatre randonnées pour mieux comprendre les réalisations et les effets
de la correction des eaux du Jura.

- Les crédits documentaires et photographiques du dossier
figurent dans les notes complémentaires de l’article d’ouverture
.

Mots-clés

Glossaire

  • Débit résiduel

    Volume d’écoulement qui subsiste après un prélèvement dans un cours d’eau (par exemple pour des besoins d’irrigation ou de production d’énergie). Maintenir un minimum de débit et de profondeur d’eau en aval d’une installation est absolument indispensable pour préserver la qualité de l’eau, assurer la recharge des nappes souterraines, protéger la faune et la flore et offrir des possibilités de loisirs. En Suisse, le débit résiduel minimal à garantir dans les cours d’eau à débit permanents est défini par la législation fédérale.

Mot d’eau

  • « Le fleuve me hantait »

    "La proximité de sa grandeur réveillait en moi une antique terreur des eaux qui, en présence des rivières et des fleuves, même vus du rivage, me tourmente l’âme. La fluidité des eaux fluviales, lentes ou rapides, me trouble, où je décèle un monde à demi visible de formes fugitives qui tentent et parfois fascinent l’âme inattentive. Ce sont des êtres sinueux et insinuants que les fleuves et les rivières, même farouches." (Henri Bosco, "Malicroix", 1948)


Contact Lettre d'information