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24 août 2012.

"La petite hydraulique agricole peut changer la vie de millions de gens"

Des systèmes d’irrigation à petite échelle, pilotés par les paysans (...)

Des systèmes d’irrigation à petite échelle, pilotés par les paysans eux-mêmes, peuvent protéger des millions d’agriculteurs de l’insécurité alimentaire et des risques climatiques en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud. C’est la principale conclusion d’une étude menée par l’Institut international de gestion de l’eau et publiée à l’occasion de la Semaine internationale de l’eau de Stockholm.

Selon cette étude - Water for wealth and food security : Supporting farmer-driven investments in agricultural water management (De l’eau pour la prospérité et la sécurité alimentaire : soutenir les investissements menés par les agriculteurs dans la gestion de l’eau agricole) - si les petits exploitants agricoles faisaient davantage appel à des techniques appropriées de gestion de l’eau, ils pourraient dans certains cas multiplier leurs rendements par quatre et améliorer grandement le revenu, l’alimentation et le niveau de vie de leurs familles.

Selon la FAO, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, à peine 3 % des ressources en eau renouvelables de l’Afrique subsaharienne (et bien plus abondantes qu’on ne le pense généralement) sont utilisés pour l’agriculture. Environ 4 % seulement des terres cultivables sont aménagées pour l’irrigation, et une toute petite partie d’entre elles bénéficie de l’apport d’eaux souterraines.

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Les femmes ont un rôle plus important encore à jouer dans la gestion des ressources en eau
(photo extraite du rapport IWMI)

De petits agriculteurs
de plus en plus nombreux
veulent aller de l’avant

"Nous n’avons cessé de témoigner, commente le Dr Colin Chartres, directeur général de l’Institut international de gestion de l’eau (IWMI), basé à Colombo (Sri Lanka), de ce qui arrive aux pauvres de ce monde lorsqu’ils sont à la merci de notre fragile système alimentaire mondial, alors même que la majorité d’entre eux dépend de l’agriculture pour sa subsistance et souffre de pénurie d’eau. Pourtant, dans le monde en développement, les agriculteurs font de plus en plus appel pour leur eau, à des solutions à petite échelle, bien adaptées aux conditions locales, et en retirent des avantages."

Sur le continent africain comme en Asie du Sud, la petite irrigation privée est nettement en train de gagner du terrain. Pendant trois ans, une équipe de recherche mandatée par l’IWMI, a observé de près la façon dont un bon millier d’agriculteurs utilisent leurs propres ressources de façon innovante au lieu d’attendre que l’eau leur soit distribuée. De nombreuses réalisations existantes ont été passées en revue - pompes, bassins, réservoirs, drainages, etc. - au point de surprendre les chercheurs eux-mêmes. Au Ghana, par exemple, les petits systèmes d’irrigation privés emploient déjà 45 fois plus de personnes et couvrent 25 fois plus de terrain que les systèmes d’irrigation publics.

"Nous avons été sidérés par l’ampleur du phénomène, explique Meredith Giordano, coordinatrice du projet AgWater au sein de l’IWMI. Malgré des obstacles tels que des coûts initiaux élevés et des chaînes d’approvisionnement peu développées, de petits exploitants agricoles d’Afrique et d’Asie ont été de l’avant en utilisant leurs propres ressources pour financer et installer des technologies d’irrigation. Et ce sont clairement les agriculteurs eux-mêmes qui ont pris l’initiative de ces innovations."

Entre autres exemples, l’étude de l’IWMI cite le Madhya Pradesh, au centre de l’Inde, où les agriculteurs ont amélioré leur revenu de 70 % grâce à l’aménagement d’étangs pour la culture de légumineuses ; ou la Zambie, en Afrique australe, où un cinquième des petits exploitants qui produisent des légumes pendant la saison sèche gagnent 35% de plus que ceux qui ne cultivent pas.

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Les technologies existent déjà ... (graphismes extraits
du rapport IWMI)

Défis économiques, sociaux
et environnementaux

Il existe déjà plusieurs technologies qui permettent aux petits exploitants de gérer eux-mêmes leurs ressources en eau, telles des pompes bon marché. Des outils simples pour creuser des puits et recueillir les eaux de pluie leur permettent déjà de produire des récoltes en saison sèche. Mais nombre d’entre eux n’utilisent encore que des moyens d’arrosage rudimentaires et dépendent des cultures pluviales car ils n’ont ni les ressources financières pour acheter des équipements plus performants, ni les connaissances nécessaires à leur fonctionnement, ni l’accès à d’éventuels fournisseurs. Une situation qui ne cesse évidemment d’accroître les inégalités sociales dont souffrent d’abord les agriculteurs les plus pauvres, et les femmes en particulier.

Par ailleurs, le recours à de nouveaux systèmes d’irrigation ne va pas sans risques environnementaux et pose là aussi de nouveaux défis, par exemple si les agriculteurs s’engagent dans un système où l’eau est gratuite pour tous ou si la concurrence devient trop forte entre les différents usagers, ce qui peut entraîner une surexploitation des ressources et abaisser dangereusement et pour longtemps leur niveau de disponibilité. De plus, la pratique de l’irrigation est souvent associée à une plus forte utilisation des engrais chimiques.

Reste à actionner les mécanismes financiers

Les auteurs de l’étude de l’IMWI estiment pour leur part que pour faire face à ces défis, les petits agriculteurs ont besoin de l’appui des institutions et des pouvoirs publics qui doivent eux-mêmes se restructurer pour répondre à leurs besoins et ne pas s’occuper seulement d’agriculture pluviale ou de la gestion de canaux d’irrigation à grande échelle. Ici ou là, des opérateurs se déplacent dans les zones rurales pour louer les services de la pompe fixée sur leur vélo. Ailleurs, les autorités ont supprimé les permis d’exploitation pour les petites pompes. Les idées ne manquent pas.

La petite hydraulique agricole pourrait augmenter de manière significative si, par le biais de mécanismes financiers novateurs, on aidait les agriculteurs à surmonter des obstacles comme le surcoût des investissements de départ nécessaires à l’acquisition des équipements, semences et autres intrants, le manque de chaînes d’approvisionnement et de réseaux de commercialisation, la faiblesse des marges à la vente de leurs produits ou le montant excessif des impôts.

Bref, dit le Dr Colin Charles, "il existe d’énormes possibilités d’investissement pour exploiter le potentiel de cette approche menée par les agriculteurs (…) et nous savons aujourd’hui quels leviers il faut actionner pour qu’ils puissent tirer de l’expansion de leurs innovations". (Source : IWMI)




Infos complémentaires

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Graphisme de couverture du rapport IWMI "Water for wealth and food security"


Quelles technologies utiles aux petits agriculteurs ? …

Nombre de paysans pauvres vivant dans des régions plus ou moins arides pourraient avoir davantage d’eau à condition de la stocker dans des citernes ou de petits réservoirs, d’aménager des étangs ou des fossés peu profonds pour collecter les eaux de pluie, de bénéficier de puits tubulaires gérés de façon durable et desservis par de simples pompes, ou de pompes motorisées ou électriques relativement bon marché à l’achat ou à la location.

... et pourquoi ne les utilisent-ils pas davantage ?

Plusieurs facteurs influent sur la capacité des petits agriculteurs à gérer eux-mêmes leurs ressources en eau
- difficultés d’accès aux marchés et manque d’informations sur les produits les plus demandés et sur le meilleur moment de les vendre
- politiques fiscales freinant l’importation de pompes et d’équipements d’irrigation
- manque d’informations et de conseils sur les technologies et les matériaux les plus appropriés à leurs systèmes de culture
- absence d’encadrement institutionnel et de structures adaptées au développement de modes alternatifs d’irrigation. (Source : IWMI)


L’IWMI, lauréat 2012 du Prix de l’Eau
de Stockholm

L’Institut international de gestion de l’eau, fondé en 1984, est une organisation de recherche scientifique sans but lucratif, centrée sur l’utilisation durable des terres et des ressources en eau dans l’agriculture, au bénéfice des populations pauvres des pays en développement. L’IWMI a son siège principal à Colombo (Sri Lanka) et compte plusieurs bureaux régionaux en Asie et en Afrique. L’IWMI fait également partie du CGIAR, un partenariat mondial qui réunit des organismes de recherche pour le développement durable et la sécurité alimentaire.

En août 2012, l’IWMI s’est vu décerner le Prix de l’Eau de Stockholm 2012 pour son travail et ses recherches novatrices qui ont conduit "à de nouvelles politiques et à de nouveaux investissements dans l’agriculture qui ont non seulement permis une utilisation plus productive de l’eau, mais ont également amélioré la sécurité alimentaire, le développement économique et la santé environnementale à travers le monde".


Liens

- Site de l’IWMI
- The AgWater
Solutions Project

- World Water Week
in Stockholm


De nouveaux outils informatiques pour une irrigation économe en eau

Présente à la Semaine internationale de l’eau de Stockholm (où elle a par ailleurs reçu le Prix de l’eau de l’industrie), la société PepsiCo a annoncé avoir mis au point avec l’Université de Cambridge une application smartphone - i-crop - qui permet aux agriculteurs de déterminer avec précision l’irrigation nécessaire à leurs terres et de réduire ainsi leur consommation d’eau grâce à la collecte sur internet de données relatives par exemple aux prévisions météorologiques ou à l’humidité de l’air ou du sol. Testé en Europe pour la culture de pommes de terre, ce programme pourrait être adapté aux pays en développement et adapté à d’autres types de terres, de cultures et de climats.

De son côté, l’Institut de Stockholm pour l’environnement a mis au point une nouvelle version de son système d’évaluation et de planification des eaux : EconWeap adapte l’offre hydraulique aux besoins de la production agricole et permet d’optimiser la répartition de l’eau dans un champ en fonction des variations des températures et des précipitations.

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Glossaire

  • Eau de Javel

    Appellation populaire, du nom d’un quartier parisien, d’une solution aqueuse d’hypochlorite de sodium, de couleur jaunâtre et à forte odeur de chlore, souvent employée, diluée dans l’eau, comme désinfectant, détachant ou décolorant. De nombreux produits ménagers de nettoyage, de lessive et de vaisselle en contiennent à des concentrations variables. Elle est également utilisée pour la potabilisation de l’eau, dans les piscines, dans les stations d’épuration et dans l’industrie, notamment dans les papeteries.

Mot d’eau

  • La communauté, nappe souterraine

    “La communauté est une nappe affective souterraine et chacun boit la même eau à cette source et à ce puits qu’il est lui-même – mais sans le savoir, sans se distinguer de lui-même, de l’autre ni du Fond.” (Michel Henry, "Phénoménologie matérielle", 1990)


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