AccueilInfosDossiersL’eau et la forêt

20 janvier 2011.

La meilleure des eaux potables vient des forêts

“Parmi ses multiples prestations, la forêt remplit une fonction (...)

“Parmi ses multiples prestations, la forêt remplit une fonction protectrice absolument essentielle pour la quantité et la qualité de l’eau potable qu’elle fournit” : c’est ainsi qu’en 2005 un rapport forestier de l’administration fédérale rappelait que la forêt revêtait une importance capitale car elle constitue la clé même de l’approvisionnement de la population suisse en eau potable et que grâce à elle près de 40 % de l’eau captée dans ce pays ne doivent pas être spécialement traités.

Si les forêts sont tellement importantes dans le cycle de l’eau, c’est d’abord parce qu’elles participent grandement au flux d’évapotranspiration de l’eau vers l’atmosphère et alimentent le processus de précipitations. Cela dit, elles remplissent encore différentes autres fonctions essentielles à l’approvisionnement en eau potable.

JPEG - 8.5 ko

La forêt est un véritable réservoir

Pour comprendre l’immense capacité de stockage d’eau d’une forêt, il faut essayer d’imaginer à quoi ressemble son sol : celui d’une forêt de feuillus peut contenir, dans un mètre cube de terre, plusieurs dizaines de kilomètres de racines qui facilitent la pénétration et le drainage des eaux de pluie et de fonte de neige. Constituée d’une multitude infinie de cavités et de pores, la couche supérieure de l’humus forestier se comporte comme une éponge capable d’emmagasiner jusqu’à deux millions de litres d’eau par hectare. On comprend mieux alors pourquoi les écoulements de surface y sont si peu abondants.

La forêt filtre l’eau naturellement

Les sols forestiers, qui échappent aux pollutions de toutes sortes et aux tassements de terrain provoqués par les activités agricoles ou industrielles, présentent une très forte capacité de filtrage. L’eau qui n’est pas utilisée par la végétation gagne peu à peu les nappes phréatiques où elle peut être captée et distribuée sans traitement particulier : en Suisse, 40 % de l’eau potable des usagers proviennent ainsi d’installations de captage situées dans des zones boisées. Dans ce cas, le corollaire en est que la protection de l’eau doit avoir la priorité sur toute autre utilisation de l’espace forestier.

La forêt fait faire des économies aux services des eaux

Puisqu’elle ne demande aucun traitement - contrairement aux eaux pompées dans les nappes phréatiques des zones agricoles, industrielles et urbaines - l’eau souterraine provenant de zones forestières permet, en Suisse, de faire des économies à hauteur de quelque 80 millions de francs, selon les calculs faits par la Société suisse de l’industrie du gaz et des eaux, organisation faîtière des distributeurs d’eau.

JPEG - 9.1 ko

La forêt, une protection contre l’érosion et les crues

On sait depuis fort longtemps que les forêts, au travers de leurs enchevêtrements de racines, stabilisent les sols et permettent de prévenir, partiellement du moins, les fortes érosions, chutes de pierres, coulées de boues, glissements de terrain, avalanches, etc. Leur grande capacité de rétention des eaux offre également une certaine protection contre les crues. Mais ce constat général doit être relativisé dans les cas notamment de précipitations très intenses ou prolongées et ne peut faire abstraction d’autres paramètres locaux comme la topographie, la nature des sols, le type de couverture boisée ou encore son stade de développement.

Un problème : l’afflux d’azote

Depuis un demi-siècle, on constate dans les forêts, de par l’augmentation du trafic routier et certaines pratiques agricoles, un apport excessif de composés azotés de l’atmosphère. Aujourd’hui, les précipitations déposent dans les zones boisées de 20 à 40 kg d’azote par hectare et par an, c’est-à-dire trois fois plus que dans les années 1950. La conséquence à long terme, c’est que cette pollution déséquilibre l’approvisionnement des arbres en éléments nutritifs et affaiblit le système racinaire. Du coup les forêts deviennent beaucoup moins résistantes aux tempêtes, à la sécheresse, aux maladies et aux parasites. L’acidification des sols forestiers accroît par ailleurs la concentration d’autres substances chimiques indésirables, telles les nitrates, dans les eaux d’infiltration et les eaux de ruissellement.

JPEG - 9.4 ko
© photos aqueduc.info

L’importance d’une bonne gestion forestière

Une eau souterraine de qualité, dit-on à l’Office fédéral de l’environnement, n’est pas un simple sous-produit appréciable de la forêt, elle réclame ici et là des pratiques de gestion et des mesures de protection adéquates : il faut d’un côté prendre en compte différents paramètres propres à une sylviculture durable (choix des espèces végétales, âge des arbres, type d’entretien, de récolte et de reboisement, etc.), et d’un autre côté faire la part des choses entre les divers enjeux et intérêts économiques (l’exploitation du bois), sociaux (de santé publique, notamment) et environnementaux (la protection des ressources naturelles). Ce qui ne va pas non plus sans conséquences financières.

Précision non négligeable : la loi suisse sur les forêts stipule que « l’aire forestière ne doit pas être diminuée » et que, sauf dérogations exceptionnelles, « les défrichements sont interdits », ce qui exclut tout changement d’affectation des sols forestiers et garantit une protection des eaux à long terme.

Fiche rédigée sur la base de la documentation
de l’Office fédéral de l’environnement

- Voir aussi l’article aqueduc.info :
Eau potable : le rôle protecteur des forêts




Infos complémentaires

JPEG - 36.9 ko

2011, par décision de l’Assemblée générale des Nations Unies, a été placée sous le signe de l’Année internationale de la forêt.

Parmi les considérants de la résolution onusienne votée en décembre 2006, on note
- la reconnaissance du fait que les forêts et leur gestion durable peuvent contribuer de façon sensible au développement durable, à l’élimination de la pauvreté et à la réalisation des objectifs de développement convenus sur le plan international, y compris les objectifs du Millénaire pour le développement,
- qu’il est nécessaire de promouvoir une gestion durable de tous les types de forêts, y compris les écosystèmes forestiers fragiles,
- et qu’il faut des efforts concertés de sensibilisation à tous les niveaux pour renforcer la gestion durable, la conservation et le développement viable de tous les types de forêts dans l’intérêt des générations présentes et futures.

- Site officiel de l’Année internationale de la forêt (en anglais)
- Site suisse de l’Année internationale de la forêt


JPEG - 6.8 ko

:: Quelques chiffres
sur la forêt suisse

- La forêt couvre en moyenne plus de 30 % du territoire suisse (Jura : 48%, Plateau : 23%, Préalpes : 36%, Alpes : 23%, Sud des Alpes : 49%)
- Le volume sur pied total de tous les arbres vivants et est de 427 millions de mètres cubes
- La part des résineux est de 71 %. L’épicéa est l’essence la plus fréquente des forêts suisses (44% du volume sur pied). Viennent ensuite le hêtre (18 %) et le sapin (15 %)
- 71 % (894 743 ha) des forêts suisses sont en mains publiques
- En 2009, quelque 4,88 millions de m³ de bois ont été récoltés
- 36 % des forêts sont exploitées pour la protection de la population et des infrastructures publiques
- 26’000 espèces de plantes, d’animaux et de champignons sont tributaires des sites boisés, soit près de la moitié de la flore et de la faune indigène.

(Source : ’Annuaire La forêt et le bois 2010’

Mots-clés

Agenda

Mot d’eau

  • Le Lac

    “Si près qu’ils approchent du lac, les hommes n’en deviennent pas pour ça grenouilles ou brochets. Ils bâtissent leurs villas tout autour, se mettent à l’eau constamment, deviennent nudistes… N’importe. L’eau traîtresse et irrespirable à l’homme, fidèle et nourrissante aux poissons, continue à traiter les hommes en hommes et les poissons en poissons. Et jusqu’à présent aucun sportif ne peut se vanter d’avoir été traité différemment”. (Henri Michaux, "La nuit remue", 1935)

Glossaire

  • Limnologie

    Père de la limnologie (du grec "limné", lac, étang), le savant suisse François-Alphonse Forel (1841-1912) parlait d’elle comme de "l’océanographie des lacs". Il la définissait comme la "science des eaux continentales, des eaux stagnantes réunies dans des bassins limités et profonds, qui ne sont ni des fleuves ou rivières, ni des marais ou étangs, ni des eaux souterraines". Aujourd’hui, cette discipline a pris le sens plus large d’étude de tous les aspects écosystémiques des lacs et des grands réservoirs naturels d’eau douce à ciel ouvert.


Contact Lettre d'information