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21 juillet 2010.

La longue lutte des Bochimans du Kalahari pour retrouver leurs puits traditionnels

Considérés comme les plus anciennes peuplades de l’Afrique australe, (...)

Considérés comme les plus anciennes peuplades de l’Afrique australe, peu à peu chassés de leurs terres par la colonisation et contraints de se replier dans le désert du Kalahari, au Botswana, les Bochimans, de culture nomade et vivant traditionnellement de cueillette, doivent se battre depuis une douzaine d’années pour avoir accès à leurs points d’eau ancestraux. La justice de leur pays, malgré les injonctions internationales, refuse de reconnaître leurs droits.

La Haute Cour du Botswana s’est finalement prononcée sur la plainte déposée par les Bochimans pour pouvoir à nouveau accéder au puits de Mothomelo, dans la Réserve du Kalahari central. Après quelques atermoiements, le juge a rejeté leur demande sous prétexte qu’aucune indication sur la quantité d’eau requise ne lui aurait été présentée. Il a cependant demandé au gouvernement de lever les ambiguïtés sur les régulations d’eau, ce qui en principe devrait donner aux Bochimans de renouveler leur demande.

Le contentieux entre les Bochimans et le gouvernement du Botswana remonte à 1997, année au cours de laquelle nombre d’entre eux ont commencé à être expulsés, alors que ceux qui tentaient de rester subissaient toutes sortes de restrictions et d’intimidations policières.

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Habitat Boshiman
© poco/bw - Fotolia.com

La terre oui, l’eau non

En 2002, les autorités ont alors choisi la méthode forte. Elles ont non seulement chassé tous les nomades de la Réserve pour les "relocaliser" dans des campements, mais elles ont aussi démantelé la pompe, détruit les réservoirs et scellé le puits, de manière à décourager par avance toute tentative de retour. Quatre ans plus tard, la Haute Cour confirmera le droit constitutionnel et légal des Bochimans de vivre sur ce territoire, ce qui incitera plusieurs d’entre eux à y retourner. Le gouvernement n’en modifiera pas pour autant son attitude, allant jusqu’à leur interdire de réhabiliter le puits de la discorde par leurs propres moyens. D’où leur recours devant le tribunal.

"Des conditions de vie déplorables"

Dans un rapport d’une centaine de pages rédigé en février 2010, James Anaya, Rapporteur spécial des Nations Unies sur les peuples indigènes, a alerté le Conseil des droits de l’homme de l’ONU sur le fait que les restrictions imposées aux communautés bushmen dans le Kalahari contreviennent aux normes internationales des droits humains : "Les populations indigènes qui sont restées dans la réserve ou qui y sont retournées sont confrontées à des conditions de vie déplorables et dangereuses en raison de leur manque d’accès à l’eau, une situation à laquelle il serait facile de remédier en réinstallant les puits dans la réserve. Le gouvernement devrait, de manière urgente et prioritaire, rouvrir les puits ou garantir l’accès à l’eau aux habitants de la réserve".

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Impala, désert du Kalahari
© EcoView - Fotolia.com

Intérêts miniers et touristiques

L’une des raisons officiellement avancées par le gouvernement du Botswana est que les Bochimans qui ne s’adonnent plus seulement à la cueillette mais aussi à l’élevage seraient en train de perturber l’équilibre écologique de la Réserve et que leur présence constituerait une menace pour la faune sauvage. Mais nombre d’observateurs estiment que ce sont là de faux prétextes. Une ONG britannique, Survival International, soupçonne le gouvernement du Botswana de préparer le terrain à des sociétés minières pour la prospection et l’exploitation de gisements de diamants, ce qui impliquerait évidemment d’importants prélèvements d’eau. On sait aussi que les autorités ont donné le feu vert à l’aménagement en plein désert du Kalahari d’équipements hôteliers, piscine comprise, pour les amateurs de safaris. (Source : agences, The Observer, The Mail & Guardian Online, Survival International)


Pour en savoir plus

- Site du Rapporteur spécial des Nations Unies sur les peuples indigènes
- Pages spéciales du site Survival France




Mots-clés

Glossaire

  • Eau potable

    La législation suisse sur les denrées alimentaires définit l’eau potable comme une "eau naturelle ou traitée qui convient à la consommation, à la cuisson d’aliments, à la préparation de mets et au nettoyage d’objets entrant en contact avec les denrées alimentaires". Cette eau doit être "salubre sur les plans microbiologique, chimique et physique". La loi définit de manière précise les exigences de qualité auxquelles elle doit satisfaire en tout temps et les concentrations maximales admissibles de diverses substances.

Mot d’eau

  • Eaux de source

    "Rosette témoigna, pour apaiser sa soif, le désir de boire aussi de cette eau, et me pria de lui en apporter quelques gouttes, n’osant pas, disait-elle, se pencher autant qu’il le fallait pour y atteindre. Je plongeai mes deux mains aussi exactement jointes que possible dans la claire fontaine, ensuite je les haussai comme une coupe jusqu’aux lèvres de Rosette, et je les tins ainsi jusqu’à ce qu’elle eût tari l’eau qu’elles renfermaient, ce qui ne fut pas long, car il y en avait fort peu, et ce peu dégouttait à travers mes doigts, si serrés que je les tinsse." (Théophile Gauthier, "Mademoiselle de Maupin", (...)

Mot d’eau

  • « Le fleuve me hantait »

    "La proximité de sa grandeur réveillait en moi une antique terreur des eaux qui, en présence des rivières et des fleuves, même vus du rivage, me tourmente l’âme. La fluidité des eaux fluviales, lentes ou rapides, me trouble, où je décèle un monde à demi visible de formes fugitives qui tentent et parfois fascinent l’âme inattentive. Ce sont des êtres sinueux et insinuants que les fleuves et les rivières, même farouches." (Henri Bosco, "Malicroix", 1948)


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