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2005.

La gargoulette espagnole, une manière bien particulière de boire

Parmi les récipients d’Espagne, une place particulière revient à la (...)

Parmi les récipients d’Espagne, une place particulière revient à la cruche de terre cuite botijo dite gargoulette. Elle n’a pas cessé d’être utilisée jusqu’à nos jours. Pour José Juan Ojeda Quintana, spécialiste en économie de l’eau et collectionneur de récipients à eau, elle symbolise même l’Espagne avec sa forme caractéristique et la manière de boire qu’elle implique.

(…) Le geste se pratique comme un véritable rite. D’abord il faut soulever la gargoulette, en la tenant sûrement d’une main par son anse et en prenant plaisir à mettre l’autre main sur sa panse fraîche. En levant la cruche, le buveur lève en même temps son visage et l’éloigne du bec pour regarder le ciel. Car à moins d’être très adroit, il est plus prudent de regarder le filet d’eau. L’eau gicle directement dans la bouche du buveur qui, s’il est exercé, boit d’un trait continu et sans en perdre une seule goutte. Le jet d’eau est direct et on entend le bruit de l’eau qui dévale dans la gorge. C’est ce que l’Espagne appelle « beber a cañete » ou « boire à la régalade ». Ensuite il baisse la tête et la cruche de concert, et il passe le dos de sa main sur la bouche, moins pour la sécher que pour conclure le rite, comme le torero clôt une passe. Le buveur a étanché sa soif d’un seul coup, sans avoir eu besoin d’un récipient intermédiaire. La gargoulette est posée au sol, à hauteur d’homme. Auparavant, au moment d’aller chercher l’eau, elle a voyagé sur sa tête et dominait le personnage. Comme un coq qui lève le bec pour chanter, l’homme bascule la tête en arrière pour boire, pour prier et pour voir venir l’eau du ciel.

Sans nul doute, la gargoulette est à ce titre une référence et un objet emblématique de l’Espagne. Il n’est pas étonnant qu’on lui dédie des fêtes populaires dans différentes régions. Une ligne ferroviaire menant à Cadiz s’appelle même le train des gargoulettes. L’histoire veut que les habitants des localités alentour trouvaient l’eau de la ville exécrable et préféraient emmener la leur dans les fameux botijos. Cet objet est même devenu un monument à Dueñas, dans la province de Valladolid, et les supporters d’une équipe de football, comme ceux de Malaga, aiment à le brandir.

La gargoulette a une forme et des attributs humains sexués. La bouche, par laquelle on la remplit, et le bec, le piton, par laquelle elle se vide. Elle a une anse comme un bras permettant de la tenir fermement et un ventre pour contenir l’eau. L’eau y est toujours plus fraîche qu’à l’extérieur. Passant par les pores de l’argile non vernissée, l’eau humidifie la surface extérieure du pot. Pour s’évaporer, elle utilise de l’énergie, évacue ainsi la chaleur et rafraîchit l’intérieur du vase. On dit que la gargoulette transpire (…) »

José Juan Ojeda Quintana,
ingénieur, spécialiste en économie de l’eau, et collectionneur de récipients à eau

Extrait de « la gargoulette espagnole, une manière bien particulière de boire », dans « l’eau à la bouche »,
Fondation Alimentarium, Vevey, 2005, pp.250-256.




Infos complémentaires


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Photos : RAM, Revista del Aficionado a la Meteorología

Mots-clés

Glossaire

  • Eau potable

    La législation suisse sur les denrées alimentaires définit l’eau potable comme une "eau naturelle ou traitée qui convient à la consommation, à la cuisson d’aliments, à la préparation de mets et au nettoyage d’objets entrant en contact avec les denrées alimentaires". Cette eau doit être "salubre sur les plans microbiologique, chimique et physique". La loi définit de manière précise les exigences de qualité auxquelles elle doit satisfaire en tout temps et les concentrations maximales admissibles de diverses substances.

Mot d’eau

  • Eaux de source

    "Rosette témoigna, pour apaiser sa soif, le désir de boire aussi de cette eau, et me pria de lui en apporter quelques gouttes, n’osant pas, disait-elle, se pencher autant qu’il le fallait pour y atteindre. Je plongeai mes deux mains aussi exactement jointes que possible dans la claire fontaine, ensuite je les haussai comme une coupe jusqu’aux lèvres de Rosette, et je les tins ainsi jusqu’à ce qu’elle eût tari l’eau qu’elles renfermaient, ce qui ne fut pas long, car il y en avait fort peu, et ce peu dégouttait à travers mes doigts, si serrés que je les tinsse." (Théophile Gauthier, "Mademoiselle de Maupin", (...)

Mot d’eau

  • « Le fleuve me hantait »

    "La proximité de sa grandeur réveillait en moi une antique terreur des eaux qui, en présence des rivières et des fleuves, même vus du rivage, me tourmente l’âme. La fluidité des eaux fluviales, lentes ou rapides, me trouble, où je décèle un monde à demi visible de formes fugitives qui tentent et parfois fascinent l’âme inattentive. Ce sont des êtres sinueux et insinuants que les fleuves et les rivières, même farouches." (Henri Bosco, "Malicroix", 1948)


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