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27 octobre 2018.

La Rivière au fil de l’eau et du temps

Ou la renaissance du Boiron de Morges (livre)

"La rivière a mille visages. La rivière a mille noms (…) Chaque rivière est unique. Chaque rivière est singulière." Celle que Jean-François Rubin et Laureline Pop nous font découvrir a pour nom Le Boiron de Morges. Elle n’a apparemment rien de grandiose - une petite quinzaine de kilomètres sur la Côte vaudoise avant de se jeter dans le Léman – mais elle a de précieux atouts naturels et s’écoule à l’écart des perturbations urbaines. Cela jadis n’a pas empêché ses riverains de la corseter. Et peu à peu les poissons et autres vivants aquatiques n’y ont plus trouvé leur compte. Y avait-il autre chose à faire que "s’asseoir sur un caillou au bord du cours d’eau en pleurant" ? Bien sûr, répond l’équipe de biologistes, archéologues, naturalistes et photographes auteurs de 264 pages qui racontent l’histoire d’un patrimoine naturel et d’une renaissance pleine de promesses.

Au départ, donc, un groupe d’amis qui il y a une bonne vingtaine d’années souhaitait améliorer les conditions écologiques d’une rivière pour y favoriser le retour de la truite, qui crée pour cela une association et lance le projet d’une Maison de la Rivière. Mais qui met aussi au cœur de sa démarche l’absolue nécessité de rapprocher sciences naturelles et sciences humaines : "c’est seulement lorsqu’on l’aura compris que l’on pourra réellement assurer de manière durable la conservation de notre environnement".

Le livre nous fait d’abord remonter le temps et découvrir, par le biais de quelques vestiges archéologiques évocateurs (fossiles, blocs erratiques, palafittes, etc.), comment le paysage lémanique a connu successivement - non sans d’incroyables contrastes qui s’égrènent en millions d’années - un climat subtropical chaud et humide, une longue période hivernale hyperglaciale, un réchauffement qui favorise le développement de steppes puis l’installation de l’homme sur les rives lacustres, jusqu’aux ambiances plutôt méditerranéennes d’aujourd’hui.

Au milieu du 20e siècle, la Suisse en quête de nouvelles terres agricoles - sécurité alimentaire oblige - draine ses marais et endigue ses cours d’eau. Les poissons s’en vont et, quelques décennies plus tard, une évidence s’impose : si l’on veut redonner sa dynamique à la rivière, il faut la "décanaliser". Pour l’Association Truite-Léman en quête de rivière-pilote, Le Boiron se prête bien à l’exercice. Les priorités sont fixées : éliminer les obstacles à la migration du poisson, améliorer la qualité de l’eau par la lutte anti-pollution, diversifier les habitats de la faune et de la flore, créer un sentier didactique.

Le Boiron aujourd’hui, c’est un espace dédié à la biodiversité et à l’éloge de la différence, une arche de Noé où toutes sortes d’êtres vivants se côtoient au bord de l’eau, et qu’il faut continuer à observer, protéger, encourager. La Maison de la Rivière n’est ni un aboutissement, ni un commencement, disent celles et ceux qui l’animent : "c’est juste une pierre de plus dans cet édifice immémorial qu’est la Nature et dans cette quête indéfectible visant à en sauvegarder les beautés tout en étant conscient de son incroyable fragilité".

Bernard Weissbrodt


Jean-François Rubin et Laureline Pop
La Rivière au fil de l’eau et du temps
Avec les contributions d’Aurélie Rubin, Christian Genton et Olivier Jean-Petit Matile
Éditions Rossolis, Bussigny, 2018, 264 pages.



Mots-clés

Mot d’eau

  • L’eau de Lao-Tseu

    Parmi toutes les choses du monde, il n’en est point de plus molle et de plus faible que l’eau, et cependant, pour briser ce qui est dur et fort, rien ne peut l’emporter sur elle. Pour cela rien ne peut remplacer l’eau. Ce qui est faible triomphe de ce qui est fort ; ce qui est mou triomphe de ce qui est dur. Dans le monde il n’y a personne qui ne connaisse [cette vérité], mais personne ne peut la mettre en pratique. (Lao-Tseu, "Tao Te King", LXXVIII.)

Glossaire

  • Source « améliorée »

    Cette notion est utilisée par l’OMS pour désigner une installation d’approvisionnement en eau qui, de par la nature de sa construction, protège l’eau de façon satisfaisante de toute contamination extérieure, en particulier des matières fécales. Les sources améliorées incluent : l’eau courante sous canalisation alimentant le domicile, les forages ou puits tubulaires, les puits creusés protégés, les sources protégées et les citernes d’eau de pluie. L’eau en bouteille ne figure pas dans cette liste car la quantité d’eau ainsi fournie est limitée.


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