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14 octobre 2009.

L’héritage indésirable des glaciers : les polluants de jadis réapparaissent

Les glaciers, lorsqu’ils fondent, libèrent des substances chimiques (...)

Les glaciers, lorsqu’ils fondent, libèrent des substances chimiques indésirables qui avaient été retenues pendant des décennies dans la glace ‘éternelle’. Des chercheurs qui ont analysé les couches de sédiments du lac Oberaarsee dans les Alpes bernoises ont pu ainsi reconstituer le dépôt de substances organiques difficilement dégradables des 60 dernières années. Les glaciers qui se rétractent représentent dès lors une source secondaire de substances interdites depuis longtemps et qui ne sont plus produites industriellement.

En hiver 2006, des spécialistes de l’Institut de recherche de l’eau des Écoles polytechniques fédérales (Eawag) ont entrepris des recherches dans l’Oberaarsee, un lac artificiel de l’Oberland bernois à 2300 m d’altitude et en ont extrait des carottes d’environ un mètre de long sur six de diamètre. Ces sédiments ont ensuite été analysés au Laboratoire fédéral d’essai des matériaux et de recherche (Empa). Les résultats de leurs travaux sont décrits dans l’édition de septembre 2009 de la publication « Environmental Science and Technology ».

Quand les glaciers se rétractent en raison du réchauffement climatique, des objets affleurent alors qu’ils étaient enfouis dans des masses de glace pendant des décennies, voire pendant des siècles. On voit réapparaître des substances chimiques interdites depuis des années, notamment les POPs, polluants organiques persistants, difficilement dégradables dans l’environnement. C’est le cas de dioxines et de produits chimiques utilisés comme plastifiants dans certains matériaux ou comme pesticides. Nombre de ces POPs, qui sont cancérigènes et perturbent le système endocrinien, peuvent être transportés dans l’atmosphère sur de longues distances.

Quand les glaciers fondent, les produits chimiques qui s’étaient déposés sur eux et qu’ils avaient pour ainsi dire emmagasinés, s’écoulent alors avec l’eau de fonte dans le lac le plus proche. Ils s’y déposent au fond avec d’autres matériaux en suspension et s’accumulent dans les sédiments.

Les couches de sédiments de la carotte prélevée par les chercheurs se laissent lire (voir ci-contre) comme les ‘cernes’ des arbres, strate par strate, jusqu’en 1953, année de la construction du barrage de l’Oberaarsee. Les analyses confirment que dans les années 1960 à 1970 des POPs ont été produits en grandes quantités et ont été déposés dans ce lac. La pollution s’est réduite quand au début des années 1970 beaucoup de ces substances problématiques ont été interdites.

Mais la surprise a été de constater une nouvelle hausse des POPs dans les couches de sédiments à partir des années 1990. On peut en chercher l’explication dans le fait que ce lac est principalement alimenté par le glacier de l’Oberaar qui s’est considérablement rétracté (de 1,6 km depuis 1930, de 120 mètres au cours des dix dernières années) et qu’il a pu dans ces conditions libérer des quantités relativement importantes de substances toxiques emmagasinées.

La recherche sur ces POPs dans les glaciers est loin d’être achevée. Des constats similaires sont faits dans d’autres lacs alpins et bien des questions en suspens continuent d’intéresser glaciologues, sédimentologues et chimistes. Une demande de projet a été déposée auprès du Fonds national suisse de la recherche scientifique pour élucider le chemin des polluants dans la glace ‘éternelle’. (Source : Empa)

- Lire aussi : Substances persistantes organiques dans les sédiments de lacs glaciaires, sur le site de l’EMPA




Infos complémentaires

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Oberaarsee
(photo © Roland Zihlmann -
Fotolia.com)

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Le prélèvement d’échantillons de sédiments ne peut se faire que lorsque le lac est gelé
(photo © Empa)

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La carotte de sédiments de l’Oberaarsee permet des analyses sur plus d’un demi-siècle (photo © Empa)

Mots-clés

Mot d’eau

  • Contempler l’eau

    “Je ne connais pas d’occupation plus totale de soi que de contempler l’eau, surtout l’eau mi-morte. À la fois plaisir et souffrance, divertissement de chaque minute et ennui compact des heures, plénitude et vide ; on vit avec une profonde et sourde intensité en même temps qu’on se détache et s’oublie, on se pétrit et on se délite dans une contradiction dont on ne cherche pas la clé, et il y en a certainement une, mais inutile. À quoi bon comprendre ?” (Alexandre Arnoux, “Rhône, mon fleuve”, 1967)

Glossaire

  • Porosité, perméabilité

    Les deux mots ne doivent pas être confondus car une roche poreuse (un grès par exemple) peut être perméable ou imperméable. On parle de la porosité d’un milieu, d’un sol ou d’une roche lorsqu’ils comportent des pores, c’est-à-dire des vides et des interstices de petite taille parfois microscopique. Le calcul de la porosité permet d’évaluer la capacité de stockage d’un milieu. On parle de perméabilité d’un milieu lorsqu’il est apte non seulement à se laisser pénétrer par un fluide, mais également à être complètement traversé par lui.


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