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1er septembre 2009.

L’eau, vue du côté des moulins

EDITO SEPTEMBRE 2009 Tout ou presque fascine dans le moulin. Son (...)

EDITO SEPTEMBRE 2009

Tout ou presque fascine dans le moulin. Son décor tout d’abord, très souvent à l’écart des autres habitats, dans une nature quelque peu sauvage, dans un cadre végétal encaissé, ombragé, humide. Vieille bâtisse sans charmes ni prétentions, abritant son lot de mystères et de sortilèges. Et dont on s’attend à chaque instant de voir sortir un personnage ébouriffé, rescapé d’époques révolues.

Le bief ensuite dont la prise est parfois très éloignée du moulin et la grande roue mythique qui va de pair, mariage improbable du linéaire et du cyclique, du temps qui fuit et du temps qui revient, de l’histoire opiniâtre des hommes et des rythmes infinis de la nature. Harnachée de mousses verdâtres, tantôt laissée à l’abandon le plus total, tantôt grinçante, telle une carcasse pleine d’arthrose après avoir survécu à quantité d’autres malheurs, c’est tout ce qui reste d’une installation qui a connu ses heures de gloire.

Enfin, dans le ventre du moulin, les lourdes meules de pierre, gisantes ou dormantes (celles du bas, immobiles), courantes ou tournantes (celles du dessus), témoins ancestraux d’un savoir-faire qui remonte à la nuit des temps. À les contempler, je revois le geste rituel de femmes africaines agenouillées devant leurs pierres à moudre. Ce travail pénible n’a rien d’anodin, il s’inscrit dans un univers symbolique où la grosse pierre évoque la terre mère à qui l’on doit respect (malheur à celui qui s’assiérait dessus !) tandis que la plus petite, celle qui écrase les grains de sorgho, renvoie aux qualités paternelles. En d’autres mots, l’acte de moudre serait un authentique geste de création. Voire même l’un de ses archétypes.

Historiquement parlant, le moulin à eau a pris son essor en Occident lorsque l’esclavage y a été aboli. À y regarder de plus près, ce ne serait donc pas la machine, pas plus que le travail, qui rend à l’homme sa liberté. Mais l’inverse : c’est la reconnaissance de sa dignité qui lui donne l’énergie dont il a véritablement besoin pour se réaliser, progresser et résoudre les crises qui le minent.

Justement, l’eau, vue du côté des moulins, c’est la vie qui met son dynamisme et sa créativité au service des hommes et de la société. Non comme une vague trop puissante qui risque de tout fracasser. Mais comme une force tranquille et inlassable, permanente et régulière. Si l’on provoque des changements trop brusques du débit d’eau dans les conduites, on risque ce que les hydrauliciens appellent des coups de bélier, si violents qu’ils peuvent causer de gros dégâts. Meunier, tu dors, ton moulin va trop fort…

Le premier souci de tout meunier qui se respecte, avant même d’accomplir ce qu’on attend de lui, moudre du grain ou des fruits, c’est donc de gérer son eau, d’en régler au plus juste la prise et le trop-plein pour garantir un débit constant et faire tourner sa roue sans à-coup, mais non sans rythme. Car le risque, dans cette vie-là, et contrairement à ce qu’on pense, n’est pas tant de tomber dans le ronron et la monotonie que de perdre toute patience. Là où il y a du grain à moudre, on attend persévérance et obstination.

Bernard Weissbrodt


- Cet éditorial est à mettre en relation avec les Journées européennes du patrimoine qui, du moins en Suisse (12-13 septembre 2009), ont pour thème : « Au fil de l’eau ». (Lire la présentation de ces Journées). Ainsi qu’avec l’exposition temporaire du Musée d’histoire des sciences de Genève : « Genève à la force de l’eau - Une histoire de l’exploitation hydraulique »




Infos complémentaires

St-Luc, Val d’Anniviers
Valais (Suisse)

Forges de Vallorbe
Vaud (Suisse)

Péron
Ain (France)

(photos aqueduc.info)

Mots-clés

Glossaire

  • Eau potable

    La législation suisse sur les denrées alimentaires définit l’eau potable comme une "eau naturelle ou traitée qui convient à la consommation, à la cuisson d’aliments, à la préparation de mets et au nettoyage d’objets entrant en contact avec les denrées alimentaires". Cette eau doit être "salubre sur les plans microbiologique, chimique et physique". La loi définit de manière précise les exigences de qualité auxquelles elle doit satisfaire en tout temps et les concentrations maximales admissibles de diverses substances.

Mot d’eau

  • Eaux de source

    "Rosette témoigna, pour apaiser sa soif, le désir de boire aussi de cette eau, et me pria de lui en apporter quelques gouttes, n’osant pas, disait-elle, se pencher autant qu’il le fallait pour y atteindre. Je plongeai mes deux mains aussi exactement jointes que possible dans la claire fontaine, ensuite je les haussai comme une coupe jusqu’aux lèvres de Rosette, et je les tins ainsi jusqu’à ce qu’elle eût tari l’eau qu’elles renfermaient, ce qui ne fut pas long, car il y en avait fort peu, et ce peu dégouttait à travers mes doigts, si serrés que je les tinsse." (Théophile Gauthier, "Mademoiselle de Maupin", (...)

Mot d’eau

  • « Le fleuve me hantait »

    "La proximité de sa grandeur réveillait en moi une antique terreur des eaux qui, en présence des rivières et des fleuves, même vus du rivage, me tourmente l’âme. La fluidité des eaux fluviales, lentes ou rapides, me trouble, où je décèle un monde à demi visible de formes fugitives qui tentent et parfois fascinent l’âme inattentive. Ce sont des êtres sinueux et insinuants que les fleuves et les rivières, même farouches." (Henri Bosco, "Malicroix", 1948)


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