AccueilInfosAnnées précédentesAnnée 2013

5 avril 2013.

L’eau, un bien de plus en plus stratégique pour l’Afrique

D’ici à 2030, l’Afrique va connaître une forte croissance de la (...)

D’ici à 2030, l’Afrique va connaître une forte croissance de la demande en eau pour la production alimentaire alors même que la disponibilité de ses ressources hydriques sera soumise à des variations de plus en plus marquées en raison notamment des changements climatiques, ce qui – entre autres conséquences – accentuera encore davantage la concurrence entre les usages de l’eau. Ces perspectives peu optimistes font l’objet d’une note publiée par le Centre français d’analyse stratégique.

En France, le Centre d’analyse stratégique (CAS) a pour tâche principale d’assister le gouvernement dans la définition et la mise en œuvre de ses différentes orientations en matière économique, sociale, environnementale ou technologique. À ce titre il édite régulièrement des documents de travail et vient de publier coup sur coup quatre notes d’analyse, trois sur les enjeux de l’eau en France et une quatrième sur "Le défi alimentaire de l’Afrique à l’aune de ses ressources en eau".

En 2030, l’Afrique, dont la population a quadruplé entre 1950 et 2010, devrait encore augmenter de moitié pour atteindre le milliard et demi d’habitants et représenter alors près de 20 % de la population mondiale. Cette croissance se traduira par une importante augmentation des besoins alimentaires qui sont eux-mêmes en train d’évoluer vers des régimes plus caloriques et plus riches en protéines animales.

En même temps, constatent les rédacteurs de cette analyse, le changement climatique provoquera une plus grande variabilité des disponibilités en eau et aura donc un impact non négligeable sur les rendements agricoles : "Dans ce contexte, si les tendances actuelles se poursuivent, le continent africain ne pourra pas nourrir l’ensemble de sa population sans recourir aux importations".

Différents scénarios

Il y a plusieurs façons d’augmenter une production agricole, soit en agrandissant les périmètres des terres cultivées, soit en intensifiant les cultures (grâce par exemple à une plus grande fréquence des récoltes), soit encore en poussant les rendements (en augmentant par exemple la part des cultures irriguées). De là, les scénarios varient toutefois selon que l’on se trouve dans le nord du continent ou au sud du Sahara.

En Afrique du Nord, il semble peu réaliste de compter sur une forte expansion des surfaces irriguées, car l’irrigation y est déjà fortement développée et le potentiel de ressources hydriques mobilisables assez faible. La possibilité d’augmenter la fréquence des récoltes paraît également limitée. "Par conséquent, l’autosuffisance alimentaire pourra difficilement être atteinte et il est vraisemblable que cette région dépende fortement, à l’avenir, des échanges commerciaux de produits agricoles."

L’Afrique subsaharienne, par contre, offre un potentiel d’expansion des terres agricoles assez considérable et sa production vivrière traditionnelle repose essentiellement sur des cultures pluviales et de bas-fonds. Du coup, les scénarios tablent sur une probable augmentation des surfaces cultivées ainsi que sur une meilleure exploitation des aquifères. Mais ce relatif optimisme doit être tempéré car une partie des terres arables est menacée d’accaparement international pour des productions d’exportation sans oublier la pression démographique et les obstacles économiques. Ce qui fait dire aux experts que la capacité de l’Afrique à nourrir sa population dépendra surtout des politiques agricoles, énergétiques et foncières de ses gouvernements.

On dit généralement que la disponibilité de l’eau devient un facteur critique lorsque plus de 40 % des ressources renouvelables sont utilisées pour l’irrigation. Cela est largement le cas en Afrique du Nord et au Moyen-Orient (68 % aujourd’hui, 62 % en 2050 selon la FAO). En Afrique subsaharienne, cette disponibilité présente de grandes disparités à l’échelle locale et entre les différents usages. Les risques de tension sont réels quand on voit par exemple que plus des ¾ de la population utilisent des ressources souterraines comme principale source d’approvisionnement en eau potable. La disponibilité des ressources en eau pour la production alimentaire est également sous la menace croissante des cultures d’agrocarburants qui, dit-on, pourraient occuper entre 40 et 65 millions d’hectares à l’horizon 2050.

Des réponses possibles

Cette note du CAS met en évidence quelques-unes des solutions déjà pratiquées ici et là en terres africaines, entre autres :
- le développement de systèmes mixtes d’exploitation agricole conciliant cultures intensives agro-industrielles et cultures vivrières de type familial
- la recherche de techniques permettant d’améliorer l’efficience de l’irrigation pour pallier le problème de la surconsommation d’eau (l’irrigation gravitaire est peu consommatrice d’énergie mais également peu économe en eau)
- le développement de l’agriculture de conservation et de l’agroécologie (labour biologique plutôt que mécanique, couverture végétale du sol en permanence, diversification des espèces cultivées)
- la vulgarisation des pratiques agricoles destinées à réduire la vulnérabilité du secteur au risque hydroclimatique, notamment en matière de prévision météorologique saisonnière
(Source : CAS).


- Cette note d’analyse est disponible sur le site du Centre français d’analyse stratégique




Infos complémentaires

JPEG - 6.6 ko

Arrosage de plants de canne à sucre au Malawi
i©iStockphoto.com/Vanni


"À surfaces cultivées égales, le changement climatique devrait conduire à une baisse globale de la production agricole et à une hausse des besoins en eau"

D’une part, la hausse des températures et l’augmentation de l’évapotranspiration ainsi que l’évolution de la pluviométrie pourront avoir des effets sur les besoins en eau des cultures, en particulier pluviales. Elles conduiraient, en zone méditerranéenne, à une baisse importante de la teneur en eau moyenne du sol, ce qui veut dire qu’il faudra plus d’eau pour l’irrigation, si la production agricole doit être maintenue à son niveau actuel.

D’autre part, le changement climatique devrait aller de pair avec des hausses de la teneur en CO2 atmosphérique. Celles-ci, conjuguées aux changements de température et de précipitations, peuvent accroître la photosynthèse et donc la production de biomasse des plantes, modifiant ainsi le rendement des cultures à la hausse ou à la baisse, et ce de manière très variable en fonction des régions et des espèces cultivées.

Par ailleurs, le changement climatique aura des impacts connexes sur les agro-écosystèmes, dont les principaux seront, selon la FAO, une diminution de la fertilité des sols, une baisse de la production animale due à la hausse des températures (directement ou du fait de la baisse de disponibilité du fourrage), un bouleversement des zones de distribution des ravageurs, une augmentation des vecteurs de maladies et des impacts négatifs sur la santé humaine. Enfin, la production agricole africaine devra se préparer aux conséquences d’événements climatiques extrêmes plus fréquents.

(Extrait de la note d’analyse du CAS : "Le défi alimentaire de l’Afrique à l’aune de ses ressources en eau", p.5)

Mots-clés

Mot d’eau

  • Entre la ressource et la source, comment dire l’eau avec justesse ?

    " Entre l’expérimentation du chimiste qui dit clairement la composition de l’eau mais en oublie l’usage, et l’expérience des usagers qui en vivent les troubles, les dangers et les surprises, y a-t-il une place pour une épreuve de soi et du monde qui dise l’eau au lieu de ne faire qu’en parler ? " (Jean-Philippe Pierron, "La Poétique de l’eau")

Glossaire

  • Pompage-turbinage

    C’est un type de centrale hydroélectrique qui permet de stocker de l’énergie électrique potentielle par le biais de deux bassins d’accumulation situés à des altitudes différentes. L’eau du réservoir supérieur, qui sert à produire de l’électricité par turbinage, se déverse dans le réservoir inférieur. Et lorsque la demande d’énergie électrique est faible, cette eau est pompée vers le bassin du haut pour y être stockée et plus tard turbinée à nouveau. Il est ainsi possible d’établir un équilibre entre l’offre et la demande sur le marché de l’électricité.


Contact Lettre d'information