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septembre 2003.

L’eau s’est-elle trompée d’année ? (commentaire)

C’est le genre de questions que certains ont pu se poser au vu des (...)

C’est le genre de questions que certains ont pu se poser au vu des relevés météo de l’été. Alors qu’à l’initiative des Nations Unies cette année était dédiée un peu partout à l’eau douce, celle-ci a fait les pieds de nez à l’Europe et autres territoires sous d’autres cieux sans nuages. Ce que l’on imaginait au départ comme une sorte de célébration a peu à peu tourné à l’interrogation. Commentaire.

Sécheresse et canicule sévissant de pair, on a vu se dessiner deux Suisse. Celle d’en-haut - les Alpes - où torrents et lacs ont été abondamment alimentés par les eaux de fonte des glaciers dont on a pu dire qu’ils avaient pris "la dégelée du siècle".

À l’inverse, la Suisse d’en-bas - Jura, Plateau, Préalpes - a vu ses cours d’eau perdre considérablement de leur volume et atteindre en même temps des degrés de réchauffement inhabituellement élevés.

On est certes soulagé de savoir que l’approvisionnement en eau potable des habitants de ce pays n’a pas été véritablement menacé. Une seule saison ne suffit d’ailleurs pas à créer une pénurie d’eau potable, dit-on à l’Office fédéral de l’environnement, satisfait de la manière avec laquelle les cantons ont maîtrisé la situation.

Satisfaits aussi - on s’en serait douté - les producteurs et importateurs d’eaux minérales ! Le bilan écologique s’annonce par contre fort différent.

Des eaux de surface de moins bonne qualité

Faute d’eau suffisante dans les rivières, les rejets des stations d’épuration se sont dilués beaucoup moins facilement, laissant le champ libre à des concentrations accrues de substances nocives.

A cela s’est ajoutée une forte augmentation de la température de l’eau et la baisse conséquente de sa capacité à dissoudre l’oxygène, provoquant ici et là des hécatombes de poissons, truites et ombres en particulier.

La forêt - on le voit bien ces jours-ci - a elle aussi énormément souffert de la canicule et du manque de pluies et s’en trouve fragilisée. De plus, les dégâts dus aux bostryches paraissent largement dépasser les prévisions.

Le bilan agricole n’est pas plus réjouissant. La sécheresse n’a épargné ni les cultures ni les pâtures. Des troupeaux entiers ont goûté à la paille qui d’habitude leur sert de litière ou ont été envoyés brouter en altitude. Bonjour la crise fourragère. Sans eau, pas d’herbe. Et sans herbe, pas de lait, pas de viande.

Le conflit énergie-écologie à nouveau d’actualité

Si les conséquences du manque d’eau sur l’environnement et sur la production agricole sont relativement aisées à comprendre, ce qui s’est passé du côté de la production d’électricité en a au contraire étonné plus d’un.

Pendant que les barrages suisses profitaient de l’abondance des eaux de fonte des glaciers et puisaient hardiment dans leur capital naturel, ailleurs en Europe les centrales nucléaires avouaient des faiblesses inattendues.

Déjà surchauffées par la canicule, elles ont manqué d’eau (fraîche) pour leurs tours de refroidissement. Et la polémique a surgi lorsque certaines de ces centrales ont commencé à rejeter des eaux dépassant les normes légales de température.

Une saison vite oubliée…

Les scientifiques ne se risquent pas pour autant à faire un lien direct entre cet été extrêmement sec et le réchauffement général de la Terre. Tout au plus le suspectent-ils sur la base de quelques indices. Mais une sécheresse ne suffit pas à prouver les changements climatiques de fond.

Par contre, personne ne remet en cause le fait que les gaz à effet de serre ont une large influence sur le climat et qu’il faut des décennies pour mesurer leur impact.

La question, aujourd’hui, est donc de savoir si l’on va se contenter de constater les dégâts et d’attendre ce que nous réservent les saisons à venir. Une fois passées les grandes chaleurs et même s’il n’est finalement tombé que peu de pluies, on a vite oublié la sécheresse.

Il existe pourtant un fameux principe de précaution qui postule que lorsqu’on soupçonne qu’une activité peut avoir des impacts négatifs sur l’homme et la nature, la prudence impose de prendre toutes les mesures préventives nécessaires et possibles pour limiter les risques.

…et une année pour rien

A voir sur quoi portent les grands débats de l’automne, l’été 2003 n’aura de toute évidence pas suffi à créer le choc psychologique de l’eau dans l’opinion publique comme dans la classe politique. Même les écologistes suisses hésitent à y faire allusion dans leur campagne électorale.

L’eau a certes bien choisi son année - et sa méthode ! - pour rappeler à tous et à chacun le soin que l’on doit prendre d’elle. Mais le message n’a pas vraiment passé. Et cette année internationale de l’eau douce n’aura pas servi à grand-chose sinon à ressortir de fort vieux clichés qui ne disent pas la réalité d’aujourd’hui.

Bernard Weissbrodt



Mots-clés

Glossaire

  • Eau potable

    La législation suisse sur les denrées alimentaires définit l’eau potable comme une "eau naturelle ou traitée qui convient à la consommation, à la cuisson d’aliments, à la préparation de mets et au nettoyage d’objets entrant en contact avec les denrées alimentaires". Cette eau doit être "salubre sur les plans microbiologique, chimique et physique". La loi définit de manière précise les exigences de qualité auxquelles elle doit satisfaire en tout temps et les concentrations maximales admissibles de diverses substances.

Mot d’eau

  • Eaux de source

    "Rosette témoigna, pour apaiser sa soif, le désir de boire aussi de cette eau, et me pria de lui en apporter quelques gouttes, n’osant pas, disait-elle, se pencher autant qu’il le fallait pour y atteindre. Je plongeai mes deux mains aussi exactement jointes que possible dans la claire fontaine, ensuite je les haussai comme une coupe jusqu’aux lèvres de Rosette, et je les tins ainsi jusqu’à ce qu’elle eût tari l’eau qu’elles renfermaient, ce qui ne fut pas long, car il y en avait fort peu, et ce peu dégouttait à travers mes doigts, si serrés que je les tinsse." (Théophile Gauthier, "Mademoiselle de Maupin", (...)

Mot d’eau

  • « Le fleuve me hantait »

    "La proximité de sa grandeur réveillait en moi une antique terreur des eaux qui, en présence des rivières et des fleuves, même vus du rivage, me tourmente l’âme. La fluidité des eaux fluviales, lentes ou rapides, me trouble, où je décèle un monde à demi visible de formes fugitives qui tentent et parfois fascinent l’âme inattentive. Ce sont des êtres sinueux et insinuants que les fleuves et les rivières, même farouches." (Henri Bosco, "Malicroix", 1948)


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