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30 juillet 2010.

L’eau potable, telle que la voient des collégiens béninois

Djougou. L’une des plus importantes communes du Bénin et un centre (...)

Djougou. L’une des plus importantes communes du Bénin et un centre urbain d’une bonne centaine de milliers d’habitants. De passage dans ce chef-lieu du département de la Donga, dans le nord-ouest du pays, Bernard Capo-Chichi y a pris quelques nouvelles de l’eau auprès d’un groupe de collégiens. Histoire de voir quelle perception ont de cette ressource les adolescents et jeunes élèves de la ville. Et de mesurer leur degré d’intérêt pour ce qui est tout de même un critère de leur qualité de vie.

Vingt-cinq des 31 collégiens interrogés se disent insatisfaits de la qualité de l’eau potable en ville de Djougou, illustrant ainsi le malaise et l’embarras largement répandus parmi la population. "L’eau des puits a le goût du sel de cuisine, tandis que l’eau du robinet est jaunâtre, dégage une forte odeur d’eau de Javel persistante et, une fois laissée au repos, laisse des dépôts au fond du récipient".

De plus, à Djougou, l’eau potable n’est de loin pas disponible toute l’année. L’eau du robinet reste un luxe que ne peut s’offrir qu’une poignée de gens riches. En période sèche, les puits et les forages tarissent. Reste le mini-barrage construit il y a une cinquantaine d’années pour précisément couvrir les besoins en eau en dehors de la saison des pluies. Hélas, il semble bien que cette retenue soit envasée. Le traitement classique de l’eau est devenu inefficace, le traitement moderne plus cher.

Entre vœux pieux et slogans

La plupart des élèves hésitent quand on leur demande de citer l’un des critères de potabilité de l’eau. Un seul s’en sort plus ou moins en affirmant, de manière un peu livresque, que "l’eau potable doit être inodore et incolore, sans saveur, et ne présenter aucun danger pour la santé".

Pourtant aucun n’ignore les conséquences sanitaires de la mauvaise qualité de l’eau : diarrhées, gastro-entérites, paludisme. Et surtout la fièvre typhoïde chez les enfants et les nourrissons notamment. Et chacun a bien identifié les menaces : déchets urbains, eaux pluviales non traitées, résidus de pesticides des champs de coton.

À qui donc s’adresser en cas de pénurie ou de mauvaise qualité de l’eau potable ? Presque tous les collégiens interrogés sont d’avis qu’il faut interpeller les autorités de la place, le maire de la commune et le responsable du service des eaux. Mais l’un d’eux avertit que ce genre de démarche ne produit aucun effet. Sa recommandation est on ne plus claire : " on ne s’adresse à personne, on prend son mal en patience et on attend le retour des pluies ". Autrement dit, la promesse d’eau potable pour tous à Djougou ne semble être qu’un vœu pieu, sinon un slogan. Conviction largement partagée et sans ambiguïté.

Revoici les sachets d’eau

Les fameux sachets d’eau, importés ou fabriqués sur place - abusivement appelés "pure water", trouvaille du secteur informel, épée de Damoclès sur la santé des populations - sont bien entendu massivement présents à Djougou, sur le marché comme dans les établissements scolaires.

Tous les élèves avouent en consommer volontiers : "je trouve cela très pratique, moins cher, et facile à se procurer", "j’en consomme, mais parfois, après avoir bu, je sens que cette eau n’est pas bonne ; c’est comme si elle contenait un gaz malodorant." Un seul affirme ne pas en boire : "je doute que cette eau soit saine".

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Retenue d’eau de Djougou : vieux de plus de 50 ans, l’ouvrage est rattrapé par l’urbanisation. Les Djougois ne font plus confiance à la qualité de ses eaux
(Photo B.Capo-Chichi)

Au bout de l’exercice, on ne manque pas d’arguments pour interpeller toutes les autorités à tous les niveaux. On ne dressera pas ici une liste exhaustive des précautions et autres mesures élémentaires à prendre : dans chaque pays, elles font partie intégrante des réglementations. Mais ici, au Bénin, le dossier du code de l’eau végète sur la table des parlementaires depuis 2007. Et Djougou comme toutes les communes du pays n’ont pas vraiment d’autre solution que d’exiger, ensemble, que le parlement ratifie ce code et que le gouvernement le mette en œuvre immédiatement. Il y va de l’intérêt bien compris des citoyens, et surtout de leur santé.

Bernard Capo-Chichi




Mots-clés

Glossaire

  • Eau potable

    La législation suisse sur les denrées alimentaires définit l’eau potable comme une "eau naturelle ou traitée qui convient à la consommation, à la cuisson d’aliments, à la préparation de mets et au nettoyage d’objets entrant en contact avec les denrées alimentaires". Cette eau doit être "salubre sur les plans microbiologique, chimique et physique". La loi définit de manière précise les exigences de qualité auxquelles elle doit satisfaire en tout temps et les concentrations maximales admissibles de diverses substances.

Mot d’eau

  • Eaux de source

    "Rosette témoigna, pour apaiser sa soif, le désir de boire aussi de cette eau, et me pria de lui en apporter quelques gouttes, n’osant pas, disait-elle, se pencher autant qu’il le fallait pour y atteindre. Je plongeai mes deux mains aussi exactement jointes que possible dans la claire fontaine, ensuite je les haussai comme une coupe jusqu’aux lèvres de Rosette, et je les tins ainsi jusqu’à ce qu’elle eût tari l’eau qu’elles renfermaient, ce qui ne fut pas long, car il y en avait fort peu, et ce peu dégouttait à travers mes doigts, si serrés que je les tinsse." (Théophile Gauthier, "Mademoiselle de Maupin", (...)

Mot d’eau

  • « Le fleuve me hantait »

    "La proximité de sa grandeur réveillait en moi une antique terreur des eaux qui, en présence des rivières et des fleuves, même vus du rivage, me tourmente l’âme. La fluidité des eaux fluviales, lentes ou rapides, me trouble, où je décèle un monde à demi visible de formes fugitives qui tentent et parfois fascinent l’âme inattentive. Ce sont des êtres sinueux et insinuants que les fleuves et les rivières, même farouches." (Henri Bosco, "Malicroix", 1948)


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