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13 janvier 2007.

L’eau n’appartient à personne. Donc…

EDITO JANVIER 2007 Les fans de Yann Arthus-Bertrand et de ses (...)

EDITO JANVIER 2007

Les fans de Yann Arthus-Bertrand et de ses relevés d’arpenteur de terres « vues du ciel » continuent de s’en mettre plein les yeux. Début janvier, le deuxième volet du long documentaire proposé par France 2 les invitait à prendre conscience que « Défendre l’eau, c’est défendre la vie… Mais il faut la sauver aujourd’hui si nous voulons qu’il en reste demain. »

Peut-être avez-vous eu la chance de revoir ou de découvrir ces extraordinaires et parfois spectaculaires clichés : Mer Morte qui continue de s’assécher, fabuleuses cascades brésiliennes du Minas Gerais, champs d’oignons des Dogons maliens en plein Sahel, pépinières verdoyantes du Néguev israélien, fontaines géantes de Las Vegas, réservoirs de fortune sur les toits d’Amman la jordanienne. De retour au ras du sol, ce sont alors les mots qui font choc. Les pires et les meilleurs.

Las Vegas, Nevada. La ville américaine qui consomme le plus d’eau – 1000 litres par jour et par personne – dans le territoire le plus sec des États-Unis. Jardins, parcs, piscines, tout y est démesuré : Sin City, la pécheresse, déborde littéralement d’« extravagances aquatiques ». L’approvisionner en eau quotidienne, bonne et suffisante, c’est l’affaire de Pat Mullroy, dont on réalise qu’elle est sans doute la femme la plus puissante du territoire. Elle met en tout cas toute son énergie à faire en sorte que rien – surtout pas un manque d’eau – ne vienne freiner l’expansion de la capitale du jeu : « mon rôle est d’apporter de l’eau, quelle que soit l’utilisation qu’on en fait ». Coûte que coûte.

La patronne de la Water Authority avoue tout de même quelques soucis. Car le Lac Mead, ce vaste réservoir artificiel dont le Nevada partage l’exploitation effrénée avec six autres États, s’épuise rapidement. Le fleuve Colorado n’arrive plus à compenser les pompages. Diantre ! Las Vegas, avec un aqueduc de 500 kilomètres, ira donc soutirer l’or bleu souterrain de l’Est de l’État, provoquant la colère et le désespoir d’agriculteurs et de cow-boys privés d’avenir. Don’t let Las Vegas destroy Nevada ! Mais Pat Mullroy n’a que faire de leur mauvaise humeur : « cette eau ne leur appartient pas ». Leur bonheur et leurs droits passent après ceux des investisseurs et des touristes.

Cette loi du plus fort pour l’accès à l’eau, le Proche-Orient la vit au jour le jour. Une très récente étude arabe conclut par exemple que l’État israélien contrôle aujourd’hui quelque 80% de l’eau des territoires palestiniens. Et si Yann Arthus-Bertrand a concentré son reportage sur cette région du monde, c’est parce que c’est là, à ses yeux, que se cristallisent toutes les inquiétudes du monde, mais aussi de possibles promesses.

Celui qui, du ciel, regarde l’eau de Jordanie, d’Israël et de Palestine, comprend qu’elle n’appartient à personne. Mais il en tire une autre conclusion qu’à Las Vegas. C’est le bien commun de tous, elle est à tout ce qui vit : « c’est l’eau qui va sans doute forcer les hommes, ici, à faire la paix pour assurer leur survie ».

Bernard Weissbrodt


* VU DU CIEL, « Défendre l’eau, c’est défendre la vie »
Documentaire de Yann Arthus-Bertrand
Réalisation : Pascal Plisson et Xavier Lefebvre
Production France Télévisions, 2006




Mots-clés

Glossaire

  • Débit résiduel

    Volume d’écoulement qui subsiste après un prélèvement dans un cours d’eau (par exemple pour des besoins d’irrigation ou de production d’énergie). Maintenir un minimum de débit et de profondeur d’eau en aval d’une installation est absolument indispensable pour préserver la qualité de l’eau, assurer la recharge des nappes souterraines, protéger la faune et la flore et offrir des possibilités de loisirs. En Suisse, le débit résiduel minimal à garantir dans les cours d’eau à débit permanents est défini par la législation fédérale.

Mot d’eau

  • « Le fleuve me hantait »

    "La proximité de sa grandeur réveillait en moi une antique terreur des eaux qui, en présence des rivières et des fleuves, même vus du rivage, me tourmente l’âme. La fluidité des eaux fluviales, lentes ou rapides, me trouble, où je décèle un monde à demi visible de formes fugitives qui tentent et parfois fascinent l’âme inattentive. Ce sont des êtres sinueux et insinuants que les fleuves et les rivières, même farouches." (Henri Bosco, "Malicroix", 1948)


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