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26 mars 2009.

L’eau facile, idée simpliste

EDITO AVRIL 2009 « Le temps de l’eau facile est révolu. » Qu’un (...)

EDITO AVRIL 2009

« Le temps de l’eau facile est révolu. » Qu’un magistrat, un fonctionnaire ou un économiste d’un pays nanti, ou alors un hydraulicien spécialiste de l’irrigation dans un pays en développement posent ce genre de diagnostic, on les comprendra sans peine. Non seulement la dilapidation de l’eau atteint parfois des proportions effarantes. Mais le gaspillage des biens, à commencer par la nourriture dont la production nécessite parfois des quantités d’eau insoupçonnées et les pollutions en tous genres des rivières et des nappes souterraines contribuent également au bradage des ressources hydriques. Tout cela a un énorme coût, là surtout où l’on connaît déjà la pénurie alors même que les demandes en eau ne cessent de croître.

Mais que le président d’un soi-disant Conseil mondial de l’eau, organisateur du Forum mondial de l’eau dont la cinquième édition vient de se tenir à Istanbul, censé par conséquent livrer un message dont tout habitant de la planète devrait pouvoir s’inspirer, que Loïc Fauchon donc, urbi et orbi, reprenne à son compte un tel slogan a quelque chose d’insultant pour le milliard de gens privés d’un accès à l’eau potable, pour les dizaines de milliers d’enfants qui chaque année succombent à des maladies provoquées par de l’eau insalubre, pour les millions de femmes et filles porteuses d’eau qui parcourent des kilomètres à pied pour procurer à leurs proches quelque chose d’absolument nécessaire à leur survie et dont chaque voyage est vécu comme une irrémédiable corvée. Que savent-elles, toutes ces familles, de l’eau facile ?

Ce ‘slogan’, quelle que soit la louable intention de son auteur d’inviter tout un chacun à s’interroger sur ses propres rapports avec cet élément naturel et vital, la presse occidentale l’aura avalé sans aucun discernement, tel un nouveau dogme économique indiscutable. Mais prêcher la croisade contre l’eau facile comme s’il s’agissait d’un péché originel et d’une tare dont toute l’humanité sans exception porterait la marque est aussi une façon de culpabiliser les petits consommateurs d’eau consciencieux, monsieur et madame tout-le-monde qui ferment le robinet quand ils se lavent les dents ou qui mettent une brique dans leur chasse d’eau pour en diminuer le volume, et qui depuis plusieurs années contribuent ici et là à ce que les niveaux de consommation hydrique baissent sensiblement. Alors que c’est ailleurs qu’il faut chercher les gros prédateurs d’eau en même temps que ses principaux pollueurs, dans l’industrie et surtout dans l’agriculture.

Les marchands d’eau qui veulent aujourd’hui moraliser ses usages et teintent leurs discours d’accents humanitaires oublient de dire qu’ils s’inspirent des même principes et méthodes que les grands lobbies de l’économie, lesquels, à coup de publicités et non sans profits, achalandent les supermarchés sans frontières. À commencer par le secteur agroalimentaire qui fait croire, par action ou par omission, que l’on peut sans dommages ni gaspillages produire n’importe quoi n’importe quand n’importe où, même là où le manque d’eau ou sa dégradation font d’ores et déjà visiblement problème. Auriez-vous entendu l’un de ces chantres de la mondialisation proclamer qu’il est aussi révolu le temps du ‘consommer facile’ ?

Bernard Weissbrodt




Mots-clés

Mot d’eau

  • Eurêka !

    Comment mieux exprimer l’ivresse dont la raison, heureuse, fait flotter dans l’eau et l’intuition, bienheureuse, léviter dans l’air ? Archimède sentit le mouvement et se leva de l’émotion de ces deux éléments, comme s’il entendait le murmure des ondes et la vibration du vent. Et j’entends eurêka comme ce triple écho et du corps et de l’air et de l’eau. (Michel Serres [décédé le 1er juin 2019], "Biogée", 2010)

Glossaire

  • Karst

    Ce mot, dérivé du nom d’un haut-plateau des Balkans, s’applique à un relief ou à un massif dont les roches calcaires ont été fortement érodées par l’eau, en surface (dolines, emposieux, lapiaz, etc.) et en profondeur (cavernes, grottes, gouffres, etc.), ce qui se traduit aussi au fil des infiltrations en sous-sol par des structures très complexes de circulation d’eau et de résurgences. Ces formes géologiques portent ici et là différents noms, telles les "causses" dans le Massif central français.



Anne Cailloux

L'eau facile

100% d'accord avec ce magistral coup de gueule ! Mais, sans doute, tous les lecteurs d'Aqueduc info sont-ils acquis à cette cause. Il faudrait publier l'article dans des journaux lus par beaucoup...



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