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27 novembre 2009.

“L’eau doit figurer à l’ordre du jour de Copenhague”

Les plus récents documents de Convention-cadre des Nations Unies (...)

Les plus récents documents de Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, y compris les textes préparatoires de la Conférence de Copenhague, ne font quasiment pas référence à l’eau douce. Depuis quelques semaines, plusieurs institutions et associations engagées dans les politiques de la protection et de la gestion des ressources en eau s’en inquiètent vivement et réclament que ce thème soit explicitement inscrit à l’ordre du jour des négociations.

En août dernier, la Semaine mondiale de l’eau de Stockholm avait déjà adopté une déclaration demandant que Copenhague prenne en compte toute l’importance de l’eau, de manière correcte et appropriée : “Un accord ferme et juste sur de futurs engagements globaux pour des mesures en faveur de la réduction des changements climatiques et de l’adaptation à ces changements est crucial quant à la disponibilité future des ressources en eau”.

Début novembre, à Barcelone, en marge des négociations préparatoires officielles de la Conférence de Copenhague, un vaste partenariat regroupé sous le label ‘Global Public Policy Network on Water Management’ (GPPN), organisait une Journée de l’eau qui se concluait elle aussi par une exhortation lancée aux gouvernements : “remettez l’eau dans le texte des négociations !”

L’eau est le premier vecteur des changements climatiques

Ces appels, apparemment peu entendus jusqu’ici, partent d’une certitude, pour ne pas dire d’une simple évidence, à savoir que c’est sur les ressources en eau, sur leur disponibilité et sur leur qualité, que les changements climatiques font d’abord visiblement ressentir leurs effets.

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Les changements climatiques freineront encore plus l’accès à l’eau
(© photo OMS/P.Virot)

Avec les conséquences que l’on sait (et que l’on redoute) sur les êtres humains, sur les sociétés comme sur l’environnement. Les scientifiques sont d’ailleurs parmi les premiers à dire que la question de l’eau n’est pas suffisamment prise en compte dans la formulation des politiques climatiques. Autrement dit : l’eau doit être considérée comme le passage obligé de toute évaluation des besoins d’adaptation aux changements climatiques.

Un autre argument pour l’inscription du thème de l’eau dans les négociations de Copenhague est que les impacts des changements climatiques sur l’eau vont freiner considérablement les efforts engagés dans la bataille contre la pauvreté et pour le développement humain en termes d’accès à l’eau et à l’assainissement, de sécurité alimentaire ou d’approvisionnement en énergie. Ces impacts risquent également d’accroître les exodes et les migrations, et donc aussi susciter de possibles conflits entre régions et pays. Aux gouvernements d’être cohérents dans leurs objectifs !

La Déclaration de Nairobi

Prenant acte de ces défis, le Ministère des Affaires Etrangères du Danemark a pris l’initiative, en collaboration avec des partenaires internationaux et nationaux, de convoquer un "Dialogue sur l’Adaptation aux Changements Climatiques pour la Gestion des Terres et de l’Eau". Avec, pour projet, d’énoncer un certain nombre de principes et de recommandations pour les actions à entreprendre dans ce domaine. Cette démarche a débouché, en avril 2009 à Nairobi, sur une Déclaration qui s’articule autour de cinq points-clés pour une gestion efficace et coordonnée des terres et de l’eau :

- L’adaptation pour une gestion efficace des terres et de l’eau face aux changements climatiques est un vrai défi de développement durable. Elle devrait donc être traitée comme une partie intégrante des programmes de développement et prise en considération au même titre que d’autres facteurs indicateurs de changement tels que la lutte contre la pauvreté, la faim, les maladies, la dégradation de l’environnement, etc.

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Gérer les terres et l’eau :
vrai défi de développement
© Gautier Willaume - Fotolia.com

- La capacité de s’organiser pour répondre aux changements climatiques et pour s’y adapter doit être mise en œuvre dès maintenant car leurs impacts se font déjà sentir. L’accent doit être mis sans tarder sur des approches intégrées de gestion des ressources en terres et en eau, sur des activités de développement participatif des bassins versants, sur des investissements ‘sans regrets’ pour une plus grande efficacité de l’utilisation et une meilleure capacité de stockage de l’eau, sur des programmes pour des moyens de subsistance durables, sur une intensification et une diversification de l’utilisation des sols pour l’agriculture, etc.

- Le renforcement des institutions pour la gestion des terres et de l’eau est quelque chose de crucial. Il doit prendre appui sur les principes de participation de la société civile, d’égalité des sexes, de subsidiarité et de décentralisation. Les moyens d’adaptation aux changements climatiques doivent nécessairement être intégrés dans les systèmes politiques, légaux et administratifs. Cela requiert le développement de compétences nouvelles et le transfert de technologies adaptées aux besoins spécifiques des pays.

- Les informations et les connaissances scientifiques et locales pour l’adaptation aux changements climatiques doivent être améliorées et considérées comme un bien public à partager à tous les niveaux. Cela implique la capacité de générer et d’utiliser des données et des informations spécifiques en temps réel, mais aussi un partage mutuel des meilleures pratiques ainsi que la sensibilisation et l’éducation au sein des collectivités.

- La viabilité économique et sociale des investissements pour l’adaptation aux changements climatiques doit être garantie. Les bonnes pratiques relatives à la gestion des terres et de l’eau qui procurent des avantages d’adaptation et/ou d’atténuation devraient avoir accès au financement, à travers une variété de mécanismes transparents. Il importe pour cela d’utiliser toute la gamme possible des options financières, y compris des mécanismes d’investissement et de financement innovants, des systèmes d’assurance, et une augmentation des sources de financement du secteur privé.

Voilà des principes - largement partagés entre autres par de nombreuses organisations actives dans la coopération au développement - dont on comprendrait mal qu’ils ne soient pas endossés également par les négociateurs de Copenhague. Faute de quoi les batailles pour l’accès à l’eau de centaines de millions de personnes qui en sont encore et toujours privées aujourd’hui pourraient ne plus figurer dans les priorités des gouvernements de la planète. (bw)




Infos complémentaires

L’eau doit être considérée
comme le passage obligé
de toute évaluation des besoins d’adaptation aux changements climatiques (image © Torian/Fotolia.com)


:: Verbatim

« Soyons clairs. Il n’y a pas de développement sans eau. Il n’y a pas de sécurité alimentaire sans eau. Il n’y a probablement pas non plus de sécurité énergétique sans eau. L’eau est le principal vecteur par lequel les changements climatiques influent sur les écosystèmes terrestres et donc aussi sur les moyens de subsistance des populations et sur leur bien-être. Ce serait une grossière erreur de ne pas davantage reconnaître la place de l’eau dans les stratégies et les plans d’adaptation à ces changements. »
(Pasquale Steduto, président, ONU-Eau)

***

« L’introduction de l’eau dans l’agenda des négociations post-Kyoto est nécessaire et urgente pour deux raisons. Le maintien de son exclusion signifiera, en premier lieu, qu’il faudra attendre au plus tôt 2018 avant de pouvoir songer, éventuellement, à discuter et à définir une politique mondiale publique de l’eau, l’agenda international public actuel demeurant fort axé sur les questions énergétiques et restera ‘monopolisé’ par les problèmes de l’application et de la révision du traité post-Kyoto. En deuxième lieu, il ne faut pas ‘rater le bus’. 2009 est destinée vraisemblablement à être une année charnière dans le cadre des efforts que la communauté internationale réalise pour fixer des nouvelles règles internationales et mondiales dans des domaines essentiels pour le devenir de l’humanité et le futur de la planète. »
(Extrait du ‘Mémorandum pour un Protocole Mondial sur l’Eau´, World Political Forum / IERPE)


:: Liens et documents de référence

- CONFÉRENCE DES NATIONS UNIES
SUR LE CHANGEMENT CLIMATIQUE
COPENHAGUE 2009

Site web du pays hôte, le Danemark)

- The Stockholm Message from World Water Week to the COP-15
sur le site du SIWI (Stockholm International Water Institute)

- Key Messages for the 15th Conference of Parties (COP-15)
sur le site du GPPN

- Déclaration de Nairobi sur l’adaptation aux changements climatiques pour la gestion des terres et de l’eau
sur le site www.landwaterdialogue.um.dk

- Mémorandum pour un Protocole Mondial sur l’Eau
sur le site de l’Institut Européen de Recherche sur la Politique de l’Eau (IERPE)

- Voir aussi les dossiers Eau et Climat des sites :


:: Copenhague, eau et climat
dossier aqueduc.info

- Éditorial : Copenhague, l’eau évaporée
- Eau et climat : scénarios pour bientôt
- Eau et climat : impacts en Suisse
- Eau et climat : un guide européen pour des stratégies d’adaptation

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Mot d’eau

  • Le Lac

    “Si près qu’ils approchent du lac, les hommes n’en deviennent pas pour ça grenouilles ou brochets. Ils bâtissent leurs villas tout autour, se mettent à l’eau constamment, deviennent nudistes… N’importe. L’eau traîtresse et irrespirable à l’homme, fidèle et nourrissante aux poissons, continue à traiter les hommes en hommes et les poissons en poissons. Et jusqu’à présent aucun sportif ne peut se vanter d’avoir été traité différemment”. (Henri Michaux, "La nuit remue", 1935)

Glossaire

  • Limnologie

    Père de la limnologie (du grec "limné", lac, étang), le savant suisse François-Alphonse Forel (1841-1912) parlait d’elle comme de "l’océanographie des lacs". Il la définissait comme la "science des eaux continentales, des eaux stagnantes réunies dans des bassins limités et profonds, qui ne sont ni des fleuves ou rivières, ni des marais ou étangs, ni des eaux souterraines". Aujourd’hui, cette discipline a pris le sens plus large d’étude de tous les aspects écosystémiques des lacs et des grands réservoirs naturels d’eau douce à ciel ouvert.


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