AccueilInfosDossiers2e Rapport mondial sur les ressources en eau

9 mars 2006.

L’eau, de la crise de gouvernance à la « responsabilité partagée »

L’édition 2006 du Rapport mondial des Nations Unies sur la mise en (...)

L’édition 2006 du Rapport mondial des Nations Unies sur la mise en valeur des ressources en eau (rédigé sous les auspices d’un Programme mondial créé il y a six ans pour aider les États à tenir leurs engagements face aux grands défis liés à l’eau et hébergé par l’UNESCO) a été présentée le 9 mars en conférence de presse à Mexico. Sa publication officielle interviendra le 22 mars, à l’occasion de la Journée mondiale de l’eau. En principe triennal et coïncidant avec la tenue du Forum mondial de l’eau, ce rapport fait désormais partie des documents de référence absolument incontournables dans le domaine de l’eau. Intitulé cette fois-ci « L’eau, une responsabilité partagée », il met le doigt sur ce qu’il appelle une « crise de gouvernance » dans la gestion des ressources mondiales en eau.

Plus d’un milliard de personnes n’ont toujours pas accès à des ressources suffisantes en eau potable et plus de deux milliards et demi à un service d’assainissement de base. Ces personnes font partie des plus pauvres au monde et plus de la moitié d’entre elles vivent en Chine ou en Inde. Il semble peu probable que l’ONU atteigne l’objectif qu’elle s’est fixé de réduire ces deux chiffres de moitié d’ici à 2015.

Et cela s’explique principalement, selon le Rapport sur la mise en valeur des ressources en eau, par « les mauvaises pratiques de gestion, la corruption, l’absence d’institutions appropriées, l’inertie bureaucratique et la faiblesse des investissements dans les domaines des ressources humaines et des infrastructures physiques ».

Le 20e siècle a vu la population mondiale tripler, mais la consommation en eau, elle, a été multipliée par six. La capacité de satisfaire la demande planétaire toujours croissante dépendra donc, selon le rapport, d’une bonne gouvernance et d’une bonne gestion des ressources disponibles.

« Il n’existe pas de recette type dans ce domaine complexe et variable, déclare Koïchiro Matsuura, Directeur général de l’UNESCO. Cependant, nous savons qu’une bonne gouvernance doit reposer sur des institutions adéquates, aux échelles nationale, régionale et locale, sur des cadres juridiques stables et efficaces, et sur des ressources humaines et financières suffisantes ». Cela suppose aussi le respect des libertés et l’information des citoyens sans quoi, dit encore le rapport, « ils n’ont quasiment aucune chance de pouvoir s’opposer à des aménagements hydrauliques qui nuisent à l’environnement ou de mettre les instances gouvernementales concernées devant leurs responsabilités ».

Des constats qui en disent long sur l’absence de volonté politique …

  • Le Plan de mise en oeuvre de Johannesburg, adopté par les États membres lors du Sommet mondial pour le développement durable (2002), invitait les gouvernements à élaborer des plans de gestion intégrée des ressources en eau et de valorisation de l’eau avant 2005. Le rapport indique qu’environ 12 % des pays seulement ont mené ce travail à terme.
  • Les crédits alloués à l’eau ne progressent pas. L’aide publique au développement totale consacrée au secteur de l’eau au cours de ces dernières années s’élève en moyenne à 3 milliards de dollars par an (plus un milliards et demi sous forme de prêts d’institutions financières internationales). Mais seul un faible pourcentage (12 %) de ces fonds parvient effectivement à ceux qui en ont le plus besoin.
  • Les investissements du secteur privé dans le domaine de l’approvisionnement en eau sont en recul. Au cours des années 1990, on estime que le secteur privé a investi 25 milliards de dollars dans les services d’approvisionnement en eau et d’assainissement dans les pays en développement, principalement en Amérique latine et en Asie. Cependant, beaucoup de grandes multinationales présentes dans le secteur de l’eau ont commencé à réduire leurs activités, voire à y renoncer, à cause des risques politiques et financiers importants auxquels elles étaient exposées.
  • Bien que l’on ne dispose pas de chiffres précis, on estime que la corruption coûte chaque année des millions de dollars au secteur de l’eau et qu’elle nuit fortement à l’approvisionnement en eau, en particulier à destination des plus pauvres. Le rapport cite les résultats d’une enquête menée en Inde selon laquelle 41 % des personnes interrogées avaient payé plus d’un pot de vin au cours des six mois précédents afin de falsifier leurs relevés de consommation en eau.

… et sur la dégradation des ressources en eau

  • La qualité de l’eau est de moins en moins bonne dans la plupart des régions. Les chiffres montrent que le nombre d’espèces d’eau douce est en recul et que les écosystèmes d’eau douce se détériorent rapidement, souvent plus vite que les écosystèmes terrestres et marins. Le rapport souligne que le cycle hydrologique, nécessaire à la vie, ne peut se dérouler que dans un environnement sain.
  • Les catastrophes naturelles sont de plus en plus nombreuses et la très grande majorité d’entre elles sont liées à l’eau. Elles sont la conséquence d’une mauvaise utilisation des sols. Exemple : le lac Tchad, en Afrique, a perdu près de 90 % de sa superficie depuis les années 1960, principalement à cause du surpâturage, de la déforestation et de grands projets d’irrigation non durables.
  • Deux personnes sur cinq vivent aujourd’hui dans des zones susceptibles d’être inondées, notamment du fait de l’élévation du niveau de la mer. Les pays les plus exposés sont le Bangladesh, la Chine, les États-Unis, l’Inde, le Pakistan, les Pays-Bas, les Philippines et les petits États insulaires en développement. Le rapport insiste sur le fait que les changements climatiques ne feront qu’aggraver cette situation.
  • La population mondiale aura besoin de 55 % de nourriture supplémentaire en 2030, ce qui se traduira par un recours plus important à l’irrigation, qui représente d’ores et déjà près de 70 % de la consommation d’eau douce.
  • La moitié ou presque de la population mondiale vit désormais dans des villes. Dans un quart de siècle, ce chiffre aura passé à deux tiers, ce qui entraînera une hausse vertigineuse de la demande en eau dans les zones urbaines. On estime que 2 milliards de personnes vivront dans des bidonvilles, là où l’on souffre le plus de l’insuffisance des approvisionnements en eau salubre et des installations d’assainissement.

(Source : Communiqué de l’UNESCO, 9 mars 2006)




Infos complémentaires

:: Deux leçons à retenir

De ce premier et rapide survol du 2e Rapport sur la mise en valeur des ressources en eau, on retiendra en tout cas une double affirmation :

1. Il y a assez d’eau pour tous : « Le problème auquel nous devons faire face aujourd’hui est principalement un problème de gouvernance : comment partager cette eau de façon équitable tout en assurant la pérennité des écosystèmes naturels. A ce jour, nous n’avons pas encore atteint cet équilibre. »

2. Les décisions relatives à la gestion des ressources en eau sont une priorité absolue : « Qui a le droit à l’eau et à ses avantages ? Qui prend les décisions concernant la distribution des ressources en eau, et détermine qui est approvisionné ? Et à partir d’où, quand et comment ? »

Voir le dossier aqueduc.info ("résumés de résumés") sur quelques-uns des thèmes du Rapport

:: Liens

Programme mondial pour les ressources en eau sur le site de l’UNESCO

Résumé officiel (52 pages) du Rapport, document pdf, 2’800 Ko, à télécharger sur le site de l’UNESCO

Mot d’eau

  • Eaux usées

    "Dans un monde où la demande en eau douce augmente sans cesse, et où les ressources en eau limitées subissent de plus en plus des contraintes du fait de la surexploitation, de la pollution et des changements climatiques, il est tout simplement impensable de négliger les opportunités qu’offre l’amélioration de la gestion des eaux usées." (Irina Bokova, Directrice générale de l’UNESCO, Rapport mondial sur la mise en valeur des ressources en eau 2017)


Contact Lettre d'information