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29 octobre 2009.

L’eau, à la mode des chefs

EDITO NOVEMBRE 2009 Quoi de commun entre le Vénézuélien Hugo (...)

EDITO NOVEMBRE 2009

Quoi de commun entre le Vénézuélien Hugo Chavez, le Californien Arnold Schwarzenegger et le Maldivien Mohamed Nasheed ? Très peu de choses, sans doute. Sinon que, selon des scénarios plus ou moins spectaculaires qui en disent plus sur leur personnage que sur leur pouvoir, ils viennent de montrer tous les trois que l’eau fait partie de leurs soucis.

“No estamos en tiempos de jacuzzi”, s’exclame le président vénézuélien en plein conseil ministériel. Hugo Chavez n’y va pas par quatre chemins pour annoncer des restrictions d’eau et d’électricité, compte tenu du bas niveau de remplissage des réservoirs de son pays. Fini le temps des jacuzzis. Et celui de chanter dans sa baignoire. Place à la ‘douche communiste’ en 3 minutes chrono : une pour s’asperger …pschitt… une deuxième pour se savonner, et la troisième pour se rincer …pschitt... Trois minutes et ça suffit, raconte-t-il à ses ministres qui ont le rire jaune : “trois minutes, j’ai compté et je n’empeste pas”. Un buzz de plus sur le net. Pas sûr cependant que le message ait passé.

Arnold Schwarzenegger recourt à d’autres arguments que la comédie, même si, ancien acteur, il connaît bien les ficelles du métier. L’affaire est bien trop grave. Il sait que la Californie dont il a la charge frôle la catastrophe dans la gestion de ses eaux. Il y a urgence. Mais voilà : les avis divergent parmi les politiques sur les remèdes à apporter à un système obsolète et sur la quantité de dollars qu’il faudrait y injecter pour le moderniser. Voyant que ça n’avance pas, notre gouverneur décide tout soudain de faire grève et de ne pas signer la pile de décrets en tous genres qui l’attendent sur son bureau. Le chantage réussira-t-il ? En tout cas, quelques heures plus tard, Arnold Schwarzenegger annonce que les négociations avaient progressé et qu’il pourra dès lors convoquer le Parlement pour une session spéciale sur l’eau. Affaire à suivre. (*)

Mohamed Nasheed, président des Maldives, tient au protocole. Ce jour-là, pourtant pas comme les autres, il s’est donc assis le premier à la table dressée pour son conseil des ministres. Rien d’extraordinaire jusque-là. Sauf que la scène se passe quelques mètres sous l’eau, dans l’Océan indien, et que pour la circonstance les membres du gouvernement sont tous équipés de combinaisons, masques et bouteilles à oxygène. Ce premier ‘Under water cabinet’ de l’histoire ne s’éternise pas. Juste le temps d’adopter une résolution réclamant une action mondiale pour une réduction des émissions de CO2. Commentaire officiel à la sortie des eaux : “si rien n’est fait contre le changement climatique, voilà ce que sera l’avenir des Maldives”. Il faut dire que cet archipel et les trois quarts de ses paysages idylliques ne dépassent guère le mètre d’altitude et que la montée des océans pour cause de réchauffement climatique pourrait un jour les rayer de la carte. Avis aux négociateurs de la prochaine conférence de Copenhague.

On dit souvent qu’en matière de gestion et de protection des ressources en eau, comme en bien d’autres domaines, ce ne sont pas les idées qui manquent, mais la volonté politique de les traduire en actes. Ces quelques faits sembleraient donc annoncer quelque changement dans la tête des chefs. Mais il n’y a pas de quoi pavoiser, on est encore et toujours dans le registre de la gesticulation théâtrale. Sans l’action, disait Roger Martin du Gard, l’intelligence reste stérile : “c’est la lumière qui brûle à côté du phare et se consume pour rien”.

Bernard Weissbrodt

(*) Le 4 novembre 2009, les parlementaires californiens ont finalement réussi à se mettre d’accord sur un vaste paquet de mesures. Mais les électeurs devront donner leur accord sur le mode de financement. > En savoir plus


Post-scriptum
Pendant ce temps, des producteurs de lait européens, dans leur grande colère, en déversaient des tonnes dans les caniveaux. Juste cause, message brouillé : le geste édulcore la revendication, mais peu de gens ont paru s’en soucier. Petit rappel. Il existe une norme qui détermine la capacité d'une station d'épuration en fonction de la quantité de pollution émise par personne et par jour (ce qu’on appelle l'équivalent-habitant) et une autre la quantité d’oxygène nécessaire pour traiter biologiquement les matières organiques (en jargon technique : la DBO, demande biochimique en oxygène). Dans notre cas, ces critères montrent qu’une tonne de lait équivaut à la quantité d’eaux usées générées par quelque 1'800 personnes en une journée ! À lire ici et là que plusieurs millions de litres de ce liquide blanc ont pu être répandus dans les égouts et la nature début octobre, il suffit d’appliquer une simple règle de trois pour mesurer le coût écologique de ce genre de gestes…



Mots-clés

Glossaire

  • Eau potable

    La législation suisse sur les denrées alimentaires définit l’eau potable comme une "eau naturelle ou traitée qui convient à la consommation, à la cuisson d’aliments, à la préparation de mets et au nettoyage d’objets entrant en contact avec les denrées alimentaires". Cette eau doit être "salubre sur les plans microbiologique, chimique et physique". La loi définit de manière précise les exigences de qualité auxquelles elle doit satisfaire en tout temps et les concentrations maximales admissibles de diverses substances.

Mot d’eau

  • Eaux de source

    "Rosette témoigna, pour apaiser sa soif, le désir de boire aussi de cette eau, et me pria de lui en apporter quelques gouttes, n’osant pas, disait-elle, se pencher autant qu’il le fallait pour y atteindre. Je plongeai mes deux mains aussi exactement jointes que possible dans la claire fontaine, ensuite je les haussai comme une coupe jusqu’aux lèvres de Rosette, et je les tins ainsi jusqu’à ce qu’elle eût tari l’eau qu’elles renfermaient, ce qui ne fut pas long, car il y en avait fort peu, et ce peu dégouttait à travers mes doigts, si serrés que je les tinsse." (Théophile Gauthier, "Mademoiselle de Maupin", (...)

Mot d’eau

  • « Le fleuve me hantait »

    "La proximité de sa grandeur réveillait en moi une antique terreur des eaux qui, en présence des rivières et des fleuves, même vus du rivage, me tourmente l’âme. La fluidité des eaux fluviales, lentes ou rapides, me trouble, où je décèle un monde à demi visible de formes fugitives qui tentent et parfois fascinent l’âme inattentive. Ce sont des êtres sinueux et insinuants que les fleuves et les rivières, même farouches." (Henri Bosco, "Malicroix", 1948)


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