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13 octobre 2010.

L’Asie sous la menace d’une grave pénurie d’eau douce

"En Asie, l’état des ressources en eau a dépassé son seuil critique. (...)

"En Asie, l’état des ressources en eau a dépassé son seuil critique. Le défi, maintenant et de toute urgence, est de stopper, sinon d’inverser complètement la tendance à la baisse de la disponibilité de l’eau douce". Ce constat en forme de signal d’alarme est posé par le conseiller spécial de la Banque asiatique de développement, Arjun Thapan, cheville ouvrière d’une conférence organisée à Manille, du 11 au 15 octobre, et réunissant plus de 600 experts provenant d’une cinquantaine de pays, pour trouver précisément des moyens de relever ce défi : "l’Asie doit tout faire pour adopter des mesures qui améliorent considérablement l’efficacité de l’eau et pour protéger l’approvisionnement alimentaire de la région et sa sécurité énergétique".

La forte croissance démographique, la modification des habitudes alimentaires, l’urbanisation massive et rapide, la concurrence pour les différents usages de l’eau entre agriculture, production d’énergie, industrie et services urbains, à quoi s’ajoutent les gaspillages, les pollutions et les impacts déjà visibles des changements climatiques (avec notamment la fréquence accrue des phénomènes météorologiques extrêmes) : tout cela fait que les ressources en eau dans de nombreux pays asiatiques sont aujourd’hui dans un état critique.

En Asie, selon les statistiques émanant de la Banque asiatique de développement (BAD), plus des trois quarts de l’eau sont utilisés pour irriguer les terres agricoles, mais souvent de manière inefficace compte tenu de la vétusté et de l’inadéquation des systèmes d’irrigation. Et dans les villes les fuites des réseaux d’approvisionnement et de distribution de l’eau sont montrées du doigt : chaque année, estiment les experts, quelque 29 milliards de mètres cubes d’eau traitée fuiraient des canalisations, ce qui représenterait une perte financière de l’ordre de 10 milliards de dollars.

Cette situation, si rien n’est rapidement entrepris pour y remédier, ne peut que s’aggraver : certaines prévisions tablent sur le fait que d’ici 2030 la demande en eau pourrait en moyenne excéder de 40% sa disponibilité. Les perspectives d’avenir sont donc plutôt sombres et les enjeux immenses : il y va non seulement de l’équilibre écologique et de la viabilité environnementale de la région, mais aussi de sa sécurité alimentaire et de son approvisionnement énergétique, autrement dit de sa croissance économique.

Toute une panoplie de solutions sont avancées en vue d’une meilleure gestion de la demande en eau : recycler et réutiliser les eaux usées, améliorer le stockage de l’eau et la productivité de l’eau d’irrigation, réformer la gestion des terres irriguées et la gouvernance globale de l’eau, investir massivement dans les infrastructures comme dans la recherche et l’innovation technologiques, adopter des politiques de tarification justes et financièrement viables, accroître les partenariats avec le secteur privé, etc. Mais, quoi qu’il en soit, il paraît d’ores et déjà illusoire de penser que les objectifs fixés par l’ONU pour 2015 en matière d’accès à l’eau et à l’assainissement pourraient être atteints. (Source : BAD)

- Le site de la Banque asiatique de développement :
www.adb.org




Infos complémentaires

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Rizière, en Thaïlande
© Séb.Maleville - Fotolia.com


:: VERBATIM

"Nous voici réunis alors que le monde de l’eau en Asie connaît un stress sans précédent. Les problèmes se multiplient et semblent s’aggraver. Il n’existe que très peu d’indices laissant présager une quelconque amélioration. Partout les disponibilités en eau par habitant sont à la baisse. Depuis près de deux décennies, la productivité des usages de l’eau dans l’agriculture, l’énergie et l’industrie stagne autour de 1% par an. Les fuites d’eau traitée dans les zones urbaines se chiffrent en pertes d’environ 10 milliards de dollars chaque année. Près de 90% de nos eaux usées échappent à tout traitement. Moins de 1% est réutilisée. Les ressources en eaux souterraines ont été largement surexploitées. La pollution des eaux de surface est quasiment endémique. Les changements climatiques nous garantissent que l’incertitude occupera une place centrale dans nos vies. C’est un sombre tableau, il est vrai, et on n’arrivera probablement pas à l’améliorer si nous ne changeons pas radicalement nos façons de gérer nos ressources disponibles en eau douce. Nos choix, en réalité, sont cependant très limités.

Ce qui aggrave la situation, c’est que la fragilité de nos ressources en eau apparaît au moment même où l’Asie est en train de réaliser une performance économique des plus impressionnantes. Paradoxalement, c’est à cause d’elle que cela arrive. Les chiffres grisants de la croissance industrielle et la rapidité de l’urbanisation ont non seulement réclamé davantage de ressources en eau, mais également de différentes manières. Le taux de croissance de la demande alimentaire, estimée entre 70 et 90%, masque ce qui change dans sa composition. La demande en produits carnés et laitiers, qui exigent manifestement beaucoup d’eau, a été multipliée par deux. Le secteur de l’énergie continue à prélever d’énormes quantités d’eau pour ses circuits de refroidissement. Les biocarburants et la production de céréales alimentaires se font concurrence pour la même eau qui ne cesse de diminuer en termes relatifs. L’empreinte eau du secteur industriel n’a pas l’air de décroître malgré les progrès de la technologie."

Arjun Thapan,
conseiller spécial de la Banque asiatique de développement
Extraits de son allocution d’ouverture de la Conférence sur l’eau
Manille, 11 octobre 2010
(traduction libre)

Mots-clés

Glossaire

  • Eau potable

    La législation suisse sur les denrées alimentaires définit l’eau potable comme une "eau naturelle ou traitée qui convient à la consommation, à la cuisson d’aliments, à la préparation de mets et au nettoyage d’objets entrant en contact avec les denrées alimentaires". Cette eau doit être "salubre sur les plans microbiologique, chimique et physique". La loi définit de manière précise les exigences de qualité auxquelles elle doit satisfaire en tout temps et les concentrations maximales admissibles de diverses substances.

Mot d’eau

  • Eaux de source

    "Rosette témoigna, pour apaiser sa soif, le désir de boire aussi de cette eau, et me pria de lui en apporter quelques gouttes, n’osant pas, disait-elle, se pencher autant qu’il le fallait pour y atteindre. Je plongeai mes deux mains aussi exactement jointes que possible dans la claire fontaine, ensuite je les haussai comme une coupe jusqu’aux lèvres de Rosette, et je les tins ainsi jusqu’à ce qu’elle eût tari l’eau qu’elles renfermaient, ce qui ne fut pas long, car il y en avait fort peu, et ce peu dégouttait à travers mes doigts, si serrés que je les tinsse." (Théophile Gauthier, "Mademoiselle de Maupin", (...)

Mot d’eau

  • « Le fleuve me hantait »

    "La proximité de sa grandeur réveillait en moi une antique terreur des eaux qui, en présence des rivières et des fleuves, même vus du rivage, me tourmente l’âme. La fluidité des eaux fluviales, lentes ou rapides, me trouble, où je décèle un monde à demi visible de formes fugitives qui tentent et parfois fascinent l’âme inattentive. Ce sont des êtres sinueux et insinuants que les fleuves et les rivières, même farouches." (Henri Bosco, "Malicroix", 1948)


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