AccueilInfosDossiersL’eau au rendez-vous des villes innovantes

13 octobre 2005.

Karachi (Pakistan) : l’eau et l’assainissement dans les quartiers pauvres sont d’abord l’affaire des gens

Soutenir les initiatives locales, mobiliser les ressources (...)

Soutenir les initiatives locales, mobiliser les ressources locales, construire à partir de ce qui existe, développer les partenariats entre les gens et les pouvoirs publics : voilà en quatre phrases la philosophie du développement prônée et pratiquée par Perween Rehman, directrice du projet pilote d’Orangi (OPP), le plus grand des nombreux quartiers pauvres et défavorisés de Karachi. Elle s’en est expliquée, preuves à l’appui, au cours de l’atelier « Eau et assainissement » organisé dans le cadre de S-DEV Geneva 05, le grand rendez-vous d’octobre des « villes innovantes du monde entier ».


La question, selon Perween Rehman, n’est pas de savoir…

- comment faire participer les populations à des projets de développement, mais comment faire participer les pouvoirs et les professionnels aux initiatives que prennent les gens
- quel genre de partenariat il faut établir entre les gouvernements et les donateurs, mais quel genre de partenariat il faut promouvoir entre les gens et les gouvernements
- comment faire connaître les meilleures pratiques de développement, mais comment dénoncer les mauvaises pratiques (politiques et économiques, locales ou internationales) qui entravent les initiatives des citoyens.


Perween Rehman n’y va pas par quatre chemins pour expliquer sa vision du développement. Il ne s’agit pas d’aider les gens à prendre conscience de leurs problèmes. Ils les connaissent beaucoup mieux que les pouvoirs publics et que les experts. Ce qu’ils attendent, c’est qu’on leur apporte des réponses et des appuis techniques.

Orangi, raconte la journaliste pakistanaise Zofeen T. Ebrahim dans le dossier présenté par S-DEV Geneva 05, était hier « un quartier chaotique et puant, dont la population ne cessait de croître en vivant dans des maisons délabrées, des ruelles envahies d’excréments, des égouts surchargés ». Aujourd’hui, ce même quartier est « un exemple vivant et encourageant du triple partenariat population - société civile - État, le mantra de OPP » (ndlr. mantra : dans les religions orientales, phrase sacrée dotée d’un pouvoir spirituel).

Entre ces deux images, plusieurs années durant lesquelles les gens ont compris « que le seul moyen de sortir de cette vie malodorante était de se payer eux-mêmes un réseau d’égouts » et de construire eux-mêmes les canalisations sans attendre éternellement une hypothétique initiative du gouvernement : il fallait pour cela « dépasser la croyance que les autorités allaient leur installer le réseau gratuitement ».

Les populations locales sont prêtes à s’investir

Le travail est loin d’être achevé à Orangi, écrit encore Zofeen T. Ebrahim, mais il a déjà commencé dans d’autres quartiers pauvres : « OPP a réalisé des avancées vers d’autres parties de la ville, soutenant les initiatives des autorités locales en matière de développement externe. Au bout de vingt-cinq ans, l’association n’a plus besoin de motiver les populations. Elle a montré l’exemple. Elle a aidé à établir une interaction entre les populations et le gouvernement. »

Aujourd’hui, explique Perween Rehman, il existe un accord social entre les gens qui sont prêts à récolter des fonds et à s’investir eux-mêmes dans les travaux comme la construction d’écoles, de dispensaires, de canalisations, etc. Le gouvernement, il est là pour faire ce que les gens lui demandent de faire. C’est-à-dire le gros œuvre des travaux. Quant aux projets élaborés par des experts étrangers, ils se résument bien trop souvent – selon elle - à des constats d’échec.

Autant dire que la première qualité qu’elle attend des pouvoirs publics est leur capacité à prendre en compte les aspirations de leurs populations. Des professionnels, ingénieurs et autres experts, elle exige aussi une bonne dose d’humilité. Car la plupart du temps les normes qu’ils entendent appliquer ne correspondent pas à une étude réaliste des problèmes, mais à une manie de gonfler les budgets, ce qui bien sûr accroît les risques de corruption.

Une telle démarche est donc aussi une affaire de patience : « ça nous a pris quinze à vingt ans pour pouvoir enfin parler de succès, la ténacité finit par payer ! ». (bw)




Infos complémentaires

:: The Orangi Pilot Project

Dans le « quartier » d’Orangi, qui compte un million d’habitants, le coût moyen par ménage de la canalisation souterraine d’égouts et des latrines revient à environ 1000 roupies (16,60 dollars US), soit environ le cinquième des frais d’installations identiques effectuées par la municipalité. De 1981 à juillet 2005, les habitants d’Orangi ont installé des égouts dans 5394 ruelles, desservant 80’910 des 94’122 maisons existantes. La communauté a versé 93,8 millions de roupies par ses propres moyens. Le seizième de l’investissement d’OPP est consacré à la recherche et l’extension des nouvelles technologies. De son côté, le gouvernement a investi 89,9 millions de roupies en assainissement externe. (Zofeen T. Ebrahim)

Remerciements à Orangi Pilot Project et Anwar Raschid pour l’utilisation de leurs photographies et à Zofeen T.Ebrahim pour ses informations sur Karachi.

:: À lire

Assainissement à bas prix : les « bricoleurs » de Karachi (article de Zofeen T. Ebrahim sur le site S-DEV Geneva 05)

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  • Le Lac

    “Si près qu’ils approchent du lac, les hommes n’en deviennent pas pour ça grenouilles ou brochets. Ils bâtissent leurs villas tout autour, se mettent à l’eau constamment, deviennent nudistes… N’importe. L’eau traîtresse et irrespirable à l’homme, fidèle et nourrissante aux poissons, continue à traiter les hommes en hommes et les poissons en poissons. Et jusqu’à présent aucun sportif ne peut se vanter d’avoir été traité différemment”. (Henri Michaux, "La nuit remue", 1935)

Glossaire

  • Limnologie

    Père de la limnologie (du grec "limné", lac, étang), le savant suisse François-Alphonse Forel (1841-1912) parlait d’elle comme de "l’océanographie des lacs". Il la définissait comme la "science des eaux continentales, des eaux stagnantes réunies dans des bassins limités et profonds, qui ne sont ni des fleuves ou rivières, ni des marais ou étangs, ni des eaux souterraines". Aujourd’hui, cette discipline a pris le sens plus large d’étude de tous les aspects écosystémiques des lacs et des grands réservoirs naturels d’eau douce à ciel ouvert.


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