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22 septembre 2008.

Jacques Neirynck lance le débat politique suisse sur l’eau en bouteille

Comme il l’avait annoncé au début de l’été, Jacques Neirynck, (...)

Comme il l’avait annoncé au début de l’été, Jacques Neirynck, conseiller national vaudois, a déposé une initiative parlementaire en faveur de l’économie d’énergie dans la distribution de l’eau de table. Cette proposition, qui sera soumise aux procédures habituelles d’examen des Chambres fédérales, a reçu l’appui signé de 14 autres parlementaires. On trouvera ici, à titre documentaire, le libellé intégral du document déposé par le député démocrate-chrétien, par ailleurs professeur honoraire de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne.

Texte déposé

Dans le cadre des mesures d’économie d’énergie, une législation doit être promulguée afin d’abandonner la production, l’importation, l’exportation, la distribution et la vente d’eau, potable en bouteille PET. Cette initiative ne concerne pas la vente d’eau minérale en bouteilles de verre consignées. Une période transitoire permet aux unités d’embouteillage de se reconvertir et aux travailleurs de se réinsérer. La Confédération prépare l’entrée en vigueur de cette législation par une campagne d’information sur la qualité de l’eau de distribution.

Développement

Bien que la Suisse possède un réseau de distribution d’eau potable de haute qualité, beaucoup de consommateurs s’approvisionnent en eau de table en achetant des bouteilles en polyéthylène téréphtalate (PET), un dérivé du pétrole brut. Moins de 10 pour cent de l’eau de la distribution publique sert à des besoins alimentaires. L’eau potable du robinet est considérée par certains consommateurs comme non potable, au point où elle sert surtout à autre chose.

La consommation d’eau de table en bouteilles entraîne la fabrication, le remplissage, le transport et l’élimination d’environ un milliard de bouteilles, principalement en PET, par an en Suisse. Elle a doublé en vingt ans. Comme la fabrication requiert en moyenne un demi-litre de pétrole par bouteille, il en résulte une consommation annuelle de 500 000 tonnes de pétrole par an. C’est l’équivalent du chauffage de 500 000 logements de 100 m2 .Si on ajoute l’énergie nécessaire pour le transport, on arrive dans le pire des cas à consommer 3 litres de pétrole pour fournir un litre d’eau. 78 pour cent des bouteilles de PET sont recyclées mais le reste, soit plus de 200 millions de bouteilles par an, sont soit brûlées, soit polluent l’environnement. Les importations d’eau en bouteille concernent le tiers de ce marché. Le prix de vente de l’eau en bouteille varie de 0,2 franc par litre (Coop) à 132 francs (Bling H20, USA). La Suisse importe de l’eau depuis l’Australie, l’Argentine et les iles Fidji, avec les dépenses en énergie que cela représente. En ne permettant que la vente d’eau en bouteille de verre consignée, le marché résiduel, après élimination des bouteilles PET, sera préservé pour les firmes établies sur le territoire suisse.

Le prix de l’eau potable au robinet est en moyenne suisse de 1,6 francs pour mille litres, soit 0,0016 franc par litre, moins d’un centime. On peut donc estimer que l’eau en bouteille coûte au minimum 300 fois plus cher que l’eau de la distribution publique. La consommation d’énergie est de l’ordre de mille fois plus élevée. Pour justifier un tel ratio de prix et d’énergie entre deux produits comparables, il faudrait que l’eau en bouteille possède des propriétés particulières ou encore que l’eau du robinet soit de moins bonne qualité.

La législation fédérale sur les denrées alimentaires définit de manière très précise les exigences élevées auxquelles la qualité de l’eau potable doit satisfaire. Ces dispositions sont contraignantes pour le distributeur d’eau. Pour pouvoir distribuer l’eau, il doit être en mesure de démontrer que cette eau est exempte de tout agent pathogène et que les éventuelles teneurs résiduelles de substances chimiques qu’elle peut contenir ne présentent aucun danger pour la santé. Une eau potable de qualité est inodore, incolore et sans faux goût. De plus, les certifications pour la robinetterie et les canalisations de la Société Suisse de l’Industrie du Gaz et des Eaux protègent l’eau potable contre toute substance dangereuse pour la santé. La teneur en nitrates se situe à un niveau très faible, bien en dessous des valeurs de tolérance.

Cosignataires


Aeschbacher Ruedi, Aubert Josiane, de Buman Dominique, Girod Bastien, Gross Andreas, Hodgers Antonio, John-Calame Francine, Leuenberger Ueli, Lumengo Ricardo, Marra Ada, Riklin Kathy, Robbiani Meinrado, van Singer Christian, Voruz Eric.




Infos complémentaires

:: Verbatim

Sur ce thème de l’eau en bouteille, l’émission « Atlas » de la Radio suisse romande du 27 septembre 2008 a consacré un dossier dans lequel le parlementaire Jacques Neirynck et Peter Brabeck, président du conseil d’administration de Nestlé, ont pu préciser leurs points de vue.

Jacques Neyrinck

« L’eau en bouteille, qui n’est pas essentiellement différente de l’eau du robinet, "n’est pas indispensable, pas nécessaire, pas utile". [D’un point de vue énergétique,] c’est une gabegie monstrueuse à l’échelle d’un pays ».

« L’eau en bouteille est un luxe superfétatoire grâce à la publicité qui est totalement mensongère et qui finit par faire croire que l’eau du robinet n’est pas vraiment de l’eau potable. »

« Gaspiller pour gaspiller en disant que ça va maintenir des postes de travail, c’est une politique absurde … Ce n’est pas parce qu’on fait gagner de l’argent à quelqu’un qu’il faut être inefficace. »

Peter Brabeck

« C’est ridicule de dire qu’il faut interdire la vente des eaux embouteillées. Pour faire quoi ? Encore augmenter la vente de sodas, de bière et de boissons alcoolisées ? »

« La commune doit vous préparer 250 à 300 litres d’eau potable que vous n’utilisez pas comme eau potable, vous l’utilisez pour votre toilette, pour la douche, pour le bain, pour laver la vaisselle. Tout ça c’est de l’eau potable. Ne me racontez pas qu’un litre d’eau au robinet vous coûte ce qu’ils calculent comme ça ! C’est faux ! ».

« Pour produire un litre d’eau minérale en bouteille, il faut environ 1,8 litre d’eau. 3 à 4 litres d’eau pour faire un litre de soda. Il faut à peu près 10 litres pour faire un litre de bière. Si vous voulez vraiment économiser de l’eau, buvez de l’eau embouteillée ! »

« On a développé une eau, la marque "Pure Life", qui est aujourd’hui la marque la plus répandue dans le monde entier avec plus de 6 milliards de bouteilles vendues par année, et cette eau-là n’est pas transportée plus loin que 200 kilomètres alentour de la source ».


Le dossier « L’eau minérale interdite ? » peut être réécouté sur les pages de l’émission Atlas du site web de la Radio suisse romande

Glossaire

  • Éclusée

    Littéralement, c’est le volume d’eau qui s’écoule d’une écluse entre le moment où on l’ouvre et celui où on la referme. Appliqué à un barrage, le mot désigne l’opération qui consiste à relâcher une grande quantité d’eau dans une rivière en particulier lors des turbinages hydroélectriques. Ces opérations fréquentes se traduisent en aval par de soudaines et dangereuses crues artificielles et perturbent gravement les écosystèmes des cours d’eau d’aval. D’où l’importance des réglementations qui visent à en maîtriser les impacts.

Mot d’eau

  • Trop soif

    "Je suis un peu dans la situation d’un homme qui tire de l’eau goutte à goutte parce qu’il a trop soif pour attendre que le puits se remplisse" (F. Scott Fitzgerald, Lettre à H. Ober, 1936)


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