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23 mars 2016.

"Investir dans l’eau, c’est investir dans l’emploi"

Thème d’un nouveau rapport de l’ONU

Investir durablement dans le secteur de l’eau, c’est une condition préalable au développement économique, à la création d’emplois et à la réduction des inégalités sociales. Ne pas le faire, ce n’est pas seulement rater une occasion d’aller de l’avant. C’est prendre le risque de causer des dommages considérables à l’économie et à la société et de perdre les progrès réalisés jusqu’ici. Voilà l’un des principaux messages délivrés par l’édition 2016 du Rapport mondial des Nations Unies sur la mise en valeur des ressources en eau, intitulé "L’eau et l’emploi" et rendu public à l’occasion de la Journée mondiale de l’eau du 22 mars.

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L’eau et l’emploi, c’était aussi le thème de la Journée mondiale de l’eau 2016.
Voir le clip de cette Journée sur youtube

Les auteurs de ce nouveau document – le troisième d’une nouvelle série de rapports annuels sur l’eau publiés sous l’égide de l’UNESCO – reconnaissent d’emblée qu’il porte sur un thème auquel on ne s’est pas encore vraiment intéressé, à savoir le lien entre l’eau et l’emploi. La meilleure preuve en est qu’il n’existe à l’heure actuelle que très peu d’informations, et encore moins de statistiques, qui permettent de mieux comprendre à la fois les interdépendances entre ces deux domaines et l’importance de ce lien pour un développement économique et social durable.

Plus de deux milliards et demi de personnes, c’est-à-dire les trois quarts au moins de toute la main d’oeuvre mondiale, dépendent de l’eau, d’une manière ou d’une autre. C’est évident dans les secteurs de l’agriculture, de la pêche et de la sylviculture - les plus gourmands en ressources hydriques – ainsi que dans l’industrie, minière en particulier, dans la production d’énergie, sans oublier les services d’approvisionnement en eau et d’assainissement. D’autres secteurs ont également besoin d’eau, même si c’est dans des quantités moins importantes, pour mener à bien leurs activités, notamment dans des domaines comme la construction, les transports et les loisirs.

L’eau, moteur de l’emploi

Mais, notent les auteurs du rapport, le lien entre l’eau et l’emploi ne s’arrête pas là. En fait, ce n’est même que le début : l’eau n’est pas tant un « créateur » d’emplois qu’un « moteur » de l’emploi. Avoir accès à l’eau potable et à l’assainissement, chez soi et sur son lieu de travail, est quelque chose de primordial si l’on veut préserver sa santé et sa capacité de travail. De même, la société et l’économie ont besoin des multiples et diverses compétences des professionnels de l’eau –actifs dans les infrastructures et les réseaux – pour pouvoir continuer à créer des emplois dans divers secteurs tributaires des ressources hydriques.

Il n’est certes guère facile de faire une estimation précise et pertinente des liens entre l’eau, la croissance économique et l’emploi. Néanmoins, lit-on dans le rapport, "une forte corrélation positive a été démontrée au niveau des pays entre les investissements liés à l’eau et le revenu national, ainsi qu’entre la capacité de stockage de l’eau et la croissance économique".

Trois messages-clés

- Les investissements dans les infrastructures liées à l’eau peuvent être très rentables et générer des rendements positifs dans différents secteurs de l’économie.
- La création d’emplois dans la gestion des ressources en eau, l’approvisionnement en eau et les services d’assainissement (soit les « emplois de l’eau ») a démontré qu’elle pouvait générer des retours sur investissement élevés et produire un effet multiplicateur significatif sur la création d’emplois dans d’autres secteurs.
- Une planification à long terme et un financement efficace de la gestion améliorée de l’eau sont des conditions nécessaires pour l’amélioration des opportunités d’emploi, de la croissance économique, et d’autres avantages socio-économiques.

Innovation scientifique et technologique

L’amélioration des corrélations entre l’eau, la croissance économique et la création d’emplois implique aussi beaucoup d’efforts dans d’autres domaines, à commencer par l’innovation technologique et la formation professionnelle.

Dans le secteur de l’eau, qui dit nouvelles technologies pense d’abord à celles qui peuvent augmenter l’efficacité de ses usages et sa productivité. Autrement dit : utiliser moins d’eau pour obtenir autant sinon davantage de biens et de services. Ou, dans le langage des économistes, augmenter les bénéfices nets d’une production par mètre cube d’eau. C’est une donnée absolument cruciale si l’on entend d’ici 2030 combler le fossé entre la demande et l’offre (estimé aujourd’hui à environ 40 %) et atténuer les pénuries d’eau.

"Améliorer l’efficacité, notamment en agriculture, pourrait rendre disponibles de considérables volumes d’eau pour d’autres secteurs et usages, réduire les conflits entre des usagers de l’eau aux intérêts divergents et faciliter la réalisation d’autres objectifs de développement. Accroître la productivité par unité d’eau permettrait d’améliorer les opportunités de diversification et de croissance économiques, d’emploi, de production de revenus et d’amélioration de la nutrition."

Dans la pratique, cela implique de trouver des compromis et des synergies entre les usages de l’eau, la consommation d’énergie, les besoins en nourriture et la protection des écosystèmes. Un développement durable ne peut en aucun cas faire abstraction de ces divers paramètres tous aussi essentiels les uns que les autres.

Formation professionnelle et dialogue social

Développer les compétences, qualifications et capacités des ressources humaines employées sont des actions d’une importance capitale pour améliorer les performances des secteurs liés à l’eau. Là aussi, il faut faire preuve d’innovation car les besoins et les outils évoluent rapidement : "par exemple, les compétences traditionnelles en traitement de l’eau et exploitation du réseau, comme la gestion, la chimie, l’automatisation, la comptabilité, le droit et les ressources humaines, restent primordiales, mais les domaines de compétences nécessaires aujourd’hui comprennent d’autres thèmes comme l’évaluation de la biodiversité, les questions de lien (entre la nourriture et l’énergie, par exemple) ainsi que les technologies de modélisation et celles de l’information et de la communication".

Mais une chose est de mettre en place toutes sortes de filières de formation et d’apprentissage technique, de collaborations et d’échanges de connaissances à tous les niveaux : local, national et international. Une autre est de développer un vrai dialogue social entre tous les acteurs concernés, y compris en dehors du strict secteur de l’eau : usagers, décideurs politiques, administration, société civile, services techniques, investisseurs, etc.

"Sensibiliser l’opinion aux opportunités d’emploi du secteur de l’eau et créer des conditions de travail attractives sont deux facteurs essentiels si l’on souhaite éviter la fuite des cerveaux vers d’autres secteurs. Des réseaux ouverts, adaptés à la demande, locaux et flexibles sont les moteurs de la construction du nouveau capital social demandé par le secteur de l’eau." (bw)

- " L’EAU ET L’EMPLOI : Rapport mondial des Nations Unies sur la mise en valeur des ressources en eau 2016" (WWDR). Ce rapport de 164 pages, ainsi qu’un résumé de 12 pages, sont disponibles, en français notamment, sur le site de l’UNESCO.

- Sur ce même thème, voir aussi l’édito Les métiers de l’eau, essentiels et pourtant méconnus ((14 mars 2016)



Infos complémentaires

FAITS ET CHIFFRES

- La moitié de la population active mondiale est employée dans huit secteurs qui dépendent de l’eau et des ressources naturelles : l’agriculture, la sylviculture, la pêche, l’énergie, le secteur manufacturier à forte intensité d’utilisation des ressources naturelles, le recyclage, la construction et le transport.

- Plus d’un milliard de personnes sont employées dans les seuls secteurs de la pêche, de l’agriculture et de la sylviculture, ces deux derniers faisant partie des secteurs les plus menacés par les perturbations de l’eau douce.

- Seules 20% des personnes travaillant dans l’agriculture sont considérées comme salariées, les autres travaillent de manière indépendante ou contribuent au travail familial dans environ 570 millions d’exploitations agricoles.

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- L’Afrique subsaharienne présente le niveau le plus faible d’agriculture irriguée (5% des terres cultivées contre plus de 40% en Asie). Elle n’exploite qu’un tiers de son potentiel d’irrigation.

- Le développement des énergies renouvelables, qui n’utilisent quasiment pas d’eau, n’est pas sans impacts sur la dynamique eau/emploi, mais elle se traduit cependant par une augmentation des emplois.

- Certains secteurs de l’industrie les plus gourmands en eau emploient de très nombreuses personnes. À l’échelle mondiale : 22 millions dans le secteur alimentaire, 20 millions dans l’industrie chimique et pharmaceutique, le caoutchouc et les pneumatiques, 18 millions dans l’électronique.

- Améliorer la productivité de l’eau pour combler l’écart mondial entre l’offre et la demande en eau coûtera 50 à 60 milliards de dollars US par an au cours des 20 prochaines années.

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- Environ 1% de la population active des pays développés et en développement travaille dans les secteurs de l’eau.

- Les exploitants d’installations d’approvisionnement en eau et de traitement des eaux usées emploient environ 80% des travailleurs du secteur de l’eau, soit quelque 623’000 personnes.

- Sur les 67 pays qui ont publié un rapport sur l’exploitation et l’entretien des réseaux d’eau potable, seuls 27 d’entre eux (11 seulement en zone rurale) disposaient d’assez de personnel pour le faire.

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- Dans bon nombre de pays, surtout en Afrique subsaharienne, les femmes sont traditionnellement chargées de la collecte et de la gestion, voire du paiement de l’eau domestique. Et pourtant elles sont la plupart du temps exclues de toute participation professionnelle ou technique dans ce secteur. (Données extraites du rapport "L’eau et l’emploi")

Mots-clés

Mot d’eau

  • L’eau de Lao-Tseu

    Parmi toutes les choses du monde, il n’en est point de plus molle et de plus faible que l’eau, et cependant, pour briser ce qui est dur et fort, rien ne peut l’emporter sur elle. Pour cela rien ne peut remplacer l’eau. Ce qui est faible triomphe de ce qui est fort ; ce qui est mou triomphe de ce qui est dur. Dans le monde il n’y a personne qui ne connaisse [cette vérité], mais personne ne peut la mettre en pratique. (Lao-Tseu, "Tao Te King", LXXVIII.)

Glossaire

  • Source « améliorée »

    Cette notion est utilisée par l’OMS pour désigner une installation d’approvisionnement en eau qui, de par la nature de sa construction, protège l’eau de façon satisfaisante de toute contamination extérieure, en particulier des matières fécales. Les sources améliorées incluent : l’eau courante sous canalisation alimentant le domicile, les forages ou puits tubulaires, les puits creusés protégés, les sources protégées et les citernes d’eau de pluie. L’eau en bouteille ne figure pas dans cette liste car la quantité d’eau ainsi fournie est limitée.


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