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27 août 2005.

Inondations en Suisse : des questions, et après ?

Le mois d’août aura donc été synonyme de pluies diluviennes, de crues (...)

Le mois d’août aura donc été synonyme de pluies diluviennes, de crues et d’inondations catastrophiques dans plusieurs pays européens, causant la mort de plusieurs dizaines de personnes, obligeant des milliers d’autres à fuir leurs habitations, et provoquant des dégâts qu’on estime à plusieurs centaines de millions d’euros. En Suisse, le temps d’un long week-end, les précipitations et les niveaux des eaux ont battu des records. Au-delà des premières considérations météorologiques, restent les questions sur les causes du désastre et, surtout, sur la volonté de trouver des solutions à long terme.

Tout au long de ces journées de catastrophes, les comparaisons n’ont pas manqué avec celles qu’avaient connues les habitants de la région du Gothard et les riverains de la Reuss en 1987, à peu près à la même époque de l’année. Ou celles de 1993 et de 2000 en Valais. La faute au bétonnage, à propos de quoi on rappelle souvent ces chiffres connus depuis longtemps et qui font état, en Suisse, de la disparition chaque seconde d’un mètre carré de surface naturelle du territoire ?

Attention ! réchauffement climatique

Il faut dépasser ce constat, explique la climatologue Martine Rebetez, de l’Institut fédéral sur la forêt, la neige et le paysage : « On s’est rendu compte que les précipitations elles-mêmes étaient trop fortes. Avec l’augmentation des températures, en particulier au-dessus de la Méditerranée, les masses d’air arrivant sur la Suisse contiennent potentiellement beaucoup plus d’humidité. Les régions tempérées, et donc les nôtres, sont concernées par le phénomène, avec un risque plus aigu en montagne. Le lien entre ces pluies intenses de longue durée et le réchauffement ne fait guère de doute. La théorie, la statistique des précipitations sur le long terme et la modélisation, tout va dans le même sens » (dans « Le Temps », 23 août 2005).

En clair : la Suisse commence à payer chèrement son tribut aux changements climatiques. Ceux-ci doivent donc être pris au sérieux, des décisions politiques s’imposent. Justement, quelques jours plus tard, le 30 août, l e ministre suisse en charge de l’environnement, Moritz Leuenberger, et une Fondation ad hoc signaient une convention pour le centime climatique sur l’essence et le diesel. Cette institution s’engage à réduire entre 2008 et 2012 les émissions de CO2 d’au moins 1,8 million de tonnes par an.

« C’est un signal particulièrement détestable », font aussitôt savoir les 48 ONG membres de l’Alliance pour une politique climatique responsable, « car le centime-essence dont il s’agit permet à la Suisse d’esquiver les indispensables mesures de protection du climat. Les inondations montrent que la Suisse nécessite une vraie réduction des émissions de CO2, pas des trucs comptables et un trafic des indulgences. »

Cours d’eau : volontés politiques à sec

L’autre grand volet de la prévention de ce genre de catastrophe concerne la gestion des cours d’eau. Il existe, en Suisse, depuis 1991, une Loi fédérale sur l’aménagement des cours d’eau qui oblige les cantons à prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger leurs populations et les biens matériels importants « contre l’action dommageable des eaux, en particulier celle qui est causée par les inondations, les érosions et les alluvionnements (protection contre les crues) », cela en respectant, voire en reconstituant le tracé naturel des cours d’eau.

Dans un article daté du 25 août, swissinfo met notamment le doigt sur la non application de cette loi pourtant vieille de quatorze ans et cite la branche suisse du Fonds mondial de la nature (WWF), pour qui ces nouvelles inondations soulignent de manière dramatique l’échec des autorités à faire appliquer la loi : « depuis des années, on enferme les cours d’eau dans d’étroits "corsets" pour accélérer au maximum l’écoulement, cette pratique est un échec ».

Côté lacs, swissinfo donne la parole au chef du Laboratoire d’hydrologie de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich, Peter Volkart, qui confirme qu’il n’y a pas vraiment de solution miracle et rapide pour prévenir les crues des lacs de Brienz et de Thoune : « les lacs ne sont pas des barrages, on ne peut y régler artificiellement le niveau des eaux que dans une très faible mesure », la limite entre un niveau normal et un niveau de débordement est souvent très mince.

De nombreuses mesures de prévention des inondations ont semble-t-il été imaginées depuis les années 80, mais, aux dires du spécialiste, elles se seraient souvent heurtées aux oppositions des défenseurs de l’environnement, des pêcheurs, des plaisanciers ou des riverains.

Selon le même article, et pour illustrer cette dernière observation, la ville de Berne aurait ainsi été incapable de réaliser son plan de dragage de l’Aar, la rivière qui l’entoure et la traverse, du fait de l’opposition de plusieurs groupes d’intérêts, dont celui des pêcheurs amateurs. Le maire de la ville, dit-on, aurait certes usé de rhétorique pour les convaincre que la protection des habitants et de leurs maisons exigeait autant sinon davantage de protection des zones de frai du poisson. En vain. Il semblerait aussi, selon le Bund, l’un des quotidiens de la capitale, que de tels travaux auraient noyé l’itinéraire de promenade favori, le long de l’Aar, de l’un des membres de l’exécutif de la ville…


Loi fédérale de 1991 sur l’aménagement des cours d’eau (pdf)




Mots-clés

Glossaire

  • Aquaponie

    Mode de production alimentaire qui conjugue la culture de plantes (hors-sol) et celle d’animaux aquatiques (aquaculture) dans un système de recirculation. Cette méthode, économe en eau, utilise les déchets de poissons comme solution nutritive organique pour cultiver des légumes. L’aquaponie permet de produire des aliments riches en protéines. Elle peut être pratiquée dans de petites unités domestiques comme dans de grandes surfaces à but commercial, en eaux douces comme en eaux saumâtres (Source : FAO).

Mot d’eau

  • Entre la ressource et la source, comment dire l’eau avec justesse ?

    " Entre l’expérimentation du chimiste qui dit clairement la composition de l’eau mais en oublie l’usage, et l’expérience des usagers qui en vivent les troubles, les dangers et les surprises, y a-t-il une place pour une épreuve de soi et du monde qui dise l’eau au lieu de ne faire qu’en parler ? " (Jean-Philippe Pierron, "La Poétique de l’eau")


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