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5 septembre 2010.

Gérer les bisses comme un bien commun

L’un des premiers constats posés par le 2e Colloque international (...)

L’un des premiers constats posés par le 2e Colloque international sur les bisses porte sur un phénomène qui dépasse largement les frontières valaisannes et nationales, à savoir : le nouveau regard porté en divers pays sur les institutions traditionnelles de gestion des ressources naturelles en général, et des ressources hydriques en particulier, sur leur légitimité, leur efficacité et leur capacité à faire évoluer leurs modes de gouvernance.

Convergences communautaires

C’est à un chercheur français du CNRS, Bernard Barraqué, que les organisateurs du Colloque avaient fait appel pour la conférence inaugurale dans la salle du Grand Conseil valaisan, et qui, d’emblée, replaça les bisses dans un contexte européen caractérisé par des régimes juridiques fort divers, s’inspirant les uns du droit romain, les autres de coutumes germaniques, prônant qui le centralisme étatique, qui les pratiques subsidiaires.

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Ouverture du Colloque
dans la salle du
Grand Conseil valaisan
(photo © aqueduc.info)

Mais au-delà de ces différences, souligne l’expert des politiques publiques d’environnement, “les régimes juridiques européens semblent se rapprocher dans l’importance redonnée à la notion de patrimoine commun”. Ici et là on s’efforce de mettre en œuvre des gestions participatives de l’eau, dans les espaces de montagne, mais aussi dans les communautés d’irrigants dans les régions semi-arides du Sud de l’Europe ou de drainages des plaines du Nord. À propos du château d’eau qu’est la Suisse, Bernard Barraqué s’étonne que l’on y parle davantage de droits de propriété que de ressource commune : “c’est peut-être à cause du poids pris par l’hydroélectricité et du besoin de concessions de longue durée qui font croire à une possession de l’eau”. Le fédéralisme explique peut-être aussi que l’on y ait moins besoin d’institutions de bassins qu’en France.

Le modèle des wateringues

Si les Valaisans savent ce qu’est un consortage de bisses, rares sont sans doute ceux qui, un jour, ont entendu parler de ’wateringues’ quand bien même nombre de touristes néerlandais transitent par ce canton. Et ça paraît une gageure que de vouloir chercher quelque ressemblance entre des montagnards qui vont chercher leur eau au plus proche des glaciers et des habitants de plats pays qui vivent en dessous du niveau de la mer et qui n’ont de cesse que de lutter contre les eaux salées qui les envahissent. À entendre Stefan Kuks, professeur à l’Université de Twente, on se dit pourtant qu’il vaut la peine de s’y intéresser de plus près.

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Canaux et moulins à vent,
ou comment gérer l’eau
en pays néerlandais
(© doublme - Fotolia.com)

Dès le 13e siècle, c’est-à-dire au moment où en Valais on commence plus ou moins à se préoccuper du manque d’eau pour les activités agricoles, de petits propriétaires néerlandais prennent des initiatives pour protéger ensemble leurs terres, les drainer et construire des digues. Jadis très autonomes, ces entités basées sur le principe du partage d’intérêts ont cependant connu une période de centralisme à l’époque de la tutelle française avant de retrouver un statut constitutionnel de collectivité locale et un système administratif et fiscal relativement complexe.

Au cours des dernières décennies, les 26 wateringues qui quadrillent les Pays-Bas ont dû relever de nouveaux défis : celui de la qualité de l’eau qui les a amenées à gérer également le traitement de l’eau, celui d’une meilleure gestion des écosystèmes et celui, aujourd’hui, de l’adaptation aux changements climatiques. Il ne suffit plus, par exemple, de drainer l’eau vers la mer, il faut aussi se préoccuper désormais d’en constituer des réserves.

Consortages et politiques publiques de l’eau

Consortages valaisans de bisses, associations syndicales françaises de canaux d’irrigation, wateringues belges ou néerlandaises, communautés espagnoles d’irrigants et autres ne sont pas de simples reliques du passé. C’est l’avis en tout cas de Christian Bréthaut et Stéphane Nahrath, de l’Institut universitaire Kurt Bösch, à Bramois, pour qui ces institutions de gestion communautaire de l’eau, “loin d’être condamnées à végéter, voire à disparaître inexorablement suite à l’intervention croissante de l’Etat et de ses politiques publiques de gestion de l’eau (…) ont non seulement survécu, mais ont même réussi à conserver, voire même dans certains cas à renforcer, leur rôle dans la gestion de l’eau”.

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Ancien chéneau du bisse d’Ayent (© aqueduc.info)

À partir d’une étude de cas dans la région de Crans-Montana, les deux chercheurs concluent que, dans le cas des bisses valaisans, les consortages peuvent jouer parfois un rôle-clef quand il s’agit, sur un plan local, de mettre en œuvre des politiques de gestion de l’eau et de ses différents usages. Ces entités fonctionnent en effet comme des relais, voire des instances de médiation, entre les administrations publiques et les usagers. Elles se présentent alors comme un lieu de concertation démocratique entre payeurs, décideurs et bénéficiaires des accords passés entre partenaires. (bw)



Infos complémentaires

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L’ancien bisse du Rô
près de Crans-Montana
(photo © aqueduc.info)



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DE CE DOSSIER SPÉCIAL
COLLOQUE INTERNATIONAL
SUR LES BISSES - 2010

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(22 pages)
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COLLOQUE BISSES 2010 dossier aqueduc.info




:: Les bisses,
œuvre collective

"Il n’existe pas, en Valais, de bisse important à statut privé. La construction et l’utilisation du bisse sont des entreprises collectives, portées à bout de bras par une commune, un village, un groupe de propriétaires (…)

La forme juridique la plus courante est le consortage. Les propriétaires d’un territoire à irriguer unissent leurs efforts, construisent un canal d’amenée d’eau et organisent l’arrosage de leurs parcelles. Dès les premiers documents conservés, de telles associations apparaissent.

L’imbrication des consortages dans les communes ou bourgeoisies est parfois forte. Dans la mesure où les grands bisses concernent la quasi-totalité des habitants d’un village ou d’une commune, leur gestion est perçue comme l’affaire de tous et, de ce fait, elle est quelquefois confiée aux autorités de la collectivité."

Jean-Henry Papilloud, historien
dans "Les Bisses du Valais", 2001


:: Une référence :
Elinor Ostrom

Plusieurs conférenciers du Colloque ont explicitement fait référence à Elinor Ostrom, politologue et professeur à l’Université d’Indiana (États-Unis), et première femme à s’être vue décerner le Prix Nobel d’économie (2009) pour avoir démontré "comment les co-propriétés peuvent être efficacement gérées par des associations d’usagers".

Se fondant sur de nombreuses études sur la gestion par des collectifs d’usagers de ressources piscicoles, de pâturages, de forêts, de lacs et de réserves aquifères, Elinor Ostrom a, selon le Comité Nobel, remis en question l’idée reçue selon laquelle la propriété commune serait forcément mal gérée et devrait donc être prise en main par les autorités publiques ou par le marché privé.

Elle a notamment observé que les utilisateurs des ressources naturelles ont souvent la capacité de développer des mécanismes complexes pour les prises de décisions et pour la gestion des conflits d’intérêts. Et que ces organisations, somme toute, obtenaient des résultats nettement plus positifs que ce que croient généralement les économistes. (bw)

Mot d’eau

  • Eaux usées

    "Dans un monde où la demande en eau douce augmente sans cesse, et où les ressources en eau limitées subissent de plus en plus des contraintes du fait de la surexploitation, de la pollution et des changements climatiques, il est tout simplement impensable de négliger les opportunités qu’offre l’amélioration de la gestion des eaux usées." (Irina Bokova, Directrice générale de l’UNESCO, Rapport mondial sur la mise en valeur des ressources en eau 2017)


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